Analyse

Private equity: l’engouement se confirme

17 Juillet 2014 Par Philippe Fettes
Philippe Fettes
Philippe Fettes: «Des rendements attrayants, mais des placements moins liquides» (Photo: Banque de Luxembourg)

Dans la chronique financière ce jeudi, Philippe Fettes, directeur du Fonds de private equity de la Banque de Luxembourg, revient sur l’attrait de la classe d’actif après une période de méfiance.

L’engouement des investisseurs pour le private equity se confirme. Le rapport «Global Private Equity Outlook» qui vient d’être publié par Duff & Phelps, Shearman & Sterling et Mergermarket souligne l’optimisme des professionnels des fonds et un appétit croissant en termes d’investissement. 87% des 75 sondés en Europe, en Amérique et en Asie-Pacifique croient en une hausse à court terme de l’activité de LBO (Leveraged Buyout).
Ces perspectives confirment la tendance observée depuis le début de l’année. En témoigne une succession de très importantes levées de fonds au cours de ces derniers mois, comme Apollo Investment Fund VIII (13,6 milliards d’euros) ou encore CVC Capital Partners (10,5 milliards).

La semaine dernière, le fonds américain Blackstone a aussi annoncé l’acquisition, pour 399 millions d’euros, de Lombard International, une société d’assurance-vie établie au Grand-Duché. L’occasion de se pencher sur cette classe d’actifs encore méconnue.
Longtemps délaissé par les professionnels de la gestion de fortune, le private equity n’est pas la dernière technique d’investissement en vogue. Bien plus ancien que le «public equity» des actifs cotés en Bourse, son origine remonte même à l’Empire romain.

General and Limited Partners

Depuis lors, les entreprises se financent, selon un schéma classique, avec l’aide d’investisseurs privés (les «Limited Partners») et de personnes qui assument le risque d’entreprendre (le «General Partner»). C’est ce même modèle d’association qui a été utilisé du temps de la découverte des Amériques: un capitaine de flotte prenait un risque «général» (celui d’être ruiné ou de ne pas survivre à l’expédition) et se faisait financer par des personnes privées, dont le risque se «limitait» à leur mise financière.
Aujourd’hui, la plupart des investissements private equity sont mis en œuvre par des fonds d’investissement. Ces fonds (gérés par un… General Partner) font appel à des capitaux d’investisseurs (les… Limited Partners).

Les fonds d’investissement Private Equity sont des entités souvent très spécialisées, soit sur un secteur économique particulier (biotechnologies, consommation, internet, énergie…), soit sur une taille de société (start-up, développement, rachat…).
Traditionnellement, on distingue deux grands types d’investissement en private equity: D’abord le financement d’entreprises jeunes, aussi connu sous les termes de venture capital. Essentiels au développement de l’innovation, ces investissements sont risqués, car les entreprises en question n’ont pas encore fait leurs preuves. Ensuite le financement d’entreprises plus matures, aussi appelé capital development ou buy out. Ces financements sont moins risqués, mais tout aussi importants pour assurer la croissance et le développement des PME et des plus grandes entreprises.

Investisseur «récompensé»

Les candidats à l’investissement en private equity doivent néanmoins savoir que ce type de placement est moins liquide que les actions cotées en Bourse et négociables en temps réel. Ils nécessitent une très longue immobilisation des capitaux, souvent jusqu’à dix ans… Dix ans pendant lesquels le manager du fonds doit d’abord identifier les bonnes sociétés cibles avant de procéder à un investissement souvent complexe. Il doit ensuite patienter avant que les capitaux injectés portent leurs fruits. Enfin, il doit revendre sa participation à un autre investisseur intéressé, ou bien procéder à une introduction en Bourse.

Du côté de l’investisseur, cette immobilisation des capitaux se traduit par une impossibilité de retirer ses capitaux avant le terme de l’opération. Si ce manque de liquidité est généralement perçu comme un inconvénient, il présente néanmoins l’avantage de ne pas exposer l’investisseur aux aléas de la volatilité boursière. Généralement, l’investisseur est «récompensé» pour avoir accepté l’illiquidité du private equity: les rendements sont attrayants et il n’est pas rare de trouver des «returns» supérieurs à 10% par an.

D’ordinaire, le private equity est plutôt réservé à des investisseurs institutionnels. Ces derniers disposent de la surface financière nécessaire pour allouer une partie de leur portefeuille à des positions «illiquides».
Cependant, ces dernières années, de plus en plus d’investisseurs privés fortunés franchissent le pas vers ce type d’actifs. Dans ce cas, et plus que dans les placements boursiers, les investissements sont souvent structurés sous forme de fonds de fonds afin d’offrir des minima d’investissements acceptables et de permettre une certaine diversification des portefeuilles.

L’engouement actuel pour le private equity est donc bien réel. Il se confirmera et s’étendra davantage aux investisseurs privés s’il fait preuve de résilience aux prochaines crises.