Réglementation

Pour des risques sans péril

19 Novembre 2010 Par Vincent Ruck
Markus Geginat (Risk Partner) (Photo: David Laurent/Wide/archives)

Les nouveaux accords de Bâle vont soumettre les établissements financiers à davantage de sévérité concernant la gestion de leurs risques.

La crise économique n’a pas fini de faire sentir ses effets dans différents secteurs. Le prochain? Peut-être celui de la gestion du risque, au travers des réglementations dites de Bâle II et Bâle III… Car au-delà de l’incrémentation numérique, il y a de véritables différences entre les deux systèmes. «Bâle III était initialement prévu après Bâle II et n’était censé être qu’une étape supplémentaire dans la modélisation, explique Markus Geginat, associé chez Risk Partner. Mais l’avènement de la crise financière a conduit les autorités de tutelle à en changer le contenu.»

A l’origine, Bâle II avait pris la succession d’un modèle de gestion des risques créé en 1988 (Bâle I) que les banques, jugeant qu’elles géraient très bien leurs risques elles-mêmes, avaient fini par trouver désuet. C’est pourquoi ces banques, et en particulier les grandes banques internationales, avaient demandé aux autorités de tutelle de pouvoir utiliser leurs propres modèles internes d’évaluation du niveau de risque. «Ces modèles étaient censés être plus précis et nettement plus réalistes que les modèles utilisés pour calculer la charge de capital», précise M. Geginat.

Les discussions sur le contenu précis sont encore en cours, même si peu de textes légaux existent aujourd’hui. Un des changements probables à court terme se trouve, en revanche, dans ce que l’on pourrait appeler un Bâle II 1/2. «A très court terme, les autorités européennes ont complété le canevas de la réglementation Bâle II et certains de ces éléments devront être implémentés d’ici la fin de l’année. Il y va du risque de concentration et de la titrisation, deux maillons faibles de la chaîne gestion des risques de Bâle II», indique M. Geginat.

Le risque de concentration des groupes et des contreparties mesure la position que la banque détient dans d’autres groupes par rapport à son propre capital. En effet, dans la législation existante, une position ne peut excéder 20% des fonds propres. «Comme la mesure actuelle de la position pondère très favorablement les positions bancaires, les positions dans les groupes bancaires pouvaient être énormes.»

Cette réglementation s’accompagne également d’un changement dans le reporting réglementaire qui nécessitera des modifications profondes dans les processus de calcul du risque de concentration.

Au menu des modifications encore en vue, il y a celle qui touche le secteur des titrisations. «Une titrisation agit comme un fonds d’investissement, à la différence qu’elle investit souvent dans des actifs non liquides, tels que des crédits hypothécaires. Comme ces actifs non liquides ne sont pas toujours bien documentés et bien suivis, il est difficile d’en apprécier la qualité et c’est ainsi que la crise des subprimes américains a démarré.»

Ces titres se caractérisent également par une prioritisation des remboursements et des intérêts. En effet les titres émis auront une gradation et ceux qui détiennent la meilleure se verront remboursés en priorité, alors que ceux qui détiennent les plus mauvaises devront attendre que les autres aient été servis. Ce processus, semblable à celui de l’ordre des créanciers dans une faillite, a surpris beaucoup d’intervenants au moment où de grands noms, tels que Lehman Brothers, ont été en défaut. «Les émetteurs de tels titres devront conserver un minimum de 5 % afin que tout le monde soit assuré que la qualité du titre est suffisante.»

 

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