#Femaleleadership

«Plus de diversité, c’est élargir le champ des possibles»

10 Mai 2018 Par Audrey Somnard
Aline Muller
Aline Muller: «Les femmes doivent s’armer de plus de détermination.» (Photo: Maison Moderne)

Paperjam a décidé de donner plus de visibilité à des femmes leaders du monde économique au Luxembourg. À travers cette série #FemaleLeadership, elles nous parlent de leur parcours et de leur vision de la place des femmes aux positions-clés de leur secteur d’activité. Aujourd’hui, Aline Muller, directrice générale du Liser.

Un master puis un doctorat de mathématiques appliquées à la finance, Aline Muller a poursuivi une carrière académique aux Pays-Bas et en Belgique avant de prendre la tête du Liser en 2016. Cette eschoise est revenue dans un pays qui a beaucoup changé après 25 ans passés à l’étranger.

Madame Muller, vous avez accompli une belle carrière académique, vous êtes aujourd’hui au Liser à la tête d’une équipe de 128 collaborateurs. Dans quel contexte avez-vous rejoint cette institution?

«J’ai grandi à Esch, et j’ai poursuivi les études, en mathématiques et en finance, car j’étais passionnée. J’ai continué avec un doctorat de façon assez naturelle. J’ai embrassé une carrière académique, j’ai accompagné des doctorants, j’ai constitué une équipe autour de moi. Puis j’ai postulé au Liser, qui représente une grande institution, avec une grande équipe, et j’ai retrouvé un pays qui a beaucoup changé.

Il y a peu de femmes dans le secteur de la finance, comment l’expliquez-vous?

«Une carrière académique, ce n’est pas ce qu’il y a de plus flexible. Il y a une dose d’insécurité, c’est cela qui contribue à ce qu’il y ait moins de femmes à mon avis. À titre personnel, je n’ai ressenti aucun obstacle dans ma carrière, mais je suis revenue un mois après la naissance de chacun de mes deux enfants. Pour moi c’était le bon moment, c’est tout. Quand je les ai eus, je n’ai pas réduit la fréquence de mes voyages, c’était comme ça. Et puis si l’on dit que derrière chaque grand homme se cache une femme, l’inverse est aussi vrai (rires). L’équipe parentale en tant que couple est un élément très important. Même si je n’en ai pas vécu moi-même, je ne nie pas qu’il y ait des obstacles.

Je fais une distinction totale entre mon rôle de mère et de manager, quand je suis au bureau, je me concentre sur mon travail. Mais parallèlement, je puise une certaine fraîcheur dans mon rôle de parent, ce qui m’aide professionnellement.

Je dis aux femmes de ne pas voir des limites là où il n’y en a pas.

Aline Muller, directrice générale du Liser

Que dites-vous aux doctorantes qui pensent à poursuivre leur carrière?

«Je leur dis de ne pas voir des limites là où il n’y en a pas. Il faut un projet de vie authentique, les femmes doivent faire plus d’efforts, car elles ont plus d’obstacles. De ce fait, elles doivent s’armer de plus de détermination.

Est-ce que vous avez mentoré ou coaché de jeunes professionnels?

«Oui, j’ai encadré des chercheurs en début de carrière. C’est très épanouissant, très enrichissant, car on apprend les uns des autres. Apprendre en continu, c’est avoir une certaine ouverture d’esprit. Je me suis inspirée de personnalités fortes, et de passionnés, qui ont marqué et forgé ma carrière.

Est-ce que vous pensez qu’il y a un management dit féminin?

«Il doit certainement y avoir des traits, mais je ne voudrais pas tomber dans le piège des stéréotypes. Ce qui est essentiel c’est de promouvoir la diversité, de nationalité, de culture, de genre, car c’est très important. Une équipe composée de différents profils est une équipe qui s’enrichit continuellement. Plus de diversité, c’est élargir le champ des possibles.

Ce qui est vrai dans le fait de gérer son projet de carrière ou de vie, c’est qu’il faut développer sa vision. Il faut fédérer son équipe autour de cette vision, en respectant le droit à chacun de faire son propre chemin.

Je suis très prudente quant aux indicateurs purement quantitatifs et leurs effets pervers.

Aline Muller, directrice générale du Liser

Que pensez-vous de l’introduction de 40% de quota du sexe sous-représenté dans les conseils d’administration?

«Je suis très prudente quant aux indicateurs purement quantitatifs et leurs effets pervers. Cela dit, les qiotas peuvent mettre néanmoins la machine en route, car il faut une impulsion. Tout en restant attentif. Mais les quotas ne doivent pas rester un prétexte.

Est-ce que vous avez mis en place des mesures pour améliorer la qualité du travail de vos collaborateurs au Liser?

«Au Liser nous avons 49% de chercheuses, alors que la moyenne est plutôt de 35%, il y a donc de fait un développement potentiel de carrières pour aller vers plus de leadership féminin.
J’ai développé un plan de renforcement de compétences au LISER. J'ai également restructuré le fonctionnement de la prise de décision afin de la doter de plus d’échanges, de plus d'espaces d'expressions libres. Nous venons de recruter la personne qui sera en charge de ce plan de renforcement, elle sera entièrement dédiée à cette charge. Il faut réfléchir consciemment à déployer une force de recherche. Dans sa réflexion tout comme dans sa mise en oeuvre, un élément fondamental est de ne jamais demander à quelqu’un d’abandonner son projet, mais réaliser qu'au sein d'une institution des espaces doivent être crées pour y réfléchir ensemble.

Les trois dates-clés du CV d’Aline Muller:

2016 - Prise de fonction en tant que directrice du Liser

2009 - Première coordination de projet institutionnel dans le milieu académique

2005 - Obtention du doctorat en finance internationale à l’Université de Maastricht

Retrouvez l’intégralité de la série #FemaleLeadership en cliquant ici.