Sommet mondial des matériaux

Placer le Luxembourg sur la carte du monde

13 Novembre 2017 Par Jean-Michel Hennebert
Devant un parterre de quelque 200 personnes venues des quatre coins de la planète, Xavier Bettel a vanté le Luxembourg comme centre de R&D au potentiel de développement «considérable».
Devant un parterre de quelque 200 personnes venues des quatre coins de la planète, Xavier Bettel a vanté le Luxembourg comme centre de R&D au potentiel de développement «considérable». (Photo: Patrick Galbats)

Pour la première fois, la rencontre mondiale dédiée aux échanges sur les terres rares, la métallurgie et à l’économie circulaire se tient lundi et mardi au Grand-Duché. L’occasion pour le pays de se faire une place parmi les pays les plus innovateurs au niveau planétaire.

La géopolitique peut prend de très nombreuses formes. L’une d’entre elles s’est manifestée ce lundi au Convention center où se déroule la sixième édition du sommet mondial des matériaux. Dédié officiellement à l’exploration de “la manière dont les nouveaux matériaux ouvrent la voie pour de nouvelles industries et aident à résoudre quelques-uns des grands défis de l’humanité», l’événement est surtout l’occasion pour le Grand-Duché de faire apparaître son nom sur la liste très restreinte des pays capables à la fois d’être un acteur majeur dans la recherche industrielle appliquée et d’attirer les entreprises innovantes susceptibles de faire avancer le secteur. Et donc, au final, de créer de nouveaux emplois dans une économie nationale qui se veut moins dépendante de la Place.

«Il est important pour le Luxembourg de suivre l’évolution des matériaux puisque l’activité de recherche est importante pour notre diversification, raison pour laquelle nous avons un taux d’investissement dans la recherche qui se trouve à hauteur de la Suisse et de Singapour», a détaillé lundi matin Xavier Bettel, en ouverture du sommet qui réunit sur deux jours quelque 150 experts, décideurs et entrepreneurs. Le rôle des matériaux avancés comme «domaine d’importance stratégique» devrait notamment connaître une application concrète via le développement des activités liées au space mining, source de sujets de recherche, mais aussi et surtout nouvel eldorado luxembourgeois pour les sociétés désireuses d’exploiter les ressources spatiales.

Mise en avant des nanotubes en carbone

Pourtant, parmi les thématiques évoquées lundi, l’accent n’a pas particulièrement été mis sur l’impression 3D en orbite à partir de matière céleste ou d’économie circulaire. L’accent a notamment été mis sur l’impact des matériaux composites capables d’améliorer l’efficacité des objets fabriqués grâce aux nouvelles propriétés découvertes. Car, à en croire Anatoli Tchoubaïs, oligarque russe et CEO du conglomérat d’État russe Rusnano, «les nouveaux matériaux sont une solution à la fois pour la lutte contre le réchauffement climatique et la limite de ressources disponibles».

Un plaidoyer qui concerne aussi bien les «smart materials» que les métamatériaux, mais aussi et surtout les nanomatériaux, «et particulièrement les nanotubes de carbone qui possèdent une efficacité énergétique supérieure aux matériaux actuels et qui doivent permettre de réduire les émissions de CO2». Un discours tenu par plusieurs intervenants au cours de l’événement, dont le «founding sponsor» n’est autre qu’Oscial, groupe russe spécialisé dans cette production. En juillet dernier, celui-ci annonçait par ailleurs investir 100 millions d’euros pour la construction et le développement d’un nouveau centre de recherche à Differdange.

Le groupe, propriété également de la société Ujet qui fabrique des scooters électriques à Foetz, n’a donc pas hésité à vanter sa technologie, présentée comme capable de «réduire le poids de 70% des matériaux existants. Et donc, la pollution». Aucun mot en revanche n’a été évoqué au cours des premiers échanges sur les risques potentiels de cette technologie, la conférence portant uniquement sur le futur des matériaux. Et sur les retombées économiques potentielles. Selon une étude scientifique, publiée début novembre dans la revue spécialisée américaine Current Biology, certains nanomatériaux peuvent avoir le même effet cancérigène que l’amiante. Ce qu’indiquait également une autre étude, publiée en 2008. Selon le ministère de la Santé, contacté lundi, aucune recommandation particulière sur cette thématique n’a été émise à ce jour.