Concurrence

Paris relance la guerre des Places

12 Juillet 2017 Par Jean-Michel Lalieu
Nicolas Mackel
Nicolas Mackel estime que Paris a surtout un certain retard à rattraper. (Photo: Mike Zenari / archives)

Le nouveau gouvernement français vient d’annoncer son intention de renforcer le cadre pour faire grandir la place financière parisienne. Un discours qui ne fait pas peur au CEO de Luxembourg for Finance, mais le convainc qu’il faut continuer à renforcer sa compétitivité.

Le discours est un peu passé inaperçu au niveau international. Le 7 juillet dernier, le Premier ministre français a présenté un projet pour faire de Paris une place financière de référence en Europe.

Édouard Philippe estime que, dans le cadre du Brexit, la capitale française présente un grand potentiel pour relocaliser des activités financières sur le continent et que, avec la recomposition du paysage financier européen, «Paris est la seule capitale financière, après Londres, à disposer en un seul lieu d’un écosystème complet».

De là, l’annonce d’une série de mesures pour renforcer l’attractivité de la Place parisienne: amplifier la politique de compétitivité du coût du travail, simplifier le cadre juridique et fiscal pour plus de lisibilité, et pouvoir accueillir ceux qui souhaitent venir travailler en France.

Un travail de longue haleine

Ambassadeur de la place financière de Luxembourg, Nicolas Mackel ne se montre pas inquiet suite à cette annonce. Le CEO de Luxembourg for Finance (LFF) voit d’une façon positive le fait que Paris prenne des mesures pour sa compétitivité, mais estime que ce ne sont pas quelques mesures qui vont faire changer de cap les grands acteurs financiers.

«Des nombreuses discussions que j’ai pu avoir avec des institutions financières, je constate qu’ils regardent avant tout les critères structurels. Ils envisagent le cadre fiscal dans son entièreté, pas des mesures isolées comme tente de le faire Paris.»

Au niveau du Luxembourg, c’est notamment le «triple AAA», parce qu’il est lié à la faiblesse de la dette publique et laisse donc envisager que la pression fiscale pourrait diminuer, plutôt que croître. «Ils regardent aussi notre stabilité sociale dans son ensemble», poursuit Nicolas Mackel.

Au niveau des mesures envisagées par Paris, il note aussi que, pour créer un cadre favorable, Luxembourg a travaillé pendant plus de 10 ans. La France ne doit donc pas s’attendre à un miracle. «Ils envisagent de créer des lycées internationaux. C’est très bien, mais nous y travaillons depuis des années avec un certain succès.»

Personne ne peut envisager de couvrir l’ensemble des activités financières.

Nicolas Mackel, CEO de Luxembourg for Finance

De cette annonce, le CEO de LFF retient encore qu’il ne peut pas être question pour le Luxembourg de se reposer sur ses lauriers. «On voit clairement que tous les pays travaillent à l’amélioration de leur compétitivité, nous devons donc le faire aussi.»

Quant à l’opinion d’Édouard Philippe sur le fait que Paris serait la seule, à part Londres, à bénéficier d’un écosystème complet, il veut relativiser le propos. «Luxembourg a un écosystème complet pour certaines activités, Francfort se spécialise sur d’autres… Personne ne peut vouloir envisager de couvrir l’ensemble des activités financières. Les banques savent d’ailleurs très bien qu’elles doivent répartir leurs activités selon les spécialités des différentes Places.»