INVESTISSEMENT PARTICIPATIF

Ouverture de capital: pensez crowdfunding!

08 Juin 2018 Par Paperjam.lu
Le crowdfunding est un outil de financement de plus en plus répandu. (Photo: Licence C.C.)

Les plates-formes de financement participatif se sont diversifiées et professionnalisées dans le conseil en investissement. Désormais, elles offrent des outils entièrement digitalisés pour répondre aux besoins de collecte des entreprises, quels que soient leur taille et leur stade de développement. 

Vincent Ricordeau, cofondateur et président de KissKissBankBank & co-leader du crowdfunding en Europe avec ses quatre plates-formes, rappelle le contexte: «Quand les pouvoirs publics ont pris conscience du succès du crowdfunding, ils ont compris que cela permettrait de flécher l’épargne des ménages vers le financement des entreprises. Depuis quelques années, un cadre réglementaire nous permet ainsi de proposer du prêt et du capital-risque.» Le financement prospère donc aux côtés d’une nouvelle branche du crowdfunding: l’investissement participatif.

Ici, les internautes ne sont pas dans une logique de philanthropie. Ils viennent chercher du rendement. Les montants des projets présentés en investissement participatif ne sont d’ailleurs pas du même ordre. Si sur KissKissBankBank un projet moyen entend lever autour de 10.000 euros, sur Lendopolis, la plate-forme dédiée à la collecte de prêts et d’obligations, ce montant avoisine plutôt les 100.000 euros. «Et ça augmente tous les mois!», s’enthousiasme Vincent Ricordeau (lire aussi ses conseils pour réussir sa collecte de fonds).

En général, pour accorder un prêt, les banques exigent des promoteurs qu’ils détiennent déjà 20% du montant du capital.

Grégoire Linder, cofondateur de Raizers

Les plates-formes valident les projets en amont

Les plates-formes d’investissement participatif attirent ainsi de plus en plus d’entreprises, notamment parce qu’elles permettent de lever très rapidement des fonds ou d’obtenir un prêt, en une dizaine de jours et parfois même en quelques heures. Mais avant d’espérer convaincre de futurs investisseurs, les prétendants doivent d’abord convaincre les opérateurs du crowdfunding. Chez Raizers, une plate-forme de financement alternatif franco-suisse qui a obtenu en 2017 les autorisations pour opérer en Belgique et au Luxembourg, un audit est réalisé pour s’assurer de la viabilité des projets et de la crédibilité de l’équipe, et évaluer le potentiel du produit sur le marché.

Dans le cas d’une PME à la recherche d’un prêt, la plate-forme procède à une analyse de crédit, comme le ferait une banque, afin de déterminer le taux de rémunération du prêt (entre 6 et 10% par an). Les fonds collectés sont versés sur des comptes de séquestre. Les PME qui décrochent un prêt n’ont ainsi qu’un compte à rembourser, Raizers se chargeant de la ventilation auprès des prêteurs. Sur Raizers, on peut également investir dans des projets immobiliers. «En général, pour accorder un prêt, les banques exigent des promoteurs qu’ils détiennent déjà 20% du montant du capital», explique Grégoire Linder, le cofondateur de la plate-forme. «Raizers leur permet de disposer de ces fonds propres.» 

Nous réalisons le travail d’un réseau de business angels, en digitalisant entièrement ce métier.

Grégoire Linder, cofondateur de Raizers

Une exigence de transparence

Dans le cas d’ouverture du capital en actions, les entreprises doivent jouer la transparence jusqu’au bout. Business plan, présentation de l’activité et des services, étude de marché et positionnement, derniers bilans financiers, compte de résultat prévisionnel, plan de trésorerie prévisionnel, statuts et pacte d’actionnaires… L’ensemble des informations sont publiées sur la plate-forme de crowdfunding. Une fois l’opération terminée, les investisseurs ont accès au reporting, aux PV d’assemblées générales et aux bilans comptables via un espace «post-collecte» totalement dématérialisé. «Nous réalisons le travail d’un réseau de business angels, en digitalisant entièrement ce métier», confirme Grégoire Linder.

La plate-forme ne facture pas les services aux investisseurs. Elle se rémunère exclusivement sous forme de pourcentage sur les levées effectuées lorsque les objectifs sont atteints. Depuis son lancement en 2015, Raizers a accompagné 50 entreprises et levé 18 millions d’euros. Ses records? 1,3 million d’euros décroché pour une montre de luxe ou encore 2h20 pour collecter 300.000 euros pour un projet immobilier! Ces chiffres impressionnants ne laissent pas indifférents les capital-risqueurs plus classiques.

Pour l’instant, les projets présentés en equity crowdfunding sont en général très jeunes.

François Paulus, managing partner chez Breega Capital

François Paulus, managing partner chez Breega Capital, fonds spécialisé dans les levées de 1 à 10 millions d’euros, est conscient de la place occupée par ces plates-formes dans le paysage du private equity et des venture capitalists. «Pour l’instant, les projets présentés en equity crowdfunding sont en général très jeunes. Ils sont dans la phase de recherche de business angels, assez en amont de l’approche des fonds d’investissement», estime-t-il. Il note également tout l’intérêt de ces campagnes: «Les investisseurs peuvent découvrir des projets sans bouger de chez eux, les start-up ayant pour leur part la possibilité de toucher potentiellement un grand nombre de business angels.» Paroles de pro.