Nicolas Henckes, directeur de la CLC

«Nous organiser selon ce qui nous rassemble»

25 Septembre 2017 Interview par Frédéric Antzorn
Nicolas Henckes
Nicolas Henckes: «Notre mode de fonctionnement au quotidien doit évoluer d’un schéma relativement centralisé vers une coopération transversale, agile, fondée sur une confiance et un respect mutuels.» (Photo: Mike Zenari / archives)

Chaque jour, Paperjam propose un focus sur une fonction, ses défis et ses enjeux. Zoom aujourd’hui sur le management et le leadership avec Nicolas Henckes, directeur de la Confédération luxembourgeoise du commerce (CLC).

Monsieur Henckes, quelle est la plus grande transformation à laquelle votre secteur doit aujourd’hui faire face?

«Le secteur du commerce est manifestement dans une mutation profonde, et le Luxembourg ne bénéficie d’aucune exception. Le style de vie des consommateurs a changé rapidement et, avec lui, leurs besoins et leurs souhaits. L’avènement du commerce en ligne et la mise en place de solutions logistiques font le reste.

On entend souvent parler des petits commerces qui souffrent, et cela est hélas une réalité, mais les grandes surfaces ont également leurs propres défis dans ce contexte.

Ce marché est encore en mouvement évolutif, mais on sent que le prochain état d’équilibre ira vers une convergence entre magasins en dur et magasins en ligne. Il reste à voir quels seront les paramètres exacts de ce nouvel équilibre.

Quelle incidence cette transformation a-t-elle sur votre métier?

«Les commerces de détail, les grandes surfaces et les plateformes en ligne sont tous des commerçants membres de la CLC. Il faut que chacun puisse suivre l’évolution du marché. Certains ont besoin d’aide pour se développer, d’autres pour se réinventer et survivre. C’est un peu un grand écart par moments, mais nous n’avons pas le choix.

Les résistances et protectionnismes de tous bords ne font que retarder l’inéluctable et le rendre encore plus douloureux. Nous sommes des entrepreneurs, et nous n’avons pas choisi la sécurité de l’emploi. Nous savons qu’un jour, un concurrent peut venir remettre en question ce que nous avons mis des années à construire. C’est probablement ce que nous avons fait en créant notre propre entreprise.

Alors, nous acceptons les règles du jeu et nous nous battons pour améliorer nos entreprises, les faire évoluer et survivre.

Quels outils utilisez-vous pour répondre à ce défi?

«La CLC, en s’appuyant notamment sur ses fédérations membres, sensibilise ses membres le plus tôt possible sur les défis qui les attendent, afin qu’ils puissent changer en temps utile. Elle propose des conférences et des formations, et nous allons encore développer cela.

Actuellement, notre projet phare est le Pacte Pro Commerce, signé avec le ministère de l’Économie et la Chambre de commerce. Dans le cadre de ce pacte, nous aidons notamment à mettre en place une plateforme commerciale en ligne mutualisée pour les commerces luxembourgeois, ou encore à sensibiliser les principales villes commerciales luxembourgeoises sur le cadre qu’il convient de mettre en place pour pérenniser le maintien de commerces de villes diversifiés.

Le prochain groupe dit ‘Erfa’ aura d’ailleurs lieu le 17 novembre à Grevenmacher, sur le thème ‘Ville digitale’.

Quelle est l’incidence de cette transformation auprès de l’organisation de votre confédération?

«La CLC doit désormais très fortement et rapidement évoluer vers une plateforme de services à ses membres, tout en restant un lobby efficace au service de l’intérêt général de ses membres et un lieu de networking entre chefs d’entreprise. Je dois dire que l’équipe de la CLC semble s’en réjouir, et cela ne m’étonne pas, car cela valorise le rôle de chacun en relation avec nos fédérations et entreprises membres.

Comment contribuez-vous à adapter l’organisation du commerce à ce phénomène?

«Je ne peux pas faire les changements sur le terrain moi-même et je ne peux qu’accompagner et soutenir mes équipes et mes fédérations pour ce faire. La majorité en est parfaitement consciente, et un dialogue constant devrait permettre de maintenir le cap et le rythme.

Pour ceux qui ne sont pas encore totalement convaincus, je me dois de mieux comprendre leurs résistances ou leurs craintes et de trouver les arguments qui leur permettront d’évoluer. La CLC doit donc se structurer de sorte à favoriser ce dialogue permanent.

Comment envisagez-vous de vous transformer?

«La première chose à faire est de se donner les moyens informatiques et communicationnels nécessaires. C’est en cours à grande vitesse. Ensuite, notre mode de fonctionnement au quotidien doit évoluer d’un schéma relativement centralisé vers une coopération transversale, agile, fondée sur une confiance et un respect mutuels.

Comme toujours, pour la CLC, cela se joue à deux niveaux, celui de l’équipe de conseillers CLC et celui des fédérations.

Ce que j’ai proposé au conseil d’administration de la CLC, c’est de nous organiser selon ce qui nous rassemble, et pas selon ce qui nous différencie. Le défi est donc de mettre en route un effet de convergence qui permette encore aux différences d’exister et d’éviter de mener ce changement seulement par oukases. L’impulsion de départ donnée par le CA va être forte. Ensuite, il faudra tous travailler ensemble dans la même direction.

Comment vous y êtes-vous pris pour faire adhérer le conseil d’administration et le comité de direction de la CLC à cette transformation?

«Dès le début, j’ai été très transparent sur ce que je pensais bon de faire et ce que j’étais prêt à faire. Cela a passé les filtres dans l’ordre, le président, le bureau exécutif, puis le conseil d’administration et, évidemment, mon comité de direction.

Quand on met les gens devant le fait accompli, on est sûr de rencontrer des résistances. Nous avons déjà commencé l’information et la consultation de certaines de nos fédérations, et cela sera généralisé dans les prochains jours. Nous voulons aller vite, mais nous ne brûlerons aucune étape.»