Mobilité

Navya déjà rodée au Luxembourg avec Mangrove

11 Juin 2018 Par Jonas Mercier
L’Autonom Shuttle de Navya
C’est une navette Navya comme celle-ci qui sera bientôt opérée au Luxembourg par le transporteur Sales-Lentz. (Photo: DR)

La société de capital-risque avait parié en 2013 sur la navette autonome annoncée pour bientôt sur les routes luxembourgeoises, aux couleurs de Sales-Lentz. Mangrove Capital Partners a toutefois arrêté d’investir dans ce projet au long cours.

Il faut parfois savoir mettre les points sur les «i»… ou sur les «y». Présentée lors de l’Automotive Day, jeudi, la navette 100% autonome de Navya, dont un exemplaire a été acquis par Sales-Lentz, n’en était pas à ses premiers tours de roues sur le sol luxembourgeois. Il y a 5 ans, elle avait déjà goûté aux pavés de Luxembourg-ville.

À l’époque, ce n’est pas un transporteur local qui en faisait la promotion, mais Mangrove Capital Partners. La société de capital-risque basée au Grand-Duché avait pris 19% du capital de la petite entreprise parisienne Induct, qui avait mis au point le premier shuttle 100% autonome… baptisé «Navia».

Fondée en 2004, la start-up parisienne avait réalisé un joli coup de force en grillant la priorité à Google sur le secteur de la conduite sans chauffeur. Sa navette, qui pouvait accueillir huit personnes, avait été récompensée par le Trophée du produit de l’année au CES de Las Vegas 2014, où son lancement commercial avait été officialisé.

Navya récupère Navia

Quelques mois plus tôt, Mangrove Capital Partners avait décidé de parier sur cette innovation. «Le projet était fantastique», se souvient Michael Jackson, l’un des associés de la société de capital-risque. «Nous étions très intéressés par le programme informatique qui avait été développé pour analyser l’environnement autour du véhicule, car il s’agissait d’une technologie très avancée.»

Induct avait obtenu l’autorisation de circuler en France avec Navia et le succès de son véhicule ne faisait pas de doute. Les choses n’ont toutefois pas tourné comme prévu et six mois plus tard, l’entreprise est mise en liquidation judiciaire. C’est une société lyonnaise, Navya, elle-même contrôlée par le fonds d’investissement français Robolution Capital, qui rachète l’essentiel des actifs d’Induct.

Navia devient Navya Neo. Mangrove Capital Partners décide d’abandonner le projet. «Nous n’avons pas voulu réinvestir dans cette nouvelle entreprise, car nous pensons que la route vers un développement à grande échelle est encore longue», ajoute Michael Jackson.

La SNCF et Valeo s’impliquent

Aujourd’hui, Navya semble toutefois sur de meilleurs rails pour devenir un acteur majeur de la mobilité autonome. Elle a déjà vendu 70 navettes dans le monde entier et continue à enregistrer des commandes. Elle devrait par ailleurs commercialiser d’ici la fin de l’année un nouveau véhicule autonome, plus performant. Il s’agit de l’Autonom Cab, un taxi autonome capable de circuler sur des trajets non définis à l’avance et jusqu’à 90km/h.

Navya percera-t-elle sur le marché très concurrentiel de la conduite autonome? L’avenir le dira. Ce qui est sûr, c’est que les grands de la mobilité ont l’air de croire dans la réussite du projet. Fin 2016, l’entreprise lyonnaise a levé 30 millions d’euros, dont une partie provenant de l’équipementier français Valeo et du groupe de transport Keolis (détenu à 70% par la SNCF).

La mobilité est un secteur difficile pour les investisseurs.

Michael Jackson, Mangrove Capital Partners

Du côté de Mangrove Capital Partners, on parle de choix. La société de capital-risque continue d’ailleurs de croire dans l’innovation autour de l’automobile. En parallèle à son investissement dans Induct, elle a pris des participations dans la start-up britannique Ecotive, qui a créé un taxi électrique qui circule déjà à Londres.

Ce projet, Michael Jackson y croit beaucoup. «La mobilité est un secteur difficile pour les investisseurs, car ce sont des projets qui s’étalent sur le long terme et qui demandent beaucoup de capital», conclut-il.