Déontologie des membres du gouvernement

Maggy Nagel: l'addition qui fâche

01 Juillet 2015 Par Jean-Michel Gaudron (avec V. P.)
C'est dans ce café-restaurant de Weiler-la-Tour où Maggy Nagel et son compagnon ont rechigné à payer l'addition après un buffet de cochon grillé à volonté. (Photo: DR)

Scène cocasse le jour du référendum du 7 juin, qui ne l’a pas été pour le pouvoir: Maggy Nagel et son compagnon ont attiré l’attention des clients d’un restaurant de Weiler-la-Tour en refusant de payer l’intégralité de l’addition sous prétexte que le menu (du cochon grillé à volonté) et les prestations du restaurateur n’en valaient pas le prix. Une affaire qui est loin d'être aussi anecdotique à l'heure où l'on attend de la classe politique un comportement irréprochable.    

Dans la commune de Weiler-la-Tour, la scène est encore dans toutes les mémoires de ceux – et ils étaient une bonne centaine – qui avaient réservé la journée spéciale «cochon grillé à volonté» du café-restaurant Schlasstuff, en ce dimanche ensoleillé du 7 juin dernier, jour du référendum.

L’affaire s’est répandue dans les villages aux alentours comme une traînée de poudre en raison de l’identité de ses protagonistes. Le gérant du Schlasstuff, Antonio Andrade, se dit encore «sous le choc», plus de trois semaines après l’événement. Et témoigne volontiers à visage découvert face aux journalistes.

La ministre de la Culture et ministre du Logement Maggy Nagel et son compagnon, dont nous ne donnerons ici que le prénom, Patrick, avaient réservé auprès du restaurateur («un mois à l’avance», précise M. Andrade) deux places pour la journée grillade du cochon. Pour le prix de 20,50 euros par personne, c’était porcelet à volonté à midi, avec possibilité de faire rebelote en soirée.

Sortie par une porte dérobée

Dans un restaurant bondé, le couple s’installe en terrasse. Au moment de l’addition, 72 euros, le compagnon de Maggy Nagel se présente auprès du patron avec 55 euros en lui signifiant que «Maggy ne paiera pas plus», car «c’est tout ce que ça valait».

M. Andrade voit rouge et après des explications avec Patrick se rend sur la terrasse pour discuter avec «Maggy», laquelle avait déjà quitté la terrasse, non pas en empruntant l’intérieur du restaurant, mais par une issue latérale, donnant sur la ferme voisine, M. Andrade ayant ouvert le grillage pour laisser un passage à ses clients. Une sorte de porte dérobée.

55 euros jetés sur le capot

Le restaurateur se met à la recherche de la ministre qu’il trouve seule sur le parking de son restaurant, devant la voiture, en attendant son compagnon qui a gardé les clefs avec lui.

M. Andrade se fâche et demande à Maggy Nagel de payer l’entièreté de l’addition. Elle botte en touche et lui explique que c’est son compagnon qui ne veut pas payer, alors que ce dernier indiquait que les réticences à honorer la dette venaient d’elle. Le patron perd son sang froid et lui rend ses 55 euros et les mettant sur le capot de la voiture, avec l’addition de 72 euros. Il menace la ministre d’aller porter plainte: «Maggy, tu as pris trois fois de mon cochon et tu ne veux pas payer. Tu connais beaucoup de monde, mais moi aussi j’en connais et je ne me laisserai pas faire», prévient-il. Il parle alors à la ministre de contacter ses avocats ainsi que de porter l’affaire au commissariat de police.

Le couple quitte les lieux, mais Patrick y fait son retour au bout de 15 minutes. Il tend l’addition avec 75 euros et, grand seigneur, dit au restaurateur de garder la monnaie, ce à quoi ce dernier se refuse.

C’est une honte pour une ministre de se comporter ainsi.

Antonio Andrade (gérant, Schlasstuff) 

La scène ne passe pas inaperçue parmi les clients, offusqués du comportement de la ministre. Ce sont d’ailleurs leurs indiscrétions qui ont permis à l’affaire de s’ébruiter. Des versions fantaisistes de l’affaire circulent d’ailleurs faisant état d’un gérant du restaurant si furieux qu’il en aurait jeté des projectiles sur le véhicule de la ministre. Mais celui-ci dément formellement cette version. Il était très énervé, certes, mais il est resté civilisé.

«C’est une honte pour une ministre de se comporter ainsi», raconte quand même M. Andrade, en précisant que depuis le 7 juin dernier, le compagnon de la ministre était revenu régulièrement, mais toujours seul, dans son restaurant, sans contester cette fois l’addition.

Maggy Nagel minimise la portée de l'incident

M. Andrade a programmé dimanche 5 juillet un nouveau «brunch», avec au menu cuissot de porcelet pour 19,90 euros. Mais cette fois, ça ne sera pas service à volonté midi et soir. Maggy Nagel et son compagnon ne bouderont peut-être pas ce plaisir. Elle a en tout cas laissé entendre, dans une prise de position que Paperjam.lu lui a demandée, que son «couple compte retourner à l'avenir [dans le restaurant], ne portant aucune amertume suite à cet incident et appréciant régulièrement le service gastronomique impeccable de l'établissement».  

Le service du local était quelque peu surmené et laissait à désirer pour être au final incomplet.

Maggy Nagel, ministre de la Culture et ministre du Logement

Dans sa prise de position, la ministre admet aussi s'être rendue avec son compagnon à titre strictement privé au Schlasstuff. «La ministre», indique son porte-parole dans un courriel à Paperjam.lu, «tient cependant à souligner que la présentation des faits tels que relatés par vous ne correspond pas à la réalité. Il faut préciser que ce jour-là le service du local était quelque peu surmené et laissait à désirer pour être au final incomplet. En effet, la cuisine n'a pas pu honorer la totalité de la prestation prévue. Cela a conduit le couple à prendre la décision de quitter le local, non sans avoir dûment acquitté la facture intégrale».

Disons que le couple a quand même été pour le moins un peu forcé de payer l'intégralité de la note.

Déontologie malmenée 

Le comportement de Maggy Nagel reste néanmoins plus que questionnable du point de vue déontologique. Depuis l’affaire du coffre de toit de la secrétaire d’État Francine Closener, partie au ski en famille avec la voiture de service munie des plaques CD, le Premier ministre Xavier Bettel avait réclamé aux membres de son gouvernement de faire preuve d’un comportement exemplaire et irréprochable tant en public qu'en privé.

Cette affaire du cochon grillé de Weiler-la-Tour, quoique finalement «réglée», relève d'une attitude pour le moins discrétionnaire et ne va pas contribuer à renforcer la confiance des Luxembourgeois envers la classe politique, ni combler la fracture entre la fameuse «élite» et les autres.

Reste à voir la suite politique que Xavier Bettel, toujours président du DP, donnera à cette affaire. Maggy Nagel tient pour sa part à minimiser l'incident à caractère privé.