Banques

L’éventail chinois s’élargit

03 Mai 2018 Par Jean-Michel Lalieu
ICBC
Lorsque la China Construction Bank fait son entrée en 2013, seule l’Industrial and Commercial Bank of China (ICBC) était venue s’ajouter – en 1998 – à la présence de la BOC. (Photo: Nader Ghavami)

Les banques chinoises sont venues en Europe pour soutenir les grandes manœuvres de leurs entreprises à l’étranger. Désormais, elles s’ouvrent à la clientèle locale.

Depuis septembre 2017 et l’implantation du quartier général européen de la China Everbright Bank au Luxembourg, la Place compte sept banques chinoises. Un véritable hub qui s’est développé depuis le Grand-Duché pour diffuser l’activité bancaire sur l’ensemble du continent européen. C’est en juin 1979 déjà que Bank of China (BOC) ouvre une succursale dans notre capitale. L’événement est loin d’être banal. «Il s’agissait de la première fois que Bank of China ouvrait un bureau hors du continent asiatique. La décision a été prise suite à la volonté du président Deng Xiaoping de tenter une première ouverture du pays», explique Amanda Yeung, responsable du Chinese Business Services chez EY Luxembourg.

Mais la véritable ouverture date du début de l’actuelle décennie. Lorsque la China Construction Bank fait son entrée en 2013, seule l’Industrial and Commercial Bank of China (ICBC) était venue s’ajouter – en 1998 – à la présence de la BOC. Depuis, la Place a encore accueilli l’Agricultural Bank of China (2015), la China Merchants Bank (2015), la Bank of Communication (2015) et enfin, comme dit plus haut, la China Everbright Bank (2017). «C’est lors du douzième plan quinquennal, entré en vigueur en 2011, que le gouvernement chinois a encouragé les grandes sociétés chinoises à s’exporter dans le monde, rappelle Amanda Yeung. Les banques les ont suivies dans ces développements pour les soutenir financièrement dans les grandes opérations de fusion et acquisition et ont donc commencé à s’implanter un peu partout dans le monde, dont l’Europe.»

Service local

Dans un premier temps, les banques chinoises installées au Luxembourg ont donc eu pour mission essentielle de suivre leurs clients dans leurs conquêtes étrangères. «À leur arrivée, elles se sont concentrées sur le trade financing et le project financing, explique Dirk Dewitte, président de Chinalux, la chambre de commerce Chine-Luxembourg. Elles se concentraient donc sur des clients chinois et leur personnel lui-même était en grande majorité composé de Chinois expatriés.»

Aujourd’hui, ça reste le cas pour les grandes fonctions de direction, mais elles se sont aussi mises à débaucher des experts auprès des autres banques et dans la communauté locale. «C’est que, de plus en plus, ces institutions développent des activités au niveau du pays où elles sont implantées et visent l’ensemble de la communauté et plus seulement les acteurs chinois. Elles se positionnent désormais comme concurrentes des banques traditionnelles», poursuit Dirk Dewitte. Elles ont donc quitté le domaine du business corporate pour tenter d’attirer des clients luxembourgeois dans des domaines tels que le private banking et l’asset management. «Elles démarrent petit à petit, mais Bank of China propose désormais des crédits hypothécaires sur le marché luxembourgeois», note le président de Chinalux.

Elles s’entraident, partagent leurs expériences et apprennent l’une de l’autre.

Jörg Ackermann, partner et spécialiste des banques chinoises chez PwC Luxembourg

Il n’y a d’ailleurs pas qu’au Luxembourg qu’elles agissent ainsi. «Elles s’installent au Luxembourg afin d’obtenir un passeport européen, mais elles ouvrent ensuite des succursales dans différents pays européens pour développer le business et essaient de répondre à différents besoins», observe Jörg Ackermann, partner et spécialiste des banques chinoises chez PwC Luxembourg. Mais pour lui, le fait qu’elles soient déjà sept sur la Place luxembourgeoise est un atout pour leur développement. «On ressent un important niveau d’interactions entre elles. Elles s’entraident, partagent leurs expériences et apprennent l’une de l’autre. Elles tentent ainsi, ensemble, de mieux maîtriser l’environnement réglementaire qui est assez nouveau pour elles.»

Tapis rouge

La question est donc de savoir pourquoi c’est le Luxembourg qu’elles ont choisi pour développer ce «Chinatown de la finance». Pour Jörg Ackermann, les premiers éléments d’explication sont d’ordre politique. «Luxembourg for Finance et le gouvernement ont exercé un excellent lobbying. Le Luxembourg est aussi considéré comme un excellent partenaire et sa neutralité politique est vue de manière positive.» Il pointe aussi la réputation de la CSSF qui, malgré son rôle de gendarme financier, est jugée très internationale – tout peut se régler en anglais – et capable de comprendre le modèle d’activité de ces banques venues d’Extrême-Orient.

Elles profitent aussi de particularités comme la finance verte, dont la Place a fait l’un de ses atouts. Un acteur comme la Bourse de Luxembourg a notamment servi d’intermédiaire, dès juillet 2016, pour l’introduction des premières obligations vertes émises par Bank of China et les premières d’une banque chinoise en Europe. En 2014, la BOC avait déjà innové en émettant la première obligation en renminbi dans la zone euro.

Dirk Dewitte retient la flexibilité légale et fiscale dont a su faire preuve le pays pour accueillir les institutions chinoises. «Le Luxembourg a notamment accepté que la société mère basée en Chine soit garante de la substance financière de l’entité luxembourgeoise. C’est un élément qui a vraiment rendu l’installation au Luxembourg plus attractive.» Autre explication, selon lui, le développement de la Place en tant que hub pour l’internationalisation du renminbi et le fait que les premières banques installées ont fait part de leurs impressions aux autres. Visiblement en vantant les atouts de la place financière grand-ducale.