Marché du travail post-Brexit

Les travailleurs britanniques avant tout

07 Septembre 2017 Par Jean-Michel Hennebert
brext immigration
Les propositions officielles du gouvernement britannique sur l’immigration doivent être présentées d’ici la fin de l’année sous la forme d’un livre blanc, qui sera discuté avec Bruxelles. (Photo: Licence C.C.)

La fuite, mercredi, d’un document de travail sur les ambitions du gouvernement de Theresa May quant à la gestion des flux migratoires à compter de mars 2019 donne le ton des ambitions britanniques. Favoriser les travailleurs de l’île au détriment de ceux venus de l’UE.

La publication, mercredi dans les colonnes du Guardian, d’un document de travail du Home Office, ministère de l’Intérieur britannique, risque de laisser des traces dans les relations entre Londres et Bruxelles. Déjà peu cordiales en raison des difficultés rencontrées lors des négociations officielles du Brexit, elles pourraient continuer à se dégrader au cours des prochaines semaines.

Même si le texte ne traduit pas encore la position officielle de Londres quant à sa future politique d’immigration post-Brexit, il en donne en revanche la tonalité générale. «Pour être considérée comme un atout pour le pays, l’immigration ne devrait pas seulement bénéficier aux migrants eux-mêmes, mais aussi bénéficier financièrement aux résidents actuels», est-il écrit noir sur blanc dans ce document de 82 pages qui promet «la fin de la liberté de circulation dans sa forme actuelle».

Volonté de limiter le regroupement familial

Daté du mois d’août, le document détaille les mesures envisagées pour accorder la priorité aux Britanniques par rapport aux ressortissants de l’UE sur le marché du travail outre-Manche. Aussi bien pour les travailleurs non qualifiés que qualifiés. Selon le document publié, les premiers verraient ainsi leur durée de résidence limitée à deux années, tandis que les seconds ne pourraient rester sur le sol britannique plus d’une durée comprise entre trois et cinq ans. Soit l’inverse de ce que demandent les Britanniques aux Européens, comme l’indiquait mercredi John Marshall, ambassadeur de Sa Majesté au Luxembourg, qui plaidait pour «la possibilité d’octroyer la libre circulation sur l’ensemble du territoire de l’UE pour le 1,2 million de citoyens britanniques».

Les restrictions envisagées concernent également le regroupement familial, limité aux seuls enfants de moins de 18 ans et à ce que le gouvernement britannique considère comme des «partenaires stables». À compter de mars 2019, les ressortissants de pays européens devraient montrer non plus leur carte d’identité comme c’est le cas actuellement, mais leur passeport pour tout séjour. Ceux qui envisageraient de rester pour une durée supérieure à trois ou six mois devraient faire des démarches pour obtenir un permis temporaire, démarches qui comprendraient notamment un enregistrement dans une base de données biométriques, proche de ce qui existe aux États-Unis. Le Royaume-Uni envisage également de «renforcer [sa] capacité à refuser» l’entrée sur son territoire à «tout citoyen avec un dossier judiciaire ou considéré comme une menace pour le pays».

L’immigration est vitale pour l’activité industrielle.

Confédération de l’industrie britannique

Autant de mesures qui seraient implémentées au cours «de trois phases distinctes» étalées sur deux années et qui n’ont pas manqué de faire réagir. Aussi bien du côté des milieux politiques qu’économiques. Pour Sadiq Khan, maire de Londres qui mise sur le tourisme pour contrer les effets du Brexit sur l’économie de la capitale, ces propositions ne sont rien d’autre «qu’un plan sur la façon d’étrangler notre économie».


La Confédération de l’industrie britannique, de son côté, a fait part de la nécessité pour le pays d’adopter une approche ouverte, car jugée «vitale pour l’activité» dans le sens où l’immigration permet de combler des lacunes de qualification parmi les travailleurs britanniques. Dans ce contexte, le principal organisme de représentation du patronat britannique plaide pour une politique d’immigration «permettant aux Européens qui sont déjà au Royaume-Uni de pouvoir y rester, d’y avoir une période de transition avec des changements limités, afin de donner de la visibilité aux entreprises et d’aboutir à un système plus simple et ouvert que le mécanisme de permis qui s’applique aux travailleurs européens.»

Demande de soutien aux entreprises cotées au FTSE

Selon les derniers chiffres de l’Office national des statistiques britannique, 122.000 ressortissants de l’UE ont choisi de quitter le Royaume-Uni entre avril 2016 et mars 2017. Soit le nombre de départs le plus important enregistré au cours de la décennie écoulée. Outre les travailleurs non qualifiés, ce mouvement concerne aussi les salariés qualifiés, voire hautement qualifiés. À en croire une étude de Deloitte UK, publiée début juillet, près de la moitié (47%) des salariés hautement qualifiés issus des pays de l’UE envisageraient de quitter le Royaume-Uni au cours des cinq prochaines années.

Malgré ces chiffres, Theresa May aurait demandé aux représentants des entreprises cotées à l’indice FTSE de soutenir la démarche de son gouvernement par la signature d’une lettre, à en croire Sky News. Une démarche qui intervient quelques jours après la convocation de ces mêmes grands patrons britanniques à une consultation sur l’ensemble des documents techniques publiés au cours de l’été et liés au Brexit. Le tout dans l’espoir de permettre aux négociateurs britanniques d’être dans une autre position au cours du Conseil européen d’octobre. À ce jour, selon la chaîne britannique, aucune société n’a officiellement pris position.

Pour mémoire, les propositions officielles de Londres sur la future politique d’immigration seront dévoilées d’ici la fin de l’année, dans le cadre d’un livre blanc. Celui-ci fera alors l’objet d’échanges avec Bruxelles...

Le document intégral publié par The Guardian