Ressources humaines

Les recruteurs et l’effet Brexit

04 Juillet 2018 Par Jonas Mercier
Gwladys Costant: «Le marché de l’emploi pour le secteur financier est déjà très tendu du fait d’une augmentation globale de l’activité.» (Photo: Licence C.C.)

Au-delà de la bonne nouvelle que constitue l’arrivée au Luxembourg d’acteurs financiers d’importance en prévision du Brexit, les recruteurs font face à une surchauffe du marché. Mais il ne suffit pas d’attirer des talents étrangers...

AIG, Northern Trust, FM Global, Tokio Marine… Une trentaine de grands noms de la finance basés à Londres – majoritairement des sociétés d’assurances et de gestion de fonds – ont décidé, depuis l’annonce du Brexit, de s’installer au Luxembourg ou d’y renforcer leurs structures pour garder le contact avec le marché européen.

Une dynamique qui a poussé le CEO de Luxembourg for Finance, Nicolas Mackel, à déclarer en septembre devant plusieurs médias internationaux que ces délocalisations allaient créer 3.000 emplois pour la Place. Au mois de mai, le Statec évaluait le nombre d’emplois directs déjà engendrés par le Brexit à 250. Une bonne nouvelle pour le Luxembourg, qui parvient ainsi à consolider sa position de centre financier européen, alors que les réformes en préparation autour du cadre réglementaire communautaire, qui pourrait accroître les pouvoirs du régulateur européen, l’Esma, faisaient planer un doute quant à une menace sur son attractivité et plus grave, son positionnement dans l’industrie des fonds. Dans ce contexte, le Brexit constitue-t-il vraiment une aubaine pour le Grand-Duché? Ou risque-t-il de surchauffer un marché du recrutement déjà sur le fil? 

Pénurie de candidats

«Nous ressentons clairement une hausse de notre activité, mais celle-ci n’est qu’en partie due au Brexit, relativise toutefois Gwladys Costant, partner au sein du cabinet de recrutement GoToFreedom. Le marché de l’emploi pour le secteur financier est déjà très tendu du fait d’une augmentation globale de l’activité.» Les efforts de la Place pour diversifier ses activités commencent en effet à payer. «Le développement des fonds alternatifs (Raif, ndlr) se fait sentir et entraîne une demande grandissante pour les profils de risk manager et de conducting officer en général», ajoute Andrew Notter, directeur général chez Badenoch & Clark. 

La pénurie de candidats n’est pas une problématique nouvelle pour le pays et ne touche pas seulement le secteur financier. Le Grand-Duché s’est constitué une grande expérience ces dernières années pour attirer des talents de l’étranger. Luxembourg for Finance a d’ailleurs lancé début juin la campagne Work, Live and Luxembourg, diffusée sur les réseaux sociaux par le #MoveToLux. Mais la problématique est particulière cette fois-ci. «Les évolutions multiples du cadre réglementaire imposent aux acteurs du secteur de plus en plus d’experts dans ce domaine et cela se ressent directement sur le marché», précise Raphaël Cohen, consultant senior pour le cabinet Michael Page au Luxembourg.

La pression de la réglementation

La vague réglementaire de ces dernières années a en effet fait exploser la demande de profils spécialisés. Or, ceux-ci ne peuvent pas se trouver à l’étranger, puisque les spécificités luxembourgeoises dans la matière nécessitent une expérience locale. La plupart du temps, on recherche des professionnels ayant de l’expérience pour ces positions, car la moindre erreur peut coûter très cher. «Il est toujours possible de former en interne, mais cela demande du temps, précise Gwladys Costant. Le problème, c’est qu’on raisonne à court terme dans l’industrie et personne ne veut prendre le temps d’investir pendant plusieurs années dans ses ressources humaines.»