Fin des frais d’itinérance

Les opérateurs accusent le coup

05 Janvier 2018 Par Audrey Somnard
Les consommateurs profitent bien de l’arrêt du roaming avec une hausse spectaculaire de l’utilisation des data à l’étranger
Les consommateurs profitent bien de l’arrêt du roaming avec une hausse spectaculaire de l’utilisation des data à l’étranger. (Photo: Licence C.C.)

POST, Orange et Tango ont souffert de l’arrêt du roaming le 15 juin dernier: la consommation des data a explosé, et ceux-ci doivent se montrer créatifs pour compenser les pertes engendrées.

Depuis l’arrêt du roaming, les consommateurs sont à la fête. Les abonnements ne font plus la différence, qu’on se trouve au Luxembourg ou à l’étranger. Résultat, les clients usent et abusent des data aussi bien à domicile qu’à l’étranger. Mais si la consommation de data est désormais gratuite pour les consommateurs dans la limite de leur abonnement, les opérateurs, eux, doivent toujours payer les frais à leurs homologues étrangers. Une situation prévisible, mais qui a quand même plombé le budget 2017.

Chez Tango, la consommation de data a été multipliée par six en 2017 par rapport à 2016. Une perte sèche importante pour la société, la seule à divulguer des chiffres précis: «C’est une liberté pour les consommateurs qui a un coût important pour nous. Nous l’avions anticipée, explique Luis Camara, directeur marketing de Tango, mais cela représente quand même 11 millions d’euros d’impact financier. C’est conséquent».

Dix fois plus de data consommées

Même analyse pour Cliff Konsbruck, directeur Post Telecom: «La consommation a en effet augmenté depuis l’arrêt du roaming en juin dernier. C’est particulièrement vrai pour les data. Pour la voix et les SMS, c’est un peu moins important. Pour la 3e semaine d’août, par exemple, on a vu l’explosion des data, dix fois plus que la même semaine en 2016. Comme ces consommations sont facturées par les opérateurs à l’étranger, cela a un coût supplémentaire pour nous».

Petite compensation, les étrangers présents au Luxembourg, et notamment les frontaliers, consomment des données tout au long de l’année. «Ça ne compense pas tout à fait, mais ça aide», ajoute Cliff Konsbruck.

La facture aux opérateurs étrangers est aussi lourde pour Orange Luxembourg: «Nous accusons une baisse des revenus, même si nous nous y étions préparés, explique Thierry Iafrate, directeur marketing. Le premier impact, c’est que nous devons payer des factures plus élevées aux opérateurs étrangers, alors que dans un même temps, moins d’étrangers sont au Luxembourg. Les personnes de passage qui consomment de la data compensent un peu, mais pas complètement».

L’argent que nous payons aux opérateurs étrangers, c’est ce qui ne rentre pas dans l’économie luxembourgeoise

Thierry Iafrate, directeur marketing d’Orange Luxembourg

Résultat, Orange Luxembourg a dû faire une coupe dans le budget communication: «Nous avons fait moins de publicité, c’est indéniable. L’argent que nous payons aux opérateurs étrangers, c’est ce qui ne rentre pas dans l’économie luxembourgeoise.»

On se serre aussi la ceinture chez Tango, même si Luis Camara compte sur la baisse des tarifs entre opérateurs: «La Commission européenne a mis en place une sorte de compensation puisque les prix du roaming entre opérateurs vont également baisser progressivement, jusqu’à arriver à son prix définitif le plus bas prévu à ce jour : 2 euros hors TVA en 2020. Entre-temps, nous allons devoir miser sur l’optimisation des investissements et attirer plus de clients sur l’internet fixe haute vitesse et la télévision».

La fin des frais de roaming a eu des effets inattendus du côté de POST: «Désormais, les clients utilisent leur forfait en entier, ce qui n’était pas forcément le cas avant. Nous avions donc budgétisé sur 2017 et 2018 cette hausse de la consommation au sein des abonnements. Mais ce que nous n’avions pas prévu, c’est que les clients ont beaucoup dépassé leurs forfaits. Cela nous permet de générer des revenus».

De nouveaux services pour compenser les pertes

Malgré ces dépenses supplémentaires, Post compte à l’avenir mettre en place de nouveaux forfaits plus adaptés à cette consommation de data: «L’impact budgétaire est négatif, mais avec la libre circulation des personnes, il n’était pas normal qu’on éteigne son téléphone ou ses data au passage de la frontière. C’est donc globalement très positif, et les clients en profitent».

L’opérateur Orange a développé de nouveaux services pour compenser cette perte, comme celui de «smart security», un système de télésurveillance de la maison. «Au moins, le domicile ne part pas à l’étranger», explique Thierry Iafrate.

Si la situation est vécue comme un cap difficile à passer, les opérateurs restent confiants: «Même si 2017 était clairement moins bonne que 2016, nous restons une activité rentable», conclue Luis Camara.