Fake news

Les nouvelles technologies au service des contrevérités

05 Octobre 2018 Par Paperjam.lu
Le travail des textes, la formulation choc des titres sont évidemment des ingrédients déterminants pour créer une bonne fake news.
Le travail des textes, la formulation choc des titres sont évidemment des ingrédients déterminants pour créer une bonne fake news. (Photo: Fotolia / Markus Mainka)

Elles perturbent les scrutins électoraux, alimentent les populismes, déstabilisent les démocraties. Après l’écrit et la photo, les fake news envahissent les documents vidéo et audio. L’apport des nouvelles technologies rend ces fausses informations fabriquées de toutes pièces plus vraies que nature.

En juin dernier, un professeur de philosophie d’une grande école belge (l’EPHEC) faisait une annonce retentissante à ses étudiants: «Le Luxembourg n’existe pas et serait le fruit d’une conspiration visant à dissimuler le patrimoine des familles les plus fortunées de la planète». Un postulat pour le moins déroutant que Matthieu Peltier, cet enseignant soucieux de l’éveil des esprits, entreprend de démontrer en exploitant tous les mécanismes des fake news.

Déformant les propos tenus par des personnalités médiatiques – comme l’affirmation du président du parti français Les Républicains, Laurent Wauquiez, qui, évoquant les paradis fiscaux, déclarait aux médias que le Luxembourg est un «pays artificiel». Multipliant les extraits vidéo sortis de leur contexte, il sème le doute dans les esprits de son auditoire. «Le but de l’exercice, explique Matthieu Peltier, c’est de démontrer qu’il est possible de soutenir des théories absolument fausses en s’appuyant sur des éléments qui sont tous vrais».

Le pouvoir de l’image

Le travail des textes, la formulation choc des titres sont évidemment des ingrédients déterminants pour créer une bonne fake news. Mais à l’ère du digital, le poids de l’image est littéralement écrasant. Des programmes sont spécifiquement conçus pour retoucher les images et effectuer des trucages indiscernables à l’œil nu.

Dans un article consacré aux fake news vidéo, publié en mai dernier, le magazine The Atlantic dressait ainsi un inventaire spectaculaire de ces outils capables de modifier l’orientation des regards, les conditions météo, les mouvements des lèvres afin de les synchroniser avec une fausse piste audio, de générer de fausses émotions, de remplacer un visage par un autre, etc.

Il existe par ailleurs des logiciels à même de reproduire de faux dialogues à partir d’un échantillon de la voix d’une personne. La démocratisation de ces outils pourrait donner lieu, à terme, à un déferlement de vidéos trafiquées sur les réseaux sociaux.

Une viralité qui exploite la crédulité

Au-delà de la qualité technique de la vidéo ou du fichier audio, la clé du succès pour une fake news repose sur sa viralité. Correctement diffusées sur les réseaux sociaux, les images, citations et vidéos détournées, tronquées, sorties de leur contexte font fureur. À l’été 2017, deux chercheurs de l’Université d’Oxford (Samantha Bradshaw et Philip N. Howard) ont publié un petit manuel listant les cinq techniques-clés pour amplifier la viralité d’une fake news et multiplier les partages grâce à la technique du Trolling.

Quand vous pensez être au courant d’un complot qui échappe à la majorité, vous avez le sentiment d’être une sorte d’élu.

Matthieu Peltier, professeur de philosophie

«Il y a un énorme travail d’éducation à faire dès les premières années d’école pour aiguiser le sens critique des jeunes», observe Matthieu Peltier. Mais au-delà des technologies et des réseaux sociaux qui permettent de faire circuler rapidement de fausses informations qui se propagent hors de tout contrôle, c’est bien les mentalités qu’il faut changer. «Quand vous pensez être au courant d’un complot qui échappe à la majorité, vous avez le sentiment d’être une sorte d’élu», a expliqué l’enseignant à ses élèves. Les fake news flattent les egos de ceux qui y croient, et la technologie n’y est pas, cette fois, pour grand-chose…