#Femaleleadership

«Les limites sont surtout en soi»

17 Mai 2018 Par Audrey Somnard
Polina Montano Job Today
Polina Montano: «J’ai toujours été une étrangère qui ne maîtrise pas la langue du pays, qui débarque sans connaître personne et qui arrive à ses fins.» (Photo: Patricia Pitsch / Maison Moderne)

Paperjam a décidé de donner plus de visibilité à des femmes leaders du monde économique au Luxembourg. À travers la série #FemaleLeadership, ces femmes évoquent leurs parcours et positions clé dans leurs secteurs d’activité. Aujourd’hui, Polina Montano, cofondatrice de Job Today.

Cette «serial entrepreneuse» fourmille d’idées et va à cent à l’heure. Elle a cofondé Job Today, qui met en relation directe employeurs et candidats par une application, et est aujourd’hui COO de cette start-up présente dans trois pays. Elle nous raconte son parcours et prodigue ses conseils aux femmes pour se lancer dans l’entrepreneuriat.

Madame Montano, Job Today n’est pas votre première entreprise. Quel a été votre parcours jusqu’à cofonder cette start-up?

«Je suis ce qu’on appelle une serial entrepreneuse’! J’ai commencé dans le secteur du commerce, car j’ai vite compris que le rythme de la vie d’entreprise était trop lent pour moi, je m’ennuie rapidement. Je suis arrivée en Europe depuis la Russie à l’âge de 18 ans, pour étudier. Quelques années plus tard, mon mari a été muté au Luxembourg. J’ai géré un magasin de mode italienne, puis j’ai pris en main des stations-service de la franchise Shell. Je partais un peu de zéro, j’ai bénéficié de beaucoup de conseils car j’étais encore très jeune pour gérer plusieurs stations-service.

J’étais d’ailleurs la plus jeune manager du groupe à l’époque. À 26 ans, j’étais à la tête d’une franchise de six stations-service. J’étais aussi parmi les plus jeunes de mes propres équipes, il a fallu s’imposer.

J’avais besoin d’un nouveau challenge, d’avoir ma propre société.

Polina Montano, COO de Job Today

Dans quelles circonstances avez-vous rencontré Eugene Mizin, le cofondateur de Job Today?

«J’avais besoin d’un nouveau challenge, alors j’ai repris mes études en plus de ma gestion des stations-service. J’ai fait un master en «entrepreneurship & innovation», j’y ai découvert le monde des nouvelles technologies et toutes les possibilités qui vont avec.

J’ai rencontré Eugene à cette époque, il travaillait pour un ‘venture capitalist’ tout en ayant une solide formation technique. Nous sommes devenus amis et je lui présentais sans cesse mes idées. Le pauvre, il devait vraiment aimer ma cuisine pour me supporter avec toutes les idées que je lui soumettais!

Puis un soir, en plein dîner, j’ai reçu un appel et il a vu à quel point je devais me battre pour trouver rapidement un employé à l’une des stations-service. C’est comme ça qu’est née l’idée de Job Today.

Vous êtes de nouveau repartie de zéro pour vous lancer dans une start-up?

«Oui! J’avais besoin d’un nouveau challenge, d’avoir ma propre société. J’étais terrifiée, bien sûr, mais je me suis battue. Finalement, j’ai toujours été une étrangère qui ne maîtrise pas la langue du pays, qui débarque sans connaître personne et qui arrive à ses fins. Je crois que les limites qu’on s’impose sont surtout à l’intérieur de nous-mêmes, il faut croire en soi.

Les femmes sont nées entrepreneuses car elles jonglent sans arrêt avec plusieurs activités

Polina Montano, COO de Job Today

Pourquoi y a-t-il moins de femmes entrepreneuses?

«Le goût de l’entrepreneuriat devrait être enseigné plus tôt – c’est une question de société – sans compter la technologie et les sciences. On ne devrait pas demander aux enfants le métier qu’ils ont envie de faire plus tard, mais ce qu’ils aimeraient faire.

Pourtant, les mères ont un avantage certain: nous sommes habituées au «multitasking», à résoudre les crises. Après tout, la vie de famille est imprévisible. En fait, les femmes sont nées entrepreneuses car elles jonglent sans arrêt avec plusieurs activités, les hommes sont moins bons pour cela.

Pourtant, beaucoup de sociétés recherchent des femmes. Moi-même j’ai des difficultés à trouver des talents féminins dans certains secteurs, nous sommes à un ratio 40/60 de femmes. Il y a encore des efforts à faire, surtout au niveau technique.

Qu’est-ce que vous pensez de l’instauration des quotas de 40% de sexe sous-représenté dans les conseils d’administration?

«Cela paraît un peu réducteur si l’on doit y recourir, mais c’est en même temps un signe d’encouragement pour qu’un changement des mentalités s’opère.

Je crois que le tout est de se lancer et d’essayer, vous pouvez le faire!»

Trois dates-clés du CV de Polina Montano:

2014 - Création de Job Today

2012 - «Master of Science Entrepreneurship & Innovation» obtenu à l’Universté du Luxembourg

2006-2014 Gestion de Poshe sàrl, société qui gère les opérations de vente au détail de six unités commerciales dans le cadre d’un accord de franchise avec Shell Luxembourgeoise.

Job Today en éléments clés:

Création: 2014

Employés au Luxembourg: 30; Dans le monde: plus de 50

Nombre d’utilisateurs: 5 millions

Capital de départ: 36.500 euros

Retrouvez l’intégralité de la série #FemaleLeadership en cliquant ici.