Suites du «Selmayrgate»

Les eurodéputés dénoncent «un parachutage brutal»

13 Mars 2018 Par Jean-Michel Hennebert
Malgré les explications fournies par Günther Oettinger, la nomination express de Martin Selmayr n’a pas convaincu les eurodéputés, qui dénoncent globalement une atteinte à la crédibilité des institutions européennes. (Photo: Parlement européen)

Alors que le commissaire européen aux Ressources humaines, l’Allemand Günther Oettinger, a assuré lundi devant le Parlement que la nomination de Martin Selmayr avait respecté toutes les règles, les élus ont exprimé ouvertement leurs doutes. Dans un style parfois direct.

Bien qu’effective depuis le 1er mars, la nomination de Martin Selmayr au poste de secrétaire général de la Commission n’en finit plus de faire des vagues. Après les interrogations de la presse, c’est au tour des eurodéputés de s’interroger ouvertement sur les circonstances de cette nomination qui a propulsé le haut fonctionnaire allemand de 47 ans comme dirigeant des 30.000 fonctionnaires de la Commission.

Lundi, devant le Parlement, le commissaire européen aux Ressources humaines, l’Allemand Günther Oettinger, a assuré n’avoir «aucun doute» sur le choix effectué le 21 février dernier, indiquant que le haut fonctionnaire, jusqu’alors chef de cabinet du président Juncker, «est indéniablement qualifié pour cette tâche. Il a un sens politique développé et un vrai sens européen. C’est pour cela qu’il a la confiance du président et de tous les commissaires.» Et ce dernier de préciser que «bien que la procédure ait été particulièrement rapide – il s’est écoulé moins d’un mois entre la clôture de l’appel à candidatures et la nomination de Martin Selmayr au poste de secrétaire général adjoint, puis de secrétaire général –, toutes les dispositions du statut des institutions européennes ont été respectées».

Vous prenez les députés européens pour des imbéciles!

Sophia in 't Veld, eurodéputée ALDE

Un discours loin d’avoir recueilli l’aval des eurodéputés, puisque toutes les sensibilités politiques ont émis des doutes sur les conditions de la nomination de l’avocat de formation. Y compris le PPE, principale force politique au sein du Parlement et dont est issu Jean-Claude Juncker. «Toute nomination ne doit pas être une prise de pouvoir de la haute administration au mépris des règles de procédure ou grâce à de petits arrangements entre amis», a affirmé la députée Les Républicains, Françoise Grossetête, au nom du PPE.  «Nous vivons à l’heure du Brexit, à l’heure où le populisme de toutes les couleurs travaille 24 heures sur 24 pour ébrécher la confiance dans l’Europe», a renchéri le social-démocrate allemand Arndt Kohn.

Le coprésident des Verts, Philippe Lamberts, a pour sa part dénoncé «le parachutage brutal du capitaine Selmayr» et «l’aveuglement coupable de Jean-Claude Juncker». Martin Selmayr, «c’est d’abord et avant tout l’homme d’un parti. Il poursuit sur le chemin d’une centralisation autoritaire. Son objectif, c’est de ne plus voir qu’une ligne, plus qu’un visage, le sien!» «Vous venez d’empirer les choses. Vous prenez les députés européens pour des imbéciles!», s’est exclamée pour sa part Sophia in 't Veld, pour les libéraux (ALDE). «Si les commissaires sont intimidés aussi facilement par un fonctionnaire, s’ils agissent comme des enfants sans défense lorsqu’ils sont confrontés à une décision inattendue, alors comment peut-on attendre qu’ils se battent pour les intérêts européens contre, par exemple, Donald Trump en cas de guerre commerciale ou bien résistent à la pression des lobbies?»

À noter que la médiatrice européenne, instance indépendante en charge de la résolution des différends au sein des administrations européennes, a d’ores et déjà reçu deux plaintes sur ce sujet. Dans un tweet publié lundi, l’Irlandaise Emily O’Reilly indique «être en train de les analyser». Aucune information sur la date de rendu de son analyse n’a été fournie à ce jour.