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Les données ouvertes, l’or noir des temps modernes

14 Décembre 2018 Par Luxinnovation
Slim Turki: «Quand l’opportunité de participer au projet BE-GOOD s’est présentée, nous avons saisi la chance de pouvoir tester et appliquer ce que nous pensions être les bonnes pratiques.»
Slim Turki: «Quand l’opportunité de participer au projet BE-GOOD s’est présentée, nous avons saisi la chance de pouvoir tester et appliquer ce que nous pensions être les bonnes pratiques.» (Photo: List)

Concept en vogue dans les débats sociétaux, l’open data, ou l’ouverture des données publiques, ne cesse d’être présentée comme un levier économique, scientifique et culturel. Aussi traitée comme un sujet sensible, la notion de données ouvertes est délicate de par ses usages et son périmètre encore flous, notamment pour les entreprises. Le projet européen BE-GOOD tend à pallier ces zones d’ombre et à soutenir le développement de solutions commerciales basées sur l’information du secteur public.

Dans un monde de plus en plus digital, dans lequel l’internet des objets, la géolocalisation ou le web social prennent de plus en plus de place, il n’est plus nécessaire de démontrer en quoi les données sont précieuses pour toute une économie. La valeur de ces données, qui peuvent être de nature économiques, sociales, éducatives, météorologiques ou géographiques, n’est pas négligeable.

À la différence des matières premières, les données peuvent être réutilisées à l’infini (principe de non-rivalité). Le service public collecte d’immenses quantités de données centralisées qui, bien utilisées, peuvent donner lieu à des solutions innovantes: surveillance du trafic, disponibilité des vélos en location dans le centre-ville, qualité de l’air en temps réel…

Intitulé BE-GOOD (Building an Ecosystem to Generate Opportunities in Open Data), le projet Interreg North-West Europe a été lancé en 2016 par la Commission européenne, et ce, pour une durée de quatre ans. Il fait écho à la directive «Public sector information 2013» de l’UE, relative à la réutilisation des informations du secteur public.

Partant du constat que le secteur public détient d’importantes quantités de données parfois peu utilisées, BE-GOOD souhaite améliorer l’accès à ces données, tout en stimulant leur réutilisation. 

La disponibilité, la réutilisation et la participation universelle sont l’essence même du concept de l’open data. Par définition accessibles à tous et libres de droits, les données ouvertes offrent de nombreuses opportunités pour étendre le savoir et créer de nouveaux produits et services de qualité.

Collaborations transnationales

Afin de tirer bénéfice de ces données ouvertes, un autre critère s’avère fondamental: la coopération. C’est dans ce contexte que le projet BE-GOOD prend tout son sens. En réunissant plusieurs acteurs européens, parmi lesquels le Luxembourg Institute of Science and Technology (List), ce projet favorise l’émergence de nouveaux produits et services, via des projets collaboratifs transfrontaliers.

Le List intervient en tant que partenaire technique: en charge des questions méthodologiques et techniques, il conseille les autres partenaires en matière d’ouverture de données, de business models et d’appels d’offres innovants autorisés par la nouvelle directive européenne.

Nous avons saisi la chance de pouvoir tester et appliquer ce que nous pensions être les bonnes pratiques.

Slim Turki, manager du programme BE-GOOD au List

«Nous sommes aussi impliqués dans les discussions autour des open data depuis 2012 et nous avons beaucoup observé comment cela se passe dans les autres pays. Quand l’opportunité de participer au projet BE-GOOD s’est présentée, nous avons saisi la chance de pouvoir tester et appliquer ce que nous pensions être les bonnes pratiques», explique Slim Turki, manager du programme BE-GOOD au List. 

Les données sont souvent traitées par les entreprises différemment des autres ressources. D’où la contribution du List au partage de connaissances pour combler l’écart qui existe entre théorie et pratique. Cette démarche permet de passer d’une recherche innovante à la mise à l’essai d’un prototype en situation réelle.

«Nous sommes engagés dans le projet jusqu’à mai 2020. Actuellement au deux tiers du programme, nous collectons pour chaque différente phase les retours d’expériences de chaque partenaire afin d’ajuster et améliorer constamment la méthodologie et les procédures», précise Slim Turki.

Encourager l’innovation par les données

Au sein de ce consortium, le List a aussi pour mission de faciliter les rapprochements entre les partenaires. Pour Slim Turki, le rôle joué par l’équipe du projet au sein du département IT for Innovative Services (ITIS) du List est horizontal. «Nous aidons au développement des partenariats publics-privés durables. Notre connaissance des problèmes soulevés par les agents de la fonction publique nous permet d’apporter des solutions concrètes qui découleront très prochainement, nous l’espérons, sur le développement de prototypes». 

Le List a pu compter sur Luxinnovation et sa connaissance pointue de l’écosystème pour cibler les entreprises potentiellement intéressées à l'idée de prendre part à ces discussions. En tant que partenaire non financé, Luxinnovation appuie l’initiative. 

«L’open data est un thème important, notamment dans l’optique d’un nouvel écosystème qui gravite autour du digital en soi et la réutilisation des données en particulier», explique Jean-Paul Hengen, manager du Luxembourg ICT Cluster chez Luxinnovation.

Ce projet fait partie de la stratégie gouvernementale et est d’ailleurs activement soutenu par plusieurs acteurs importants.

Jean-Paul Hengen, manager du Luxembourg ICT Cluster, Luxinnovation

«Ce projet fait partie de la stratégie gouvernementale et est d’ailleurs activement soutenu par plusieurs acteurs importants, tels que Digital Lëtzebuerg, le Centre des technologies de l’information de l’État ou le Service information et presse. Ces derniers ont également contribué à la mise en place du portail national Open Data, en collaboration avec l’équipe du Géoportail de l’administration du cadastre et de la topographie.»

Ces mêmes acteurs sont d’ailleurs également à l’origine du challenge Open Data organisé dans le cadre du hackathon Game of Code, un événement annuel majeur dédié au développement d’applications, de logiciels ou d’algorithmes basés sur la réutilisation de données ouvertes disponibles sur le portail.

Au total, le projet BE-GOOD compte 11 challenges, portés par les différents partenaires et liés principalement aux thématiques des transports, de la gestion des eaux usées, de l’entretien des infrastructures, de la mobilité ou encore de la qualité de vie. D’ici mars 2019, tous les partenaires devraient finaliser les appels de marché et avoir conclu, pour chaque challenge, les contrats avec les entreprises sélectionnées. 


(Illustration: Shutterstock)

D’ici la fin du projet BE-GOOD, des workshops pour identifier l’intérêt et le potentiel des solutions développées pour le Luxembourg seront organisés. Le prochain groupe de travail se tiendra le 25 janvier prochain et portera sur la réutilisation des données ouvertes en matière de mobilité et de transport au Luxembourg. 

À son terme, le projet BE-GOOD devrait livrer 10 prototypes commerciaux et transnationaux, dont la valeur est estimée à 50 millions d’euros. Selon une étude récente de la section Digital Single Market de la Commission européenne, en 2018, la valeur économique directe totale des informations du secteur public s’élève à 52 milliards d’euros dans l’UE28. Ce chiffre devrait passer à 194 milliards en 2030.