Structure et participations

Les centres de gravité de Post

04 Mars 2018 Par Thierry Raizer et Jean-Michel Hennebert
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La prise de participation de Post dans Encevo n’est qu’une étape dans la stratégie de diversification de la vénérable institution qui, historiquement, s’est adaptée aux changements du marché et aux mutations de ses métiers.

«Cette prise de participation est un rapprochement stratégique entre deux fournisseurs d’infrastructures critiques pour le pays et se place dans le contexte de la transformation digitale.» 

En mettant en perspective, le 21 février dernier, son entrée dans Encevo (la maison mère d’Enovos et de Creos), Post Luxembourg confirmait sa volonté de continuer à investir dans des créneaux d’avenir.

Ils concernent cette fois le marché prometteur des «smart grids», les réseaux intelligents utilisés notamment avec les énergies renouvelables, ou encore celui de l’internet des objets.

Transformation par étape

«Nous entrons désormais dans une nouvelle ère de services où le Luxembourg a vraiment une carte à jouer», déclarait Claude Strasser à Paperjam en décembre 2016. Dans le rapport annuel 2016 de l’entreprise (il n’a pas encore été présenté pour 2017, ndlr), le directeur général ajoutait: «Nous transitons d’un opérateur télécom vers un acteur universel ICT. Nous faisons aussi évoluer l’opérateur postal vers une entreprise de logistique.» 

De logistique, il fut justement question mi-décembre avec la prise de participation dans Eurosender, une plateforme électronique de livraison de petits colis à domicile en Europe, basée en Slovénie. 15,75%, un début pour tester un marché et surtout se positionner dans l’e-commerce international. Sur le plan local, Post est, depuis janvier 2015, actionnaire à 90% de l’entreprise de distribution express de courrier et de colis Michel Greco.

De services, il en est question avec Victor Buck Services et sa clientèle dans le secteur financier. Post est monté en 2012 à 90% du fournisseur de solutions pour informations confidentielles.

Parallèlement à ces choix stratégiques, la gouvernance de Post a été modifiée avec, progressivement, une inspiration sur le mode de fonctionnement du privé. En 1842, l’Administration des postes voyait le jour. Depuis 1992, l’Entreprise des postes et télécommunications (un établissement public) a remplacé l’administration et en 2016 le poids du comité de direction (devenu comité exécutif) était renforcé à l’initiative du directeur général en poste depuis 2012, Claude Strasser. Entre-temps, l’identité du groupe basculait de l’Entreprise des P&T vers Post Luxembourg.

Premiers jalons

En disposant d’un actionnaire de référence – et solide – tel que l’État, Post a pu consentir à d’importants investissements et ainsi contribuer à l’émergence de l’écosystème ICT. Le déploiement de la fibre à l’échelle nationale est un exemple. En 1993, le réseau de téléphonie mobile LuxGSM était mis en service, et en 2001 arrivait l’ancêtre de l’internet mobile, le GPRS. Ces activités sont regroupées dans le pilier Post Telecom du groupe.

Capter l’international

Bien que se comportant mieux que sur les marchés voisins, le métier historique du groupe – le courrier – est en baisse constante. L’évolution des prises de participation et des métiers de Post recouvre donc aussi le besoin de projeter l’entreprise vers son avenir et donc de maintenir ses revenus à flots, a l’instar du partenariat conclu avec la banque Raiffeisen autour des services financiers postaux (CCP).

Dans le domaine des infrastructures, EBRC a été créée en 2000 pour, au départ, fournir des infrastructures prêtes à l’emploi pour les entreprises qui feraient face à un sinistre. Après être montée à 93,4% de son capital en 2004, Post, sous l’impulsion du CEO Yves Reding et du président du conseil d’administration historique Jos Glod, a transformé EBRC en l’un des leaders des data centers et des fournisseurs de solutions pour l’information sensible.

Avec EBRC, Post capte aussi des clients internationaux qui ont fait au Luxembourg leur hub européen et ceux qui sont à la recherche d’un «coffre-fort numérique». En y regardant de plus près, Post souhaite aussi, lorsque l’opportunité se présente, capter des marchés en dehors des frontières du pays. On retrouve ainsi une filiale de Victor Buck Services en Asie, une participation d’EBRC dans l’acteur français Digora, la prise de participation dans Eurosender ou encore un accord de collaboration (non financier) avec SingPost dans l’e-commerce. La marque internationale de Post, Teralink Solutions, avait permis de signer en 2016 un mémorandum d’entente avec Telecommunications of Iran autour d’une approche commune du marché iranien.

En 2014, Join Experience était lancée, avec le concours de Post à hauteur de 50%, aux côtés des entrepreneurs expérimentés du secteur: Pascal Koster, Frank Fischer et Claude Lüscher. Visant une approche transfrontalière des communications téléphoniques, l’entreprise doit encore trouver son rythme de croisière en raison de la fin du roaming.

Entre-temps, Post est monté à 68,57% de Join et y a placé à sa tête l’ancien patron de Tango (arrivé chez Join en 2014), Didier Rouma. Son contrôle de Join, Post l’opère via Post Capital, sa structure destinée initialement à soutenir des start-up et qui a recentré ses prises de participation dans le cadre de la stratégie générale du groupe. Post Capital est par ailleurs partie prenante du Digital Tech Fund fondé avec d’autres acteurs de l’économie et l’État pour accompagner de nouveaux acteurs dans l’ICT.

Reflet dans les comptes

Si la direction de l’entreprise indique volontiers qu’il ne s’agit pas d’une fin en soi, l’élargissement de son spectre a fait passer Post Luxembourg au rang de premier employeur du pays en 2016.

Cette mue se reflète aussi dans les résultats de l’entreprise. Sur les 728,1 millions d’euros de chiffre d’affaires net réalisé en 2016, 429,55 millions proviennent des télécoms, contre 142,81 millions pour les services postaux.

Aux côtés de la Société nationale de crédit et d’investissement (SNCI) ou encore de la BCEE, Post est aussi devenu, indirectement, un important moteur de participation de l’État. Une entreprise qui se projette vers son futur siège, qui sera construit d’ici 2022 à l’endroit où le service postal du quartier Gare avait été inauguré en 1972.