éducation

L’école cherche sa voie digitale

25 Septembre 2018 Par Jonas Mercier
L’éducation reste elle aussi un enjeu de campagne.
Lancée au début de la législature, la stratégie Digital (4) Edu­cation avait ainsi pour objectif d’assurer aux jeunes qui sor­tent de l’école les compétences numériques de base requises sur le marché du travail. (Photo: Matic Zorman / archives)

Face aux défis de la numérisation de l’économie, les quatre grands partis du pays ont chacun leur vision sur la direction que doit prendre le système éducatif.

C’est une petite révolution. À l’occasion du lancement de trois nouveaux brevets de technicien supérieur (BTS) à la rentrée, un dans le domaine de l’internet des objets et deux autres dans celui du jeu vidéo, le Lycée des arts et métiers a décidé de regrouper étudiants et entrepreneurs dans un même bâtiment. En collaboration avec le Techno­port, cette structure hybride offrira formations et incubation, mais aussi et surtout un environnement propice pour faire se rencontrer deux mondes que l’on dit souvent trop distants. L’idée vient du lycée et non du ministère, mais elle reflète une tendance de plus en plus marquée qui vise à adapter l’éducation à la digitalisation de l’économie.

Lancée au début de la législature, la stratégie Digital (4) Edu­cation avait ainsi pour objectif d’assurer aux jeunes qui sor­tent de l’école les compétences numériques de base requises sur le marché du travail. Depuis, plusieurs initiatives ont vu le jour, notamment la création en septembre 2017 d’une filière informatique dans les lycées, baptisée Section I. Mais seulement 3 des 42 établissements que compte le Grand-Duché la proposent à l’heure actuelle. «Comme le secteur privé, nous avons des difficultés pour recruter des spécialistes informatiques», reconnaît le ministre de l’Éducation, Claude Meisch (DP).

Garantir les mêmes chances

L’introduction de l’informatique doit intervenir à l’école fondamentale, estime pourtant le ministre, qui plaide pour l’apprentissage du code dès le plus jeune âge. «Si on veut créer des vocations, il faut sensibiliser les enfants», détaille-t-il. Une position qui ne fait pas l’unanimité dans la classe politique en pleine campagne électorale. «Il faut d’abord parler des dangers d’internet et rendre les cours plus interactifs grâce aux possibilités données par les outils digitaux, avant d’enseigner l’informatique», estime ainsi Josée Lorsché, députée Déi Gréng.

Le LSAP préfère, lui aussi, que les jeunes élèves apprennent les règles sur la publication de photos ou le respect de la vie privée, plutôt que le code. «Une spécialisation à un âge plus avancé nous semble plus utile, note le dé­pu­té et président du parti Claude Haagen. Les enfants devront surtout acquérir des compétences qui leur permettront tout au long de leur vie de suivre l’évolution rapide des technologies en les habituant à un apprentissage plus autonome.»

Former des enseignants

Ces adaptations de program­mes devront passer par la formation des enseignants. Or, leur motivation est inégale à l’échelle du pays. «Il faudra que ça vienne d’eux, car je ne pense pas que les contraindre soit la bonne décision», relève le minis­tre.

Cette approche, le CSV ne la soutient pas. «À l’heure actuelle, chaque école ou lycée mène son projet dans son coin et rien n’est coordonné. Il faut s’assurer que tous les établissements proposent les mêmes cours pour garantir aux élèves des chances égales face à la digitalisation», estime Martine Hansen, dépu­tée CSV et ancienne ministre de l’En­sei­gnement supérieur et de la Re­cher­che. Le principal parti d’opposition pense par ail­leurs que l’offre de formations en fin de cycle doit être renforcée, notamment par la création «de bachelors et de masters spécialisés». Ce qui est sûr, c’est que le contact avec le monde de l’entreprise devra être permanent.