État de l’Union

Le sixième scénario de Juncker

13 Septembre 2017 Par François Aulner
«Larguons les amarres», a conclu Jean-Claude Juncker lors de son troisième discours sur l’état de l’Union à Strasbourg. 

Le président de la Commission européenne plaidait ce mercredi lors de son discours sur l’état de l’Union pour un élargissement des votes à la majorité qualifiée au Conseil, notamment en matière fiscale. Jean-Claude Juncker ajoutait sa vision personnelle aux cinq scénarios présentés au mois de mars.

C’est une question qui pourrait intéresser le pays d’origine de Jean-Claude Juncker, le Luxembourg. «Je suis d’avis que nous devrions introduire le vote à la majorité qualifiée sur les décisions concernant l’assiette commune consolidée pour l’impôt des sociétés, la TVA, une fiscalité juste pour l’industrie numérique et la taxe sur les transactions financières», déclarait le président de la Commission européenne ce mercredi, devant les députés européens réunis à Strasbourg.

Jean-Claude Juncker, selon qui «une union plus forte» devrait être une union de l’égalité entre «des membres, grands ou petits, de l’est comme de l’ouest, du nord comme du sud», risque d’être déçu, car il n’est pas sans savoir que rien que le dossier de l’harmonisation fiscale ne fait pas l’unanimité entre les États membres. Le Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, rappelait lors de la visite du président français, Emmanuel Macron, et du Premier ministre belge, Charles Michel, à Luxembourg le 29 août, sa préférence pour une Europe à plusieurs vitesses.

Une ITM européenne

Lors de son troisième discours sur l’état de l’Union, discours de mi-mandat qui avait nourri des attentes, Jean-Claude Juncker martelait que «celui qui n’est pas capable de faire des compromis n’est pas mûr pour la démocratie ni l’Europe».


Ainsi, le président de la Commission européenne demandait aux États membres de trouver un terrain d’entente au sujet du détachement des travailleurs et au niveau du système d’asile: «Nous obtiendrons de bons résultats si chacun bâtit sa partie du pont pour que les positions se rejoignent.»

Tandis qu’Emmanuel Macron avait bousculé et récolté des critiques de la Première ministre polonaise, Beata Szydlo, Jean-Claude Juncker se positionnait assez clairement du côté du président français en favorisant le principe de «travail égal, salaire égal». Et d’ajouter que la Commission propose un nouvel organisme européen d’inspection et d’application des règles: «Il y a quelque chose d’absurde à disposer d’une Autorité bancaire pour faire appliquer les normes bancaires, mais pas d’une Autorité commune du travail pour veiller au respect de l’équité dans notre marché unique.»

État de droit

Le chef de l’exécutif européen adressait, indirectement, un autre message aux États du groupe de Visegrad en demandant le respect sans faille des décisions de la Cour de justice de l’Union européenne: «Ne pas le faire ou saper l’indépendance des juridictions nationales revient à déposséder les citoyens de leurs droits fondamentaux.»

Parmi de nombreuses ambitions qu’il affichait ce mercredi, Jean-Claude Juncker proposait la création d’une agence européenne de cybersécurité, pour défendre la démocratie et les entreprises, qui auraient à elles seules enregistré 4.000 attaques l’année dernière.

Larguons les amarres.

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne

L’ancien Premier ministre luxembourgeois évoquait d’autres idées comme celles d’un président unique pour la Commission européenne et du Conseil de l’Union européenne ou encore d’un ministre européen de l’Économie et des Finances, qui devrait, d’après lui, être investi par un vice-président de la Commission.

Pour renforcer le processus démocratique dans l’Union, Jean-Claude Juncker a promis que dorénavant tous les mandats de négociations en vue de traités de libre-échange seraient désormais publics. Par ailleurs, il proposait de nouvelles règles sur le financement des partis afin de leur permettre de mieux s’articuler et affichait sa sympathie pour des «listes transnationales» pour les élections européennes de mai 2019.

Jean-Claude Juncker rappelait ce que lui auraient dit Jacques Delors et Helmut Kohl: «L’Europe n’avance que quand elle fait preuve d’audace.» Le président de la Commission, qui présentait un bilan positif de l’économie et de l’emploi sur les trois dernières années, estime que l’Union européenne doit avancer quand l’économie se porte bien: «Maintenant qu’il fait beau, et tant qu’il fait encore beau. Parce que, quand les prochains nuages se formeront à l’horizon – et ils se formeront –, il sera trop tard.»