Temps de travail

Le partiel au masculin

13 Mars 2018 Par Jonas Mercier
Depuis le 1er décembre 2016, l'accessibilité des pères aux congés parentaux a été considérablement améliorée
Depuis le 1er décembre 2016, l'accessibilité des pères aux congés parentaux a été considérablement améliorée. (Photo: Licence C.C.)

Le nombre d’hommes ayant choisi de réduire leur temps de travail a considérablement augmenté ces 10 dernières années. Le Luxembourg reste toutefois à la traîne par rapport à ses voisins.

Les choses seraient-elles en train de changer? Une récente étude de l’asbl Equilibre montre qu’au Grand-Duché, les hommes sont de plus en plus ouverts à diminuer leur temps de travail. Le nombre de temps partiels aurait ainsi augmenté de 10% par an depuis 2007, une évolution trois fois plus importante que celle de l’Union européenne sur la même période.En parallèle, ce pourcentage est resté stable chez les femmes. À ce rythme, «la parité pourrait être atteinte en 2033», précise le document.

Si l’on se penche dans le détail des données, on s’aperçoit que cette tendance est toutefois bien différente selon les corps de métier. «Les deux domaines où le nombre d’hommes ayant opté pour un temps partiel est le plus important sont ceux de la santé et de l’enseignement, explique Larissa Best, la directrice d’Equilibre. Il est intéressant de voir qu’il s’agit de secteurs habitués à gérer des horaires atypiques et qui disposent donc d’un back-office adapté, notamment en termes de logiciels de gestion du temps de travail.» Autre aspect important à prendre en compte: la fonction. Ainsi, aucun manager n’a opté pour un temps partiel depuis 2007. Enfin, les hommes travaillant dans les services ont trois fois plus tendance à choisir cette option que ceux employés dans l’industrie.

Changer de mentalité dès la paternité

Depuis le 1er décembre 2016, l’accessibilité des pères aux congés parentaux a été considérablement améliorée, notamment par la possibilité de choisir une réduction du temps de travail de 20% par semaine sur 20 mois. «Ces nouvelles lois permettent de faire évoluer les mentalités des employés, comme des employeurs, note Larissa Best. Je pense que les entreprises qui ont fait face à ces nouvelles situations se sont rendu compte que ce n’était pas si compliqué et qu’elles seront désormais plus ouvertes à accepter des demandes de temps partiels.»

Aucune révolution n’est en cours, tempère toutefois Blandine Lejealle, économiste au Luxembourg Institute of Socio-Economic Research (Liser) et spécialiste de la question. «La hausse observée est plus importante que dans le reste de l’Union européenne, car elle se base sur des petits effectifs. Mais si on rapporte le nombre de temps partiels pris par des hommes au reste de la population active, le Luxembourg se trouve largement sous la moyenne communautaire.» Avec 5,9%, le Grand-Duché reste en effet dans le dernier tiers des États membres. Et s’il fait mieux que la Bulgarie (1,7%), il est loin derrière les Pays-Bas (22,1%), ou encore la Belgique (9,3%), alors que la moyenne des 28 est à 8,2%. «Si les choses sont en train de changer, la société luxembourgeoise reste sur un modèle traditionnel. Cela se voit notamment dans les offres d’emploi à temps partiel, qui sont encore très rares», ajoute Blandine Lejealle.