Marc Baum (Déi Lénk)

«Le ministère de la Culture ne prend pas ses responsabilités»

30 Mai 2017 Par France Clarinval
Marc Baum (Déi Lénk)
Marc Baum (Déi Lénk) estime que le Mudam devrait devenir un établissement public, et non une fondation. (Photo: Christophe OIinger / archives)

Les députés de la commission de la culture s’interrogent sur la procédure de recrutement du futur directeur du Mudam.

Vendredi 26 mai, l’appel à candidatures pour pourvoir au poste de directeur(/trice) du Mudam venait à échéance, 20 jours à peine après avoir été publié. Alors qu’un comité de sélection international a été nommé (le 24 avril), qu’un chasseur de têtes international a été mis sur le coup, une annonce est aussi parue dans la presse pour chercher un successeur à Enrico Lunghi.

«Pourquoi cette annonce stipule-t-elle d’envoyer sa candidature au cabinet d’audit Deloitte, qui plus est auprès d’Adriano Picinati di Torcello, Art & Finance coordinator, que l’on sait proche du dossier du Freeport?», s’étonne Marc Baum. Le député Déi Lénk a introduit une demande d’information (le 18 mai), et André Bauler (DP), le président de la commission de la culture, a mis cette demande «au plus vite» à l’ordre du jour de la commission, qui recevait lundi Guy Arendt (DP), le secrétaire d’État à la Culture.

Il y a clairement conflit d’intérêts.

Marc Baum, député Déi Lénk

Si André Bauler estime que «c’est le bon droit des députés de s’interroger», il estime, en répétant la parole du secrétaire d’État, que «ce n’est pas le rôle du ministère de s’immiscer dans cette nomination». Pour le camp libéral, avoir un représentant au sein du conseil d’administration et au sein du comité de sélection (en la personne de Catherine Decker, ndlr) est suffisant. «Le conseil d’administration a fait appel à Deloitte, qui est d’ailleurs son commissaire aux comptes, pour des raisons de confidentialité, les candidats ayant plus que certainement déjà un emploi», a indiqué Guy Arendt, selon les mots d’André Bauler.

«On nous dit que Deloitte n’est qu’une boîte à lettres et ne va pas traiter les candidatures. Mais à mon sens, il y a clairement un conflit d’intérêts quand la personne qui reçoit les candidatures est impliquée personnellement et commercialement dans une structure qui concerne le même secteur», fustige Marc Baum, pour qui «le ministère ne prend pas ses responsabilités». «Il se cache derrière le CA», lui emboîte Franz Fayot (LSAP), qui estime les 20 jours pour répondre à la candidature «ridiculement courts» et craint que l’impression que le recrutement ait déjà été réalisé se répande, alors que le Mudam connaît déjà «un dommage de réputation».

On aimerait entendre le conseil d’administration.

Marc Baum, député Déi Lénk

En filigrane, c’est le désengagement du ministère de la Culture, et la place qu’il laisse aux mains privées qui posent question. Sans oublier le fait que le musée soit une fondation, et non un établissement public, et lui laisse plus de latitude en la matière. «On nous explique qu’une fondation permet la déduction fiscale des dons privés. Mais le Mudam est financé à 80% au moins par des fonds publics», s’insurge Marc Baum, qui précise que les établissements publics sont contrôlés par la Cour des comptes, et leur directeur nommé par le gouvernement.

Déi Lénk a fait savoir qu’une deuxième réunion – cette fois avec le conseil d’administration, ou une partie – allait être demandée pour obtenir «plus de clarifications». «On ne peut pas les forcer à venir, mais on aimerait les entendre», estime Marc Baum.