Colère sociale

Le gouvernement français recule face aux «gilets jaunes»

04 Décembre 2018 Par Nicolas Léonard
Le Premier ministre s'est adressé aux Français dans une allocution télévisée. 

Le Premier ministre Édouard Philippe a décidé de suspendre les mesures fiscales qui sont à la base de la colère des «gilets jaunes». «Aucune taxe ne mérite de mettre en danger l’unité de la nation», a-t-il dit lors d’une allocution télévisée.

La rue aura donc, du moins temporairement, fait reculer le gouvernement français. Dans une allocution télévisée depuis Matignon, le Premier ministre Édouard Philippe a annoncé plusieurs mesures «avec effet immédiat».

Les trois mesures fiscales qui devaient entrer en vigueur le 1er janvier prochain sont suspendues pour une durée de 6 mois. L’augmentation de la taxe carbone, la convergence de la fiscalité du diesel avec l’essence et l’alignement de la fiscalité du gasoil sur celle du diesel feront, dans un proche avenir, l’objet de «débats avec les différentes parties prenantes». Notamment afin d’identifier des mesures d’accompagnement «justes et efficaces». 

Quatre morts et des centaines de blessés

Les nouvelles modalités du contrôle technique – vues comme plus compliquées et plus coûteuses – sont également suspendues 6 mois. Enfin, les tarifs «de l’électricité et du gaz n’augmenteront pas durant la concertation et donc durant l’hiver qui s’annonce». La volonté d’Édouard Philippe, et du président Emmanuel Macron, est que ces décisions ramènent «apaisement et sécurité dans le pays» et puissent «permettre d’engager un vrai dialogue sur les préoccupations qui se sont exprimées ces dernières semaines».

L’approche de l’entrée en vigueur de la nouvelle taxation sur les carburants avait provoqué un vaste mouvement de contestation. Depuis plusieurs semaines, les «gilets jaunes» se mobilisaient partout en France en opposition au gouvernement. Des manifestations qui ont souvent dégénéré, faisant quatre morts et des centaines de blessés. Le week-end passé, Paris a été le théâtre de véritables scènes d’émeutes.

Les Français ne veulent ni de hausse des impôts, ni de nouvelles taxes.

Édouard Philippe, Premier ministre

Le Premier ministre a souligné que si une nouvelle «mobilisation devait avoir lieu samedi prochain, elle devrait être déclarée et se faire dans le calme», car si «les Français ont le droit de manifester, ils ont aussi le droit à la sécurité». Et de conclure que s’ouvrait maintenant le temps du dialogue. C’est notamment pour cela qu’une large concertation va être menée au niveau national, mais aussi à l'échelle des collectivités locales, impliquant syndicats, élus, représentants des ONG et citoyens eux-mêmes. Il s’agira, notamment, de «réfléchir sur la juste place des services publics dans les zones rurales».

La problématique des «impôts et des dépenses publiques» sera aussi abordée, puisque les Français ont montré qu’ils ne voulaient «ni de hausse des impôts, ni de nouvelles taxes». Édouard Philippe a ainsi admis: «Notre système fiscal est terriblement complexe et souvent critiqué, car il serait injuste: discutons des modifications qu’il faut lui apporter.» Et le gouvernement ne veut pas traîner puisque cette grande concertation débutera le 15 décembre et devra se conclure le 1er mars.