Deux ans et demi après sa création

Le Fonds souverain intergénérationnel en rodage

28 Juin 2017 Par Camille Frati
Pierre Gramegna
Pierre Gramegna et son ministère explorent les possibilités d'une politique d'investissement «plus proactive» pour le Fonds souverain intergénérationnel. (Photo: Sven Becker / Archives)

Le ministre des Finances Pierre Gramegna a dialogué mardi avec la commission des finances et du budget à propos du Fonds souverain intergénérationnel lancé en 2014 et de sa politique d’investissement.

Sollicitée par déi Lénk, la discussion entre le ministre et la commission a permis de faire la lumière sur les premiers pas du Fonds souverain intergénérationnel du Luxembourg (FSIL), créé dans le cadre du Zukunftspak (paquet pour l’avenir) par la loi du 19 décembre 2014.

Ce fonds doit être alimenté de 50 millions d’euros par an par l’État, venant de la TVA sur le commerce électronique et de revenus extraordinaires comme les dividendes perçus sur les participations de l’État (Bil, etc).

C’est un gimmick, comme beaucoup de choses du gouvernement.

Roy Reding, député ADR

Un mode de fonctionnement critiqué depuis deux ans par l’opposition. Le Fonds repose sur «une tricherie», estime Roy Reding, député ADR et membre de la Cofibu. «Les dividendes perçus de la BGL et de la Bil auraient dû aller dans le budget central et réduire le besoin d’emprunter. Il est ridicule de dire que le Fonds est pour les générations futures puisqu’on emprunte 1.000 millions par an. C’est un gimmick, comme beaucoup de choses du gouvernement.»

Même argument du côté du CSV et de son chef de fraction, Claude Wiseler, vice-président de la Cofibu. «Nous soutenons le principe d’un fonds souverain, mais pas tel qu’il a été mis en place. À notre avis, un fonds souverain donne un sens si vous avez un surplus budgétaire que vous ne mettez pas dans vos dépenses, mais que vous mettez de côté dans un fonds pour l’avoir pour des réserves ultérieurement. C'est ce qu’on faisait à l'époque avec les fonds d'investissement, où les surplus budgétaires étaient parqués pour, justement, pouvoir être utilisés lors de temps de crise, comme ça a été le cas en 2007-2008.» Avec des montants qui s’élevaient, selon l’ancien ministre, à parfois plus de 300 millions d’euros par an, permettant au gouvernement de poursuivre ses investissements, notamment dans les infrastructures, au plus fort de la crise en 2012.

On aurait peut-être pu faire de ce fonds une sorte de venture fund pour investir dans des jeunes entreprises, des start-up.

Franz Fayot, député LSAP

Les premiers investissements du FSIL ne sont intervenus qu’en mai 2016 et sont pour l’instant limités à un traçage d’indices obligataires et d’actions. Une gestion dite «passive» qui s’explique par une enveloppe trop mince encore pour diversifier les investissements. Le Fonds affiche actuellement quelque 200 millions d’euros et a enregistré des rendements de 1,75% pour la période de mai à décembre 2016, jusqu’à 2,49% au mois de mai 2017.

Cette politique d’investissement était au cœur des discussions mardi. «La question qu'on peut se poser et que j'ai soulevée était de savoir si on n'aurait pas pu envisager une autre politique d'investissement, une autre philosophie en ce sens qu'on aurait peut-être pu faire de ce fonds une sorte de venture fund pour investir dans des jeunes entreprises, des start-up, des entreprises créatives luxembourgeoises pour donner une dynamique à l'entrepreneuriat, aux entreprises qui investissent dans la recherche et du développement made in Luxembourg, ce qui aurait évidemment été une politique d'investissement beaucoup plus risquée, mais qui aurait aussi pu être une option dans une optique intergénérationnelle et tournée vers l'avenir.»

Vers une politique d’investissement «plus proactive»

Des missions confiées au Future Fund, lancé au printemps 2015 et qui dispose pour l’instant de 150 millions d’euros dont les deux tiers doivent être investis dans des entreprises innovantes.

Pierre Gramegna a confirmé des réflexions au sein de son ministère sur la possibilité de «passer à une politique d’investissement plus proactive», en prenant modèle sur les fonds souverains étrangers florissants comme le Statens pensjonsfond Utland, le fonds de pension gouvernemental étranger norvégien, le plus imposant au monde avec une valeur de 850 milliards d’euros.

«Les services du ministère des Finances sont encore en train de réfléchir sur le Fonds souverain et sur le Fond de compensation, de trouver un certain nombre de critères d'investissement déontologiques et éthiques pour améliorer encore cet aspect et ne pas dépendre seulement de l’aspect rendement», rapporte Claude Wiseler, dont la fraction souscrit à cette orientation à venir.

Les députés ont aussi évoqué l’idée d’un investissement dans l’immobilier au Luxembourg, sachant que le Fonds de compensation de la réserve de pension – qui gère un trésor de guerre de 16 milliards d’euros investis à travers le monde – doit déjà réserver 5% de ses actifs à des investissements dans le marché immobilier grand-ducal, notamment pour un projet incluant l’agence immobilière sociale (AIS).