Chronique financière

Le début d’une phase haussière pour les matières premières?

09 Février 2017 Par Claude Ewen (Columbia Threadneedle Investments)
Claude Ewen
Claude Ewen s’interroge: les prix vont-ils continuer d’augmenter? (Photo: Maison moderne / archives)

Les cours des matières premières ayant touché leur point bas en 2016, la demande recommence à dépasser l’offre.

En janvier 2016, le prix du pétrole tombait en dessous de 30 USD, tandis qu’un certain nombre de sociétés productrices de matières premières des secteurs de l’énergie et des métaux luttaient pour leur survie en cédant des actifs et en s’efforçant désespérément de restructurer leurs bilans. Si le prix du baril était resté en dessous de 40 USD, 20% de la capacité mondiale aurait été éliminée. Le marché a pris acte des niveaux de prix excessivement bas, ce qui a donné lieu à un léger rebond. L’indice Bloomberg Commodity a progressé de 11,8% en 2016. Cela n’indique pas un marché haussier. Un marché haussier se caractérise par des prix multipliés par deux ou par trois. Entre 2000 et 2008, la valeur de l’indice a triplé, soit une tendance généralisée sur l’ensemble des matières premières. La hausse enregistrée en 2016 n’est guère plus qu’un soubresaut.

La question phare est de savoir si les prix vont continuer d’augmenter. C’est ce que nous pensons.

Tout d’abord, l’offre ne permet pas de répondre à une croissance importante de la demande. Confrontés à des prix très bas durant ces dernières années, les producteurs de matières premières se sont concentrés sur la réduction des coûts et n’ont pas lancé de nouveaux projets.

Deuxièmement, il faut s’attendre à une croissance significative de la demande des marchés émergents, plus forte que ne le prévoit le marché, notamment en Asie. La Chine restructure son économie depuis plusieurs années et nous estimons que ce processus touche à sa fin et devrait générer une demande accrue, portée par la consommation.

Troisièmement, les consommateurs ont bénéficié de la faiblesse des prix de l’énergie et de l’alimentation. Nous prévoyons que la demande des consommateurs va rester importante. À titre d’exemple, depuis deux ans, le prix du pétrole oscille autour de 50 USD plutôt que de 110 USD le baril. Cette réduction de moitié du prix du pétrole représente 2.000 milliards de dollars par an au profit des consommateurs, mais au détriment des entreprises et pays producteurs de pétrole.

Quatrièmement, les gouvernements des pays développés comme ceux des pays émergents indiquent une réorientation de la politique monétaire vers une politique budgétaire assortie de mesures de relance. Nous nous attendons à voir les États-Unis, l’Europe et le Japon adopter de telles mesures, que la Chine continuera quant à elle à mettre en œuvre, avec à la clé un accroissement de la demande en matières premières. L’augmentation de la demande devrait être plus marquée dans les métaux de base tels que le cuivre, le zinc, le nickel et l’aluminium.

En ce qui concerne le pétrole, nous pensons que l’offre à nouveau mieux maîtrisée maintiendra le prix du pétrole sur une trajectoire haussière. À noter qu’il subsiste très peu de capacités inutilisées dans le monde. Dans la mesure où l’accord de l’Opep n’est pas remis en cause, 1,8 million de barils vont être effectivement retirés du marché mondial, à savoir la quasi-totalité des stocks excédentaires, ce qui rendrait le monde vulnérable à une perturbation de l’offre et ce dans un contexte géopolitique incertain.

La faiblesse de l’or devrait perdurer à court terme, tandis que les rendements obligataires augmentent. Les matières premières présentent généralement une corrélation négative avec les obligations; toutefois, le comportement actuel du métal jaune évoque davantage une devise de réserve à faible rendement qu’une matière première. L’or s’affaiblit en période de hausse des rendements obligataires, et celle-ci est encore loin d’être achevée. Lorsque ces rendements se stabiliseront, l’or devrait selon nous se raffermir.

S’agissant des matières premières agricoles, la prédominance de conditions météorologiques stables liées au cycle du phénomène El Niño a permis deux années de récoltes abondantes. Ce cycle est cependant arrivé à sa fin, ce qui pourrait se traduire par une baisse des rendements agricoles.

Selon nos prévisions, 2017 devrait être un bon millésime pour l’ensemble des marchés de matières premières. Les stocks diminuent. Les courbes des matières premières s’aplatissent, ce qui soutient les prix et les rendements pour les investisseurs. Les producteurs peineront sans doute à satisfaire la demande au cours des deux prochaines années.