François Bausch

«Le courage politique sauve des vies sur nos routes»

13 Avril 2018 Interview par Jean-Michel Hennebert
Présent au siège de l’Onu à New York, François Bausch y a revendiqué «zéro mort et zéro blessé grave» sur les routes. (Photo: MDDI)

Présent à New York pour s’exprimer devant la 72e session des Nations unies sur la sécurité routière, le ministre du Développement durable et des Infrastructures plaide pour de nouvelles mesures, au moment où la Commission doute des objectifs fixés d’ici 2020.

Monsieur Bausch, vous êtes intervenu à la réunion internationale dédiée à la sécurité routière aux Nations unies, ce jeudi. Dans ce discours, vous avez revendiqué un objectif de zéro mort et zéro blessé grave sur les routes, en affirmant «avoir un but». Celui-ci est-il réellement envisageable?

«Je dis toujours qu’en tant que responsable politique, en matière de sécurité routière, je ne peux jamais être d’accord avec le fait qu’il y ait un mort ou un blessé grave lié à un accident de la route. C’est presque du cynisme de se réjouir qu’il n’y ait ‘que’ tant de victimes de la route, car le but doit être d’avoir zéro mort. Est-ce réaliste ou non? Je dis oui, surtout quand la conduite autonome sera devenue réalité. Mais d’ici là, il faut réduire fortement le bilan des victimes de la route puisque les données de l’OMS font état de 3.500 morts par jour au niveau mondial et si on continue à ne pas prendre de mesures politiques sérieuses, les prévisions d’ici 2030 tablent sur le fait que l’insécurité routière deviendra la troisième cause de mortalité sur la planète. C’est comme une épidémie. D’où l’importance, dès maintenant, de définir de nouvelles normes au niveau de l’Onu, entre 2020 et 2030.

Votre intervention s’est faite quelques jours à peine après la publication par la Commission du bilan provisoire des morts sur la route en Europe en 2017, dans lequel Bruxelles indique clairement qu’il lui semble «très difficile» d’atteindre les objectifs fixés pour 2020. Et évoque de «nouvelles mesures concrètes». De quoi s’agit-il?

«La Commission présentera en mai la dernière partie de son ‘road package’, qui comportera des éléments liés à la sécurité routière. Je ne sais pas précisément ce qui sera dévoilé, mais je sais en revanche que la réduction du nombre de blessés graves sera aussi une priorité. Ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent et qui est une aberration tant ce chiffre est bien plus impressionnant que celui des morts. La commissaire Bulc devrait donc annoncer un objectif de diviser par deux les morts et les blessés graves dans l’UE d’ici 2030. Pour les mesures proposées, j’imagine qu’elle va généraliser ce que nous avons mis en place au Luxembourg, à savoir favoriser la mobilité douce, développer les transports alternatifs, les transports en commun, établir une réflexion sur le design des rues ou sur la protection des cyclistes et des piétons, etc.

Au Luxembourg, une charte sur la sécurité routière a été signée en avril 2015 faisant de ce thème une priorité nationale. Or, trois ans plus tard, les effets concrets peinent encore à se faire ressentir puisqu’en 2016, il y avait le même nombre de morts qu’en 2010…

«Non, car il y a quand même eu des résultats. Quand je suis arrivé au ministère et que j’ai dû présenter les chiffres pour 2013, c’était une catastrophe. Nous avions 45 morts cette année-là et la tendance n’était pas bonne. Nous avons donc appliqué notre paquet de mesures et nous sommes arrivés au chiffre de 25 victimes en 2017. Raison pour laquelle dans mon discours à l’Onu, j’ai affirmé que ‘le courage politique sauve des vies sur nos routes’. Les chiffres pour 2017 seront d’ailleurs dévoilés dans le détail dans trois semaines, car il nous manque encore le nombre de blessés graves.

Le plan imaginé par Claude Wiseler en 2012 était une liste de souhaits.

François Bausch, ministre du Développement durable et des Infrastructures

Parmi le plan d’action que vous avez déposé à la Chambre, 29 mesures avaient été prévues. Parmi elles, l’installation de radars tronçons, de radars feux rouges ou la réduction de la vitesse maximale autorisée hors agglomération. Où en est la mise en œuvre de ces différentes mesures?

«Au niveau de l’UE des 28, nous sommes à la 12e place. Nous nous sommes beaucoup améliorés, mais j’ai pour ambition d’arriver dans le top 5. Proche de la Suède, des Pays-Bas ou de la Grande-Bretagne. Et pour y parvenir, notamment pour tomber sous la barre des 20 morts par an comme fixée par la Commission d’ici 2020, nous devons continuer à travailler sur le design des rues. Car il y a encore beaucoup trop de victimes dans les agglomérations. Idem en ce qui concerne les motards, une catégorie d’usagers de la route dont on déplore chaque année entre six et huit victimes.

La semaine prochaine se tiendra à la Chambre deux débats sur des dossiers que vous défendez: l’aménagement du territoire et la mobilité. Deux thèmes intimement liés selon votre conception qui donneront lieu à un nouveau plan de mobilité durable. Quelles en seront les grandes lignes?

«Je me réjouis vraiment de la tenue de ces débats, car les deux thématiques sont effectivement intimement liées. Et ils vont m’aider à finaliser le Modu 2.0 qui sera présenté le 18 mai prochain et qui sera un document stratégique. Le plan imaginé par Claude Wiseler en 2012 avait la bonne approche, car pour la première fois un gouvernement avait fait le choix de la multimodalité comme stratégie, mais cela ressemblait plus à une liste de souhaits qu’à un document d’analyse basé sur des données précises. Nous avons désormais ces données qui nous permettent d’avoir ce fameux document stratégique qu’il faudra adapter tous les sept ans selon moi et constitué de trois composantes. Celle des données de bases, qui sont maintenant actualisées, celle dédiée au rapport coût/efficacité des infrastructures, et enfin des projets concrets en cours ou des projets nouveaux comme le tram rapide entre Esch-Belval et la capitale ou une extension du tram vers Mamer