Présidence tournante

Le Benelux, du «laboratoire» à la «success-story»

06 Février 2019 Par Thierry Raizer
Jean Asselborn et Didier Reynders
Jean Asselborn et Didier Reynders ont renoué un souhait commun de voir la coopération entre les trois pays être marquée par du concret. (Photo: Jean-Christophe Verhaegen / SIP)

Le lancement de la présidence luxembourgeoise du Benelux pour 2019 a été célébré mardi soir à l’Abbaye de Neumünster. Une année marquée par le 75e anniversaire de l’union douanière fondatrice.

Lorsque la construction européenne patine, il est parfois bon de retourner à ses origines. À l’esprit de sa fondation. En cette période de populisme ambiant, de remise en question en certaines régions de l’État de droit et, plus globalement, d’inachèvement du marché commun européen, les responsables des trois pays concernés ont souhaité, mardi soir, placer le Benelux comme exemple d’efficacité en matière de coopération. 

Ministres et responsables politiques et diplomatiques de Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg étaient présents à l’Abbaye de Neumünster pour le lancement de la présidence luxembourgeoise de l’Union Benelux pour 2019. 

Une présidence tournante chaque année, comme le veut le principe de cette coopération datant de 1958 avec le traité débouchant sur la naissance du Benelux. La dernière présidence luxembourgeoise datait de 2016.

Marché intérieur et réchauffement climatique

Depuis 2008, les décisions prises par le Benelux et qui ne nécessitent pas de ratification – qui ont donc force de loi – se concentrent sur le marché intérieur et l’union économique, le développement durable, la justice et les affaires intérieures.

Le Benelux s’inscrit dans le temps long pour améliorer la qualité de vie de nos citoyens.

Thomas Antoine, secrétaire général de l’Union Benelux

Ces piliers se retrouvent logiquement dans le programme de la présidence luxembourgeoise, que le secrétaire général de l’Union Benelux, Thomas Antoine (par ailleurs ancien ambassadeur de Belgique au Luxembourg), a détaillés.

«Le Benelux s’inscrit dans le temps long pour améliorer la qualité de vie de nos citoyens», a-t-il déclaré, citant notamment la nécessité de lever des obstacles d’approvisionnement des entreprises – un enjeu pour le Luxembourg – et l’idée de dessiner un cadre juridique pour l’économie circulaire, qui fera l’objet d’une conférence cette année, ou encore l’énergie. 

Le Luxembourg avait d’ailleurs récemment proposé de mettre à disposition des interconnexions électriques à disposition de la Belgique en raison des difficultés rencontrées dans des centrales nucléaires du royaume.

«L’énergie doit être la plus compétitive possible, disponible tout le temps et décarbonée», ajoute Thomas Antoine. Une plate-forme Benelux sur le climat doit aussi voir le jour dans les prochains mois «dans le cadre des négociations onusiennes en vue de limiter la hausse de la température mondiale de deux degrés», précisent les priorités de la présidence luxembourgeoise. 

Intelligence artificielle en mode transfrontalier 

Ce Benelux, qui doit aussi protéger le citoyen via la poursuite d’accords de coopération policière, mais aussi des soins de santé et la capacité à faire face à des crises urgentes et transfrontalières, veut aussi se projeter dans un avenir – proche – qui sera toujours plus digital.

L’intelligence artificielle fera l’objet cette année d’une réflexion commune pour envisager ses répercussions sur la mobilité, le commerce électronique ou encore le secteur de la santé. 

Mais la présidence luxembourgeoise ambitionne aussi de déployer des projets transfrontaliers concrets grâce aux progrès du numérique dans les paiements mobiles, les voitures autonomes, les réseaux 4G et 5G ou encore l’amélioration des soins de santé. Des pistes qui collent à la feuille de route du deuxième gouvernement DP-LSAP-Déi Gréng.

Aux sources du projet européen

Représentant 7,9% du PIB de l’UE pour une superficie de 1,7%, le Benelux est un laboratoire politique porteur, selon les responsables politiques qui se sont exprimés pour représenter leur pays.

Le vice-Premier ministre, ministre des Affaires étrangères et de la Défense belge, le libéral Didier Reynders, souligne que la coopération entre les trois pays reste indispensable pour trouver des solutions durables.

La présidence belge de 2018 a notamment été marquée par une coopération policière renforcée ou encore une reconnaissance mutuelle des diplômes de l’enseignement supérieur parmi les travaux tangibles pour les Luxembourgeois.

Pour le ministre des Affaires étrangères et européennes luxembourgeois et qui assurera la présidence du comité des ministres de l’Union Benelux cette année, le Benelux est «une success-story», «il est plus important que jamais que la voix du Benelux soit entendue». Et Jean Asselborn d’ajouter que «les pays du Benelux œuvrent pour agir de manière coordonnée au niveau de l’Union européenne».

Si l’Europe ne peut pas avancer d’un seul bloc sur toutes les questions, l’existence de groupes régionaux et leur intervention sur des sujets précis débouchent parfois sur des réponses concrètes aux besoins des citoyens. 28 millions dans ce cas. 

Après la célébration des 60 ans du traité instituant le Benelux l’an dernier, 2019 marque le 75e anniversaire de la première union douanière entre ces trois pays qui souhaitent continuer à coopérer sans frontières.

Les priorités luxembourgeoises