Quelle place pour les fonds?

Laurent Mosar: «S’adapter en permanence»

11 Mai 2018 Interview par Laurent Moyse
Laurent Mosar CSV
Laurent Mosar: «Nous devons attirer des talents créatifs et innovants de l’étranger, leur offrir des logements convenables, être performants au niveau de la mobilité et du système scolaire.» (Photo: Nader Ghavami)

L’importance du secteur financier, et particulièrement des fonds d’investissement, ne souffre d’aucune discussion dans la classe politique. À quelques différences près, on retrouve les mêmes accents ou préoccupations au sein des quatre grands partis. Laurent Mosar du CSV s’exprime sur le sujet.

Monsieur Mosar, comment votre parti se positionne-t-il à l’égard de la place financière, et en particulier de l’industrie des fonds? 

«Nous sommes fiers de notre place financière et de la contribution de personnes telles que Pierre Werner, Jean-Claude Juncker et Luc Frieden. La performance de notre industrie des fonds, qui occupe la première place en Europe et la deuxième dans le monde, est impressionnante pour un pays de 600.000 habitants. Je ne cache pas que, dans le passé, il y a eu des abus. Aussi soutenons-nous le gouvernement actuel dans sa volonté de mettre un frein aux rescrits fiscaux. Nous partageons également son approche pour les directives sur l’échange d’informations, sur la lutte contre le blanchiment et sur Mifid, car la réputation de la place financière et du pays en dépend.

Comment envisagez-vous l’avenir de ce secteur au Luxembourg? 

«Nous vivons dans un monde globalisé, ce qui veut dire que la concurrence s’accroît. L’impact réglementaire est énorme, surtout pour les banques, qui ont plus de difficultés à gagner de l’argent. Un grand potentiel existe par contre dans l’industrie des fonds, avec de nouvelles possibilités au niveau des ‘green funds’ et des fintech. Le Luxembourg a aussi la chance d’avoir d’excellentes relations bilatérales avec la Chine: nous aurons bientôt neuf banques chinoises, et la Chine considère le Luxembourg sur le plan économique comme une porte d’entrée vers l’Europe. Un autre volet prometteur est celui des technologies ‘blockchain’ et des monnaies virtuelles.

Comment la place financière doit-elle se positionner vis-à-vis des ICO («initial coin offerings»)? 

«Les monnaies virtuelles présentent un risque, car elles ne sont soumises à aucun contrôle. Nonobstant, je crois que les technologies blockchain’ sont un instrument d’avenir. La proposition de notre groupe parlementaire est de créer aussi vite que possible un cadre juridique pour protéger le client contre les abus et éviter que les monnaies virtuelles soient utilisées pour le blanchiment et la grande criminalité. Quant aux ICO, la place financière de Luxembourg peut saisir sa chance, notamment en termes de modalités de paiement. Nous estimons par ailleurs que la nouvelle - IP Box - que le gouvernement a mise en œuvre ne tire pas tout le potentiel de ce que la directive aurait pu permettre, en particulier par rapport aux PME.

Nous devons simplifier nos procédures de façon à rester attractifs.

Laurent Mosar, CSV

Faut-il revoir la stratégie de la promotion des fonds et de la place financière? 

«Notre place financière dispose d’un bon cadre législatif, d’un grand savoir-faire et de nombreuses compétences. Un problème vient actuellement d’une proposition de la Commission européenne de transférer certaines compétences des régulateurs nationaux vers l’Esma. Nous devons nous défendre pour éviter de rendre les procédures plus compliquées, longues et coûteuses, avec le risque de chasser des fonds de l’UE. Nous avons en outre l’impression que le gouvernement fait du ‘gold-plating’, c’est-à-dire qu’il va plus loin que ce que prévoient les directives. Un exemple est le dépôt de garantie des banques, qui doivent supporter un coût supplémentaire par rapport aux concurrents européens. Nous plaidons pour une transposition de la directive, toute la directive, rien que la directive.

Que peut espérer le Luxembourg dans le cadre du Brexit? 

«Le Luxembourg entretient des liens étroits avec le secteur des fonds à Londres. Je n’ai pas abandonné l’espoir que les Britanniques puissent revenir sur leur décision de quitter l’UE, mais si ce n’est pas le cas, nous avons quelques bonnes cartes en main. Nous devons miser sur les entreprises existantes pour qu’elles ramènent des activités supplémentaires, y compris dans le secteur des assurances.

Faut-il revoir le cadre fiscal et réglementaire pour être compétitif vis-à-vis d’autres centres?

«Le monde change si vite que l’on doit s’adapter en permanence. Cela dit, nous étions connus pour être un pays peu bureaucratique, rapide et peu coûteux. Sous l’actuel gouvernement, tout est devenu plus compliqué, évidemment aussi du fait de la pression de l’UE et de l’OCDE en matière de réglementation. J’ai le sentiment que ces dernières années, nous avons perdu du terrain par rapport à d’autres pays. Nous devons simplifier nos procédures de façon à rester attractifs. En ce qui concerne l’impôt sur les sociétés, nous ne pourrons éviter de baisser à moyen terme le taux global sous les 20%, quitte à procéder en plusieurs étapes. De plus, nous devons attirer des talents créatifs et innovants de l’étranger, leur offrir des logements convenables, être performants au niveau de la mobilité et du système scolaire. Nous pensons également que le ministère des Finances n’est pas assez étoffé, ne serait-ce que pour la transposition de directives où nous perdons beaucoup de temps.»