Les politiques répondent aux experts

L’attractivité fiscale, arme des petits pays

06 Juin 2018 Par Camille Frati
Alter Domus
Les petits pays sont typiquement désavantagés par rapport aux grands pays lorsqu’il s’agit d’attirer des activités. La fiscalité a été et est toujours un des leviers pour compenser ce désavantage. En est-il de même selon vous concernant le Luxembourg? Les politiques répondent. (Photo: Julien Becker / archives )

À cinq mois des élections législatives, les sept partis politiques en lice répondent pour Paperjam aux questions de professionnels de la Place ou d’acteurs économiques de premier plan. Premier volet de cette série avec la question d’Alter Domus, spécialisée dans l’administration de fonds et l’expertise comptable. 

Alter Domus: Les petits pays sont typiquement désavantagés par rapport aux grands pays lorsqu’il s’agit d’attirer des activités, toutes choses égales par ailleurs. La fiscalité a été et est toujours un des leviers pour compenser ce désavantage (voir par exemple la Californie et le Delaware ou l’Irlande et l’Allemagne). En est-il de même selon vous concernant le Luxembourg?

Laurent Mosar (CSV): Le levier fiscal fait partie de l’arsenal à disposition de l’État pour attirer des entreprises. Il est dès lors essentiel d’être attentif aux annonces faites à l’étranger et aux décisions prises par nos principaux concurrents. Il est tout aussi évident que l’imposition n’est pas le seul levier à notre disposition. Il faudra continuer à miser sur une main-d’œuvre qualifiée, de construire sur les compétences présentes et d’en développer de nouvelles, viser de nouveaux créneaux économiques, de même que d’investir dans les infrastructures. 

Joëlle Elvinger (DP): Certes, l’attractivité fiscale d’un pays est souvent au cœur des débats sur la compétitivité économique des entreprises. Pour le DP, il ne s’agit pourtant que d’un facteur parmi d’autres. La stabilité politique et sociale, l’expertise pointue, ainsi que l’écosystème financier diversifié du Luxembourg sont d’autres atouts, qui ont permis de nous démarquer de la concurrence internationale et qui se révélaient très précieux, surtout dans la foulée du Brexit. 

Pour le Luxembourg, il y a plein d’autres facteurs qui rendent le pays attractif.

Christian Kmiotek, Déi Gréng

Franz Fayot (LSAP): La concurrence fiscale est fondamentalement critiquable et aboutit à des effets négatifs pour les budgets des pays. C’est l’un des principaux effets pervers de l’économie globalisée. Pour ce qui est du Luxembourg, après la crise financière et surtout au vu des pratiques excessives du passé, il n’y a plus guère de marge de manœuvre pour le Luxembourg d’introduire des niches fiscales agressives. Il faudra que notre pays mise sur ses nombreux autres atouts.

Christian Kmiotek (Déi Gréng): La fiscalité à elle seule ne constitue pas la panacée en matière d’attractivité. Pour le Luxembourg, il y a plein d’autres facteurs qui rendent le pays attractif: le multilinguisme, la situation géographique, l’accès aux décideurs, la rapidité d’adaptation législative, la formation des personnels, le cadre de vie agréable et sûr, les coûts sociaux réduits et j’en passe et des autres.

Le Luxembourg a l’avantage d’être situé au cœur de l’Europe.

Alain Kleeblatt, ADR

David Wagner (Déi Lénk): Cette politique fiscale consistant à comprimer ad aeternam les recettes fiscales provenant du capital ne mène à rien. Une politique économique digne de ce nom doit se concentrer sur le développement d’activités économiques et industrielles issues du tissu local, national, voire grand-régional (de manière coopérative) en puisant dans les richesses humaines et naturelles. L’attraction systématique d’entreprises par le biais de réductions fiscales ne fera à terme que grever les recettes de l’État sans prendre en compte les exigences sociales et environnementales. Les exemples du Delaware et de l’Irlande (pays de grande précarité sociale) ne sont pas à suivre.

Alain Kleeblatt (ADR): L’ADR est d’avis que les petits pays offrent également des avantages aux investisseurs, notamment les «chemins courts» avec les administrations et les contacts directs avec les ministres: le Grand-Duché en est la preuve! Le Luxembourg a, contrairement à l’Irlande, l’avantage d’être situé au cœur de l’Europe. Le pays n’a rien à gagner d’une compétitivité entre pays à qui aura le taux d’imposition le plus faible.

Marc Goergen (Piratepartei): Nous sommes conscients que l’attractivité du Luxembourg comme pays dépend fortement du régime d’imposition et des taux appliqués. Nous sommes d’avis que le Luxembourg devrait continuer à insister sur une solution globale des questions d’inégalité de taxation et en même temps utiliser la marge de manœuvre permise par les traités internationaux afin de ne pas seulement se positionner comme un pays aux impôts bas, mais comme un pays avec une expertise dans les domaines de la finance et de la technologie.