Carte blanche

«L’arrivée des millennials est un nouveau paradigme»

08 Mai 2018 Par Lou Kiesch (Deloitte)
Lou Kiesch
Pour Lou Kiesch: «Le prisme de l’analyse des coûts va également changer, eu égard à une comparabilité plus grande et un rejet de supporter des coûts sans relation directe avec la performance des produits.» (Photo: Alfi)

ll faut tout d’abord souligner un effet «culturel». Les tendances des investissements dans les fonds dépendent de la maturité des investisseurs, qui peut être fort différente d’un pays à l’autre – ce qui se traduit par une fragmentation au niveau de la distribution.

Le marché européen est emblématique de ce phénomène. Les canaux de distribution sont multiples (agents liés ou non, banque de détail, plateforme…) et on constate que l’éducation à l’égard des comportements «investisseurs» est plus développée dans les pays d’influence anglo-saxonne – ce qui génère des comportements différents, essentiellement expliqués par les investisseurs plus «matures».

Ces derniers vont exiger des gestionnaires une transparence accrue, ainsi qu’une information de qualité, afin de pouvoir faire des choix éclairés, et ceci en autonomie. Ce souhait se traduit également par une prise en main de leur destin financier, ce qui demande de la part des gestionnaires la mise à disposition de produits nouveaux, comme les exchange traded funds. On constate également des variations importantes des flux d’entrée et de sortie dans les produits financiers en fonction de critères géographiques. Un investisseur européen n’est pas un investisseur asiatique. Bien évidemment, les cycles économiques influencent les comportements d’investissement, mais force est de constater que la résistance et la patience aux chocs économiques sont hétérogènes et engendrent des mouvements divergents dans les fonds d’un pays à l’autre.

Un besoin de diversité

Le besoin de diversité et de principe d’égalité homme/femme s’invite également dans l’industrie de la gestion des actifs financiers, dominée essentiellement actuellement par des hommes. Tant au niveau des gestionnaires, qui à présent s’assurent que les investissements cibles sont effectivement gouvernés par des équipes où les représentations masculine et féminine sont équilibrées, qu’au niveau des équipes de gestionnaires des actifs financiers, ce besoin de diversité devient une condition sine qua non, car elle est perçue par les investisseurs comme un gage de succès et de processus de décision plus nuancé et équilibré.

Cette transformation prendra du temps et est intimement liée au niveau d’éducation des investisseurs, mais elle s’avère nécessaire. Nul doute que la tâche sera ardue.

L’arrivée des millennials dans le monde des investisseurs est un nouveau paradigme. Dans ce domaine également, ceux-ci vont influencer durablement la manière dont les produits d’investissement sont distribués et achetés. Il s’avère que les choix seront a priori plus basés sur des critères technologiques (accès aux produits et aux informations disponibles) que sur des critères liés à l’évolution des marchés et leurs fondamentaux.

Les facteurs de succès seront, pour les acteurs de l’industrie, une utilisation extensive des nouvelles technologies pour cibler les jeunes investisseurs.

Lou Kiesch, partner, Deloitte

Le prisme de l’analyse des coûts va également changer, eu égard à une comparabilité plus grande et un rejet de supporter des coûts sans relation directe avec la performance des produits. Dans ce domaine, on voit émerger des nouvelles structures de commission de gestion où l’intégralité de cette commission n’est plus systématiquement garantie nonobstant l’existence ou non d’une commission de performance. En d’autres termes, la commission de gestion devient variable.

En substance, nous pensons que les facteurs de succès seront, pour les acteurs de l’industrie, une utilisation extensive des nouvelles technologies pour cibler les jeunes investisseurs, une transparence augmentée pour assurer la comparabilité entre produits, ainsi qu’une rémunération raisonnée des acteurs. Dans ce contexte, l’évolution et la pression constante de la réglementation que l’industrie subit actuellement sont des éléments structurants pour la détermination du modèle opérationnel et organisationnel plus approprié. 

Carte blanche rédigée par Lou Kiesch, partner chez Deloitte