Grande Région

L’alternative à la concurrence

05 Juillet 2017 Interview par François Aulner
Jean-Claude Reding préside le CESGR depuis le 1er janvier 2017, date du début de la présidence luxembourgeoise de la Grande Région.
Jean-Claude Reding préside le CESGR depuis le 1er janvier 2017, date du début de la présidence luxembourgeoise de la Grande Région. (Photo: Maison moderne / archives)

Le Comité économique et social de la Grande Région (CESGR), constitué il y a 20 ans, est le porte-parole des employés et des employeurs en tant qu’organe consultatif à vocation socio-économique du Sommet de la Grande Région. Son nouveau président, pour deux années, est Luxembourgeois: Jean-Claude Reding, attaché à une coopération optimale entre les différentes parties prenantes.

Monsieur Reding, le Luxembourg a pris la présidence de la Grande Région le 1er janvier dernier. Au même moment, vous êtes devenu président du CESGR pour une durée de deux ans. Que peut-on dire sur l’avancement des travaux et les thèmes discutés?

«Les travaux du CESGR vont seulement commencer maintenant, après que nous avons préparé une feuille de route pour nos quatre groupes de travail. Celle-ci se base sur les quatre thèmes d’ores et déjà retenus sous la présidence wallonne.

Il s’agit premièrement des possibilités de développement économique et de coopération dans la Grande Région, dont notamment la question de l’intégration de l’aménagement du territoire. Le deuxième thème est celui de la mobilité, où il existe déjà de nombreuses idées et de nombreux projets. Il s’agit maintenant de les mettre en œuvre, mais cela avance très lentement, la question étant toujours de savoir qui est en charge de quoi. Sur le troisième thème, l’éducation, nous avons réussi à avancer avec des accords contraignants. Le CESGR souhaite désormais approfondir la possibilité d’y intégrer la formation continue. Le quatrième thème est la santé et le changement démographique. Nous devons nous demander comment organiser la mobilité et la coopération sanitaire, qui concernent particulièrement des gens qui habitent dans des régions frontalières.

Selon les thèmes, les travaux avancent plus ou moins vite. Est-ce donc possible de coopérer entre des régions si différentes de par leurs législations, leurs cultures et leurs caractéristiques?

«Il faut évidemment connaître les autres régions et comprendre leur fonctionnement. C’est justement cela qui est intéressant, car on discute et on apprend les unes des autres. Je plaide toujours pour la coopération, car l’alternative est de percevoir les autres comme des concurrentes.

Bien sûr, il existera toujours des sujets sur lesquels on ne s’entend pas. C’est le cas notamment de l’aviation où les positions sont très différentes. En ce qui concerne les connexions des trois ou quatre métropoles de la Grande Région avec d’autres régions européennes, on constate en revanche des intérêts communs.

La décentralisation de l’emploi envisagée par le gouvernement luxembourgeois est-elle un sujet au CESGR?

«Oui, bien sûr. On entend notamment parler de télétravail, mais encore faudrait-il analyser combien de personnes utilisent ce modèle qui ne date pas d’hier. Avec les smartphones, qui n’existaient pas encore il y a quelques années, le concept entre dans une nouvelle dimension. Les questions de l’organisation se posent d’ailleurs toujours, notamment celle de la fiscalité ou celle des cotisations sociales.

Je pense qu’à travers nos discussions, nous arriverons à démystifier le télétravail et à dégager d’autres pistes. Cela dit, il nous faudrait encore les moyens pour avancer convenablement dans nos travaux. Le budget actuel nous permet de nous voir deux, voire trois fois par an.

Vous voulez dire que les gouvernements luxembourgeois et régionaux sont avares en ce qui concerne la Grande Région?

«Je pense que oui. Notre budget stagne au même niveau depuis 20 ans. Mais bon, c’est toujours la même chose: les uns veulent économiser et les autres ne veulent pas payer plus.

Le dialogue social au Luxembourg a connu au cours des dernières années des moments de point mort, ou alors il fonctionnait tant bien que mal. Qu’en est-il du dialogue social dans la Grande Région? Comment se porte la relation entre les représentants des employeurs et des employés?

«Au sein du CESGR, il n’y a pas de blocages fondamentaux. Les problèmes nationaux ou fédéraux sont tenus à l’écart. Nos collègues allemands ne discutent pas des différentes politiques salariales entre la Sarre et la Rhénanie-Palatinat. Et nous non plus d’ailleurs. D’un autre point de vue, on observe que lors de discussions sur des sujets européens qui concernent la Grande Région, comme la réforme de la directive sur le détachement de travailleurs, les employeurs se rendent compte qu’il existe un certain dumping économique, et pas seulement social. Le CESGR est dans ce cas-là un endroit intéressant pour en discuter.»