Audiovisuel

L’Alia dit non à RTL2

04 Mars 2014 Par Véronique Poujol
RTL2
Les studios de RTL2 ne sont pas prêts de servir. (Photo: Facebook/RTL2)

L’Autorité luxembourgeoise indépendante de l’audiovisuel a communiqué ce mardi matin son verdict aux dirigeants des Groupe Saint Paul et RTL, associés dans le projet de radio francophone RTL 2: c’est non!

La nouvelle Autorité luxembourgeoise indépendante de l’audiovisuel (Alia) a dit non aux dirigeants des groupes Saint Paul (éditeur entre autres du Luxemburger Wort) et RTL, qui devaient s’associer dans une joint-venture afin de lancer un programme de radio francophone, RTL2, en lieu et place de la station DNR (actuellement détenue à 100% par le groupe de la rue Plantin). La décision de refus de 20 pages, prise le 27 février dernier, leur a été communiquée ce mardi. Elle a également été rendue publique sur le site Internet de l’autorité qui considère que les changements apportés au programme de radio sont «substantiels» et qu’ils requièrent de ce fait une nouvelle mise en concurrence, que ni RTL, ni le Groupe Saint Paul ne sont certains de pouvoir remporter. D’où les plans des deux promoteurs d’utiliser le squelette de DNR et sa concession, valable jusqu’en 2022 (la première autorisation remonte à 1992 et a été renouvelée deux fois, chaque fois pour une durée de dix ans) pour lancer le nouveau programme radiodiffusé francophone.

Le «niet» de l’autorité tient sur cinq points principaux. D’abord, la modification de l’actionnariat de la Société de radiodiffusion luxembourgeoise (SRL) pose des problèmes au regard du pluralisme du paysage médiatique luxembourgeois, Saint Paul et RTL étant chacun de leur côté des acteurs «importants, voire prédominants». «Si le projet devenait réalité, CLT-UFA contrôlerait complètement ou en grande partie trois services de radios importants (RTL Radio Lëtzebuerg, Eldoradio, RTL2) ce qui, aux yeux de l’autorité, contreviendrait à l’objectif du pluralisme que la loi de 1991 est censée organiser et garantir», souligne un communiqué de l’Alia. De son côté, l’éditeur du Luxemburger Wort aurait le contrôle de deux radios visant un public non-Luxembourgeois et surtout francophone (Latina et RTL2).

Voie détournée

Le second grief porte sur le public cible: DNR s’était fait attribuer des fréquences couvrant l’ensemble du territoire luxembourgeois dans le but de viser un public résidant, par opposition aux services à rayonnement international. Pour l’Alia, le projet RTL2 au Luxembourg est une «voie détournée» pour lancer «un programme nouveau à rayonnement international par l’utilisation de fréquences réservées aux programmes visant le public résidant».
En troisième lieu, l’autorité a «déploré la faible part» que la SRL réservait à l’information dans la nouvelle grille des programmes, «alors que le temps d’antenne consacré à l’information avait été un élément déterminant pour l’attribution de la concession en 1992 et lors des reconductions ultérieures».

Déjà en 2012, l’exploitant de DNR s’était vu refuser, par ce qui était encore la Commission indépendante de la radiodiffusion (l’ancêtre de l’Alia), un changement du cahier des charges initial en souhaitant alléger le temps d’antenne consacré à l’information. DNR fonctionne actuellement avec seulement deux journalistes plein temps et deux pigistes pour assurer l’information, respecter son cahier des charges et ainsi conserver ses fréquences. Ce qui paraît déjà un peu léger pour une station qui avait obtenu il y a 22 ans une concession en mettant en avant l’information comme «épine dorsale» de sa grille de programmes.

La quatrième raison ayant justifié le non de l’Alia tient au changement de langue, du Luxembourgeois au français. L’autorité ne se dit pas opposée «au principe d’une radio en langue française, ou dans une autre langue», mais considère que l’emploi prédominant du luxembourgeois «était un élément essentiel conditionnant l’octroi et le maintien de la permission d’émettre depuis 1992». 

49% de français

Après discussions avec l’Alia (qui les a reçu deux fois, le 23 janvier et le 4 février derniers), les promoteurs de RTL2 avaient trouvé un arrangement sur cette question de la langue: 51% du programme aurait été diffusé en luxembourgeois (entre minuit et 6.00 heures du matin, avec un raccrochage sur le programme luxembourgeois de RTL Radio) et 49% en français, selon le modèle classique diffusé dans l'Hexagone. Ce compromis n’a pas été de nature à convaincre les membres de l’Alia qui jugent que «cette façon de procéder ne correspondrait pas à une exécution loyale et pertinente de l’obligation de diffuser un programme qui soit en majeure partie en langue luxembourgeoise».

«Pour l’autorité, un changement portant sur un aspect aussi substantiel ne peut avoir lieu sans une nouvelle mise en concurrence (actuellement impossible puisque la permission est attribuée à la Société de radiodiffusion luxembourgeoise)». Bref, c’est le serpent qui se mord la queue

Enfin, cinquième grief, l’Alia a estimé que l’évolution de la population francophone résidente et frontalière depuis 1992, argument mis en avant par les promoteurs de RTL2 pour justifier le changement de grille et de langue, «ne justifiait pas la substitution d’un autre concept sans mise en concurrence des opérateurs potentiels permettant d’une part à ceux-ci de faire valoir leurs arguments et d’autre part de mieux définir les besoins et les attentes de l’auditoire».

Vu sous cet angle, les membres de l’Alia ont pris la décision qui s’imposait. En 1991, la loi sur les médias audiovisuels avait cherché à casser le monopole de RTL dans le paysage luxembourgeois. Accepter de troquer DNR pour RTL2 aurait sans été un mauvais signal pour le pluralisme. Et le signe que tout fonctionne comme avant. Alors que les temps ont changé...

Le refus opposé par l’Alia est susceptible d’un recours devant les juridictions administratives. Aucune décision n’aurait encore été prise à ce stade.