Législatives 2018

L’ADR en embuscade

29 Septembre 2018 Par Thierry Raizer
Croissance: L’ADR réclame une étude autour de la croissance,  sans détailler de proposition phare sur ce sujet.
Croissance: L’ADR réclame une étude autour de la croissance, sans détailler de proposition phare sur ce sujet. (Photo: Matic Zorman)

Paperjam a placé les élections législatives au cœur de son nouveau magazine en donnant la parole aux têtes de liste des principaux partis du pays. Zoom sur l’ADR avec Gast Gybérien. L’ADR qui espère que les thématiques de la croissance et de l’identité nationale qu’il porte en étendards lui permettront de faire partie d’une coalition gouvernementale. Le CSV continue d’être cité par ses cadres comme partenaire le plus probable.

L’ADR est-il en train d’imposer certains thèmes, pourtant explosifs, aux autres partis? Le sujet de la croissance, l’ADR en réclame la paternité du débat à la Chambre. L’identité luxembourgeoise, il en fait un marqueur au travers de la langue qui doit être celle de «l’intégration», déclare Gast Gybérien, député et membre fondateur du parti, qui nous reçoit et nous répond en luxembourgeois. «Nous vivons dans un pays qui comprend tellement de nationalités différentes, où de nombreuses langues sont parlées, que nous ne devons pas créer de sociétés parallèles. Nous devons avoir un point commun qui doit être le luxembourgeois.» 

Sous un gouvernement avec l’ADR aux responsabilités, la langue nationale serait obligatoire pour les personnels du secteur de la santé. Un large plan de formation ad hoc pendant leur temps de travail et financé par l’État est imaginé. «Nous n’avons pas assez investi dans l’intégration jusqu’ici, ajoute Gast Gybérien. Nous devons créer un ministère pour la langue, l’intégration et la culture.» Son souci de promouvoir l’héritage linguistique coïncide avec un malaise de l’ADR à l’égard du français. Son député l’illustre par des exemples concrets de la prédominance de l’une des deux langues administratives (avec l’allemand) dans l’économie, voire la vie quotidienne. 

La campagne est menée par l’ADR, avec le programme de l’ADR

Gast Gybérien, député et membre fondateur du parti

Disposant de trois sièges à la Chambre, le parti s’est allié avec Wee2050, émanation de Nee2015, le mouvement d’opposition aux questions posées lors du référendum de 2015, en particulier le droit de vote des résidents étrangers aux élections législatives. «La campagne est menée par l’ADR, avec le programme de l’ADR», indique Gast Gybérien, qui pense avoir trouvé dans Wee2050 une formation qui rejoint suffisamment les vues du parti.

Notamment en matière de croissance, qui devrait être «sélective». «Toutes les demandes d’établissement d’entreprise devraient faire l’objet d’une étude d’impact par le ministère de l’Économie quant à ses besoins en infrastructure, terrain, énergie, main-d’œuvre… et ce qu’elle nous apporte.» Cette étude systématique concernerait les entreprises prospectées, quant à celles qui remplissent les conditions légales, l’ADR sait qu’il ne pourra pas s’opposer au droit européen de libre établissement. Faute de grandes mesures concrètes, l’ADR réclame une large étude portant sur la croissance et le modèle d’avenir pour le pays. 

Nous avons progressé dans le rattrapage du retard, nous devons continuer. Le tram est arrivé, mais il ne résout pas tout.

Gast Gybérien, député et membre fondateur du parti

En attendant, le consensus s’établit pour poursuivre les investissements en infrastructures. «Nous avons progressé dans le rattrapage du retard, nous devons continuer. Le tram est arrivé, mais il ne résout pas tout, nous devons participer au financement et à la construction de grands parkings aux frontières, investir dans le train, instaurer la gratuité des transports pour faire en sorte que les transports publics soient meilleurs que l’auto. Si tel est le cas, les gens changeront leurs habitudes», estime Gast Gybérien. 

Avançant avec une vision du pays qui dépendrait moins de l’extérieur – autrement dit des frontaliers –, l’ADR sait qu’il ne pourra pas promettre à son électorat un maintien à terme de son niveau de vie, y compris un État social généreux, en fermant les frontières et en réduisant la croissance. «Nous avons toujours eu besoin de l’immigration, cela nous a porté chance, mais nous devons penser aussi à notre qualité de vie au quotidien», résume Gast Gybérien. Entre les promesses et la réalité du pouvoir, il y a un pas. L’ADR se verrait en tout cas le franchir éventuellement avec le CSV, «le parti dont le programme est le plus proche du nôtre», note Gast Gybérien.