Grande interview de Claude Wiseler (2/2)

«La politique doit se faire dans la continuité»

24 Septembre 2018 Par Matthieu Croissandeau et Thierry Raizer
Pour Wiseler, c’est maintenant, quand les finances vont bien, qu’il faut réformer.
Pour Wiseler, c’est maintenant, quand les finances vont bien, qu’il faut réformer. (Photo: Patrick Galbats)

Candidat pour faire revenir sa formation à l’Hôtel de Bourgogne, Claude Wiseler distille ses priorités, tout en laissant le champ libre à la discussion avec un éventuel partenaire de coalition. L’ancien ministre n’a qu’une crainte: que les partis au pouvoir ne remettent le couvert… ensemble. Retrouvez la première partie de cette grande interview ici.

Monsieur Wiseler, tous les candidats affichent le logement comme leur priorité depuis longtemps. Comment expliquez-vous que ce problème ne soit toujours pas résolu? 

«Il y a le rythme de la croissance, d’abord. On a fait jusqu’à présent une politique de la demande en aidant les gens qui avaient du mal à acheter une maison avec des subventions, notamment. C’était sans doute nécessaire, mais cela n’a rien résolu puisque le problème du logement est aujourd’hui un problème de mise sur le marché. Nous allons donc devoir mener une politi­que d’offre. Le premier défi, ce sont évidemment les terrains… 

Le Luxembourg n’en manque pas, mais ils font souvent l’objet de spéculations…

«Exactement. Nous prendrons des mesures pour dégager de grands ensembles constructibles pour le logement.

Quitte à réquisitionner ou exproprier?

«Le dernier texte de loi que nous n’avons pas voté, mais qui a été adopté par la coalition actuelle, prévoit cette possibilité. Je ne suis pas un amateur d’expropriation, mais si après avoir négocié et proposé de payer le prix, un projet de grand ensemble échoue pour des raisons purement spéculatives, nous utiliserons ces dispositions. 

L’autre façon de jouer sur l’offre, c’est la fiscalité…

«Nous avons clairement dit dans notre programme que les terrains qui sont aujourd’hui dans le PAG et donc constructibles, mais qui sont retenus pour des raisons de spéculation, doivent être taxés de façon différente. 

Combien?

«Je ne sais pas encore. Mais aujourd’hui, c’est le principe qu’il faut acter. Les communes peuvent le faire, mais elles ne le font pas pour des raisons aisément compréhensibles. Elles sont trop proches des gens. Donc il faut que ce soit une taxe nationale. La même réflexion doit être menée sur les logements inhabités. Mais les communes auront un grand rôle à jouer.

Nous allons donc discuter d’une nouvelle carte communale. Certaines disparaîtront au profit de la création de communes plus grosses.

Claude Wiseler, candidat aux législatives (CSV)

Tous les candidats disent la même chose…

«Oui, mais moi je souhaite donner aux communes la possibilité de le faire. C’est pourquoi je propose aussi une réforme territoriale qui prévoit de réduire le nombre de communes, mais de leur donner les moyens techniques ou financiers de remplir leurs missions. Nous allons donc discuter d’une nouvelle carte communale. Certaines disparaîtront au profit de la création de communes plus grosses.

Ça n’est jamais très populaire…

«Non, je sais. Mais la réforme territoriale, ce n’est pas seulement une affaire de réduction du nombre de communes, c’est également une question d’organisation et d’attribution de compétences. Par la suite, il ne sera plus possible d’avoir des bourgmestres à mi-temps parce qu’ils sont aussi députés. Je veux engager une séparation stricte des mandats et une professionnalisation des bourgmestres pour la mettre en place en 2029. 

La coalition actuelle s’inquiète de vous voir détricoter ce qu’elle a fait…

«Je considère que la politique au Luxembourg doit se faire dans la continuité. On n’est pas dans un pays où la politique se fait en bloc, droite contre gauche, et où chaque bloc détruit ce que l’autre a fait.

Vous êtes un homme de droite?

«Je suis un homme du centre.


(Photo: Patrick Galbats)

L’avortement, vous n’y toucherez pas?

«Non.

La séparation de l’Église et de l’État?

«On a beaucoup regretté la loi sur la suppression des cours de religion, par exemple, mais c’est aujourd’hui impossible de revenir dessus. Tous les enseignants sont partis vers d’autres missions. Sur le salaire des prêtres, des accords ont été trouvés avec l’Église. Il n’y aura donc pas de nouvelles discussions.

Il y a en revanche un certain nombre de choses qui nous semblent inacceptables, notamment la quasi-interdiction faite à une commune de financer la réfection d’une église. C’est un point de la loi sur lequel on reviendra. Mais encore une fois, la politique au Luxembourg ne se fait pas par déconstruction des politiques antérieures. C’est extrêmement important pour nous. Je me suis défendu à l’époque lorsque Gambia voulait nous imposer une forme de bipolarisation droite/gauche. Ça me semble très malsain.

Quelle leçon avez-vous retenue de 2013?

«Qu’il faut parfois se retrouver dans l’opposition pour se renouveler. Depuis cinq ans, nous avons travaillé sur les contenus de notre programme, sur les principes. 

Vous avez tourné la page Juncker?

«Je n’ai pas tourné la page Juncker, mais elle est tournée. À nous d’écrire une autre histoire.

Votre politique vis-à-vis de la place financière sera-t-elle différente de celle que le CSV a menée par le passé?

«Les temps ont changé. Les règles européennes encadrent, surveillent et contrôlent beaucoup plus les places financières. Ça n’a pas forcément été facile, mais c’est une bonne chose. Le secteur financier est essentiel pour le Luxembourg. Nous engagerons des discussions ouvertes avec ses représentants pour entendre leurs besoins. Les Places concurrentes ne sont pas en train de dormir. Il faut donc être vigilant et réactif. 

Je veux réduire la fiscalité des entreprises à un taux d’affichage de 20%.

Claude Wiseler, candidat aux législatives (CSV)

Quelle sera votre politique fiscale pour les entreprises? 

«Je veux réduire la fiscalité des entreprises à un taux d’affichage de 20%. Cela ne pourra pas se faire en une étape puisque je veux un budget équilibré. L’idéal serait d’en faire un grand sujet de discussion avec les partis d’opposition et de programmer de façon consensuelle une réforme sur six ou huit ans en garantissant aux entreprises que ce plan sera maintenu quel que soit le vainqueur du scrutin suivant. Pour le reste, je souhaite que l’ICC soit aboli et remplacé par un impôt aligné sur la même base que l’IRC. La taxe foncière, elle, devra être augmentée pour équilibrer un peu les moins – ­values d’une telle réforme. 

Vous supprimerez les niches?

«Oui. De toutes les façons, avec la réforme, les traitements fiscaux et autres rulings seront de moins en moins utilisés… Je souhaite par ailleurs supprimer le régime actuel des stock-options, qui est difficilement défendable en termes d’équité fiscale. Nous introduirons deux nouveaux systèmes: un régime transitoire pour les expatriés afin qu’ils ne soient pas pénalisés, et un autre pour les entreprises qui versent des actions à leur personnel.

Et pour les ménages, que ferez-vous?

«Pour les bas salaires, nous mettrons en place des crédits fiscaux dégressifs, notamment pour les gens qui gagnent le salaire social minimum. Et nous porterons le tableau de rentrée beaucoup plus tard de 11.250 à 12.000. Après, je ne promets rien… Il faudra d’abord voir la situation de nos recettes fiscales. S’il y a encore de la marge, nous travaillerons pour les classes moyennes. 

Êtes-vous favorable à une augmentation du salaire social minimum?

«Je suis pour une augmentation régulière indexée sur le coût de la vie. Mais je suis contre les 10% que réclame l’OGBL, parce que cela me semble irréaliste. Nous ferons une partie du chemin en défiscalisant complètement le salaire social minimum.»

Sur quoi se jouera la campagne? Claude Wiseler répond à Paperjam en vidéo en marge de cette interview: