Troisième révolution industrielle

La phase «post-Rifkin»

09 Novembre 2017 Par François Aulner
Ministres Rifkin
Les ministres se sont montrés enthousiastes face aux idées des jeunes participants. (Photo: DR)

Un an après son démarrage, le processus de transition inspiré du rapport dit «Rifkin» est en cours, selon le gouvernement. Les questions de la croissance qualitative et de l’avenir du modèle économique et social demeurent en revanche au stade de débat et réflexion.

«On ne peut pas s’arrêter: nous voulons tous, par exemple, le progrès médical et technologique, et surtout la protection sociale, qui est la meilleure du monde au Luxembourg», déclarait le vice-Premier ministre lors d’une conférence-débat sur la troisième révolution industrielle.

Devant plus de 500 personnes rassemblées au Grand Théâtre de la Ville de Luxembourg, Étienne Schneider (LSAP) dressait un état des lieux des travaux au sein des plateformes thématiques qui approfondissent les pistes et recommandations présentées il y a un an dans l’étude stratégique de la troisième révolution industrielle. L’auteur de l’étude, le futurologue américain Jeremy Rifkin, étant absent lors de la conférence, Étienne Schneider a estimé que le processus «Rifkin» se ferait désormais «à la sauce luxembourgeoise».

Hormis un «appel d’offres pour de grandes installations photovoltaïques», dont la rémunération serait «garantie sur 15 ans», le ministre, plutôt que de faire de nouvelles annonces, rappelait des mesures et projets lancés au cours des derniers mois, comme par exemple l’installation d’un «super-ordinateur» au Grand-Duché ou de manière générale la mise en place en cours d'élements d'économie circulaire qui visent à faire du consommateur un prosommateur. Par ailleurs, il rappelait ses réflexions sur l’avenir du modèle économique et social. Notamment une nouvelle répartition des gains de productivité. Plus tard dans la journée, le ministère diffusait le «Rapport intermédiaire de suivi 2017».

Beaucoup de costumes-cravates

Le discours de l’initiateur du débat, Étienne Schneider, était suivi de deux débats modérés par Caroline Mart. Dans le premier round, Étienne Schneider et ses collègues, le ministre du Développement durable et des Infrastructures François Bausch (Déi Gréng), la ministre de l’Environnement Carole Dieschbourg (Déi Gréng), le ministre des Finances Pierre Gramegna (DP), et le ministre du Travail Nicolas Schmit (LSAP) réagissaient à des propositions et idées présentées par 12 élèves de lycée.

Des idées comme, par exemple, des «subsides» pour encourager les espaces partagés au sein de lotissements, ou encore une réorganisation du réseau de bus RGTR (bus régionaux). Des propositions qui étaient reçues avec beaucoup d’enthousiasme par les membres du gouvernement: François Bausch se réjouissait qu’il puisse satisfaire «à 100%» la proposition de diriger les bus régionaux vers des gares «pôles d’échange», et ainsi libérer la capitale de 2.200 bus par jour.

Pierre Gramegna, pour sa part, saluait l’idée de «relativiser» la notion de propriété «sacro-sainte au Luxembourg», en renforçant la solidarité au sein de syndics de copropriété. Il amusait le public en rappelant «à quel point les discussions au sein des syndics peuvent être compliquées».

Une élève de lycée concluait le débat en saluant l’initiative du gouvernement, mais déplorait que les questions d’avenir économique, social et environnemental n’atteignent pas assez le grand public ou les jeunes: «J’aurais bien aimé qu’il y ait moins de gens en costume dans le public aujourd’hui.»

Beaucoup de know-how, mais pas de know-why

Le deuxième round du débat entre les membres du gouvernement et des représentants des chambres professionnelles était pour sa part dominé par des réflexions économiques et philosophiques. Selon Étienne Schneider, il serait temps de retrouver une «narrative positive» pour parvenir à faire bénéficier tout le monde de la croissance.

Alors que François Bausch estimait que, compte tenu des limites des ressources et de l’utilisation du sol, «il faut savoir dire non» à l’implantation de toujours plus d’entreprises au Luxembourg, Étienne Schneider estimait qu’en augmentant «de manière intelligente» le salaire social minimum, par exemple, on pourrait décourager certaines entreprises à s’installer au Luxembourg.

Tandis que le directeur de la Chambre de commerce, Carlo Thelen, rappelait qu’«avant de redistribuer, il faut d’abord produire», le président de la Chambre des salariés, Jean-Claude Reding, rappelait qu’au cours des dernières décennies, le capital avait gagné plus que le travail. Face à des divergences classiques entre patronat et salariat, Marco Thomé, membre du bureau de la Chambre des fonctionnaires et employés publics, appelait les deux parties à cesser de camper sur leurs positions. Par ailleurs, il souhaite que le débat soit plus philosophique: «Nous avons beaucoup de know-how, mais pas de know-why.»