Nasir Zubairi

«La Lhoft n’est en compétition avec personne»

22 Février 2018 Interview par Jonas Mercier
Nasir Zubairi
Nasir Zubairi: «Dans nos nouveaux locaux, nous voulons donner envie à tout Luxembourg de passer plus de temps chez nous que dans leurs propres bureaux.» (Photo: Maison Moderne / Archives )

En pleine phase d’expansion et à deux mois de son installation dans la House of Start-ups (Host), la Luxembourg house of financial technology (Lhoft) se positionne toujours plus comme un acteur incontournable du secteur financier luxembourgeois. Nasir Zubairi, son CEO, rappelle que l’incubation ne constitue qu’une partie de ses activités. Interview.

Monsieur Zubairi, la Lhoft est très impliquée dans le projet de la Host. Elle en sera d’ailleurs le principal acteur. Où en êtes-vous exactement?

«C’est un projet fantastique qui s’est développé à une vitesse impressionnante, vu le nombre de parties impliquées. Comme tout projet de cette envergure, il a existé certaines frustrations, mais jamais négatives. Nous sommes très reconnaissants de tout le soutien apporté par la Chambre de commerce sur ce projet.

La Lhoft aura un statut à part entière au sein de la Host et il sera intéressant de voir comment nous allons pouvoir collaborer avec les autres acteurs. Mais nous avons une mission et nous avons besoin de garder le focus sur nos objectifs, à savoir encourager et développer l’écosystème fintech luxembourgeois.

Concrètement, vous serez donc juste locataire…

«Oui, mais je pense que la Host aura un rôle plus large au niveau de la promotion du Luxembourg en tant que start-up nation. Et nous allons collaborer dans ce sens, pour que nos messages soient dans la même ligne.

Comment se positionnera la Lhoft dans la Host? Comme un incubateur?

«L’incubation de start-up fintech est juste une partie de notre travail. Je tiens d’ailleurs à préciser que nous ne sommes pas un incubateur, c’est trop réducteur. D’ailleurs, je vous avoue que je n’aurais jamais accepté cette mission si elle s’était résumée aux simples activités d’un incubateur.

Comment doit-on qualifier la Lhoft, alors?

«Je pense que le terme le plus représentatif est celui de hub d’innovation. Pour moi, tout se résume à l’écosystème. Les recommandations que nous avons faites au designer en charge de l’aménagement intérieur de la Lhoft au sein de la Host ont été de créer un environnement avec de l’énergie et du bruit, et de donner envie à tout Luxembourg et aux différents acteurs de l’écosystème fintech de passer plus de temps chez nous que dans leurs propres bureaux.

Les choses les plus intéressantes se passent souvent lors de discussions informelles.

Nasir Zubairi, CEO de la Lhoft

Je veux voir dans ce futur espace des gens qui vont et viennent tout le temps. Des représentants de toutes les institutions financières, de l’Université, des instituts de recherche, peut-être même du régulateur et du ministère. Et bien évidemment, des investisseurs. Les choses les plus intéressantes se passent souvent lors de discussions informelles. Et je cherche à créer toutes les conditions nécessaires pour que cela arrive chez nous.

Et quand déménagerez-vous dans vos nouveaux bureaux?

«Début avril a priori. Ce sera une nouveauté pour nous, car nous disposons du plus grand espace de la Host, soit 2.400m2 sur deux étages. Nous avons 300m2 dans nos locaux actuels...

Et comment se divisera l’espace?

«Nous proposerons 23 bureaux pouvant accueillir jusqu’à 10 personnes. Nous aurons également 70 ‘open desk’ qui pourront être partagés. L’objectif est répondre aux besoins de 40 à 50 sociétés. Il y aura, par ailleurs, 8 salles de réunion, 2 cabines téléphoniques originales fournies par Post – qui est l’un de nos partenaires. C’est fantastique. Et des cuisines, des espaces ouverts, ainsi qu’une zone adaptée pour l’organisation de workshops ou séminaires, qui pourra accueillir jusqu’à 40 personnes.

Pensez-vous qu’il existe suffisamment de fonds pour financer les start-up au Luxembourg?

«Pour moi, le financement n’est pas un problème, car les bons business obtiendront toujours de l’argent, même de l’étranger. Notre rôle est d’aider les fintech à constituer un bon pitch et les mettre ensuite en lien avec des investisseurs. J’ai une liste de 300 sociétés de capital-risque sur mon bureau. Les investisseurs sont toujours à la recherche de bonnes opportunités de business.

Existe-t-il une compétition entre les villes européennes pour devenir le hub le plus important dans le domaine de la fintech?

La seule ville qui cherche la compétition est Londres. Elle veut être le numéro 1 dans tous les domaines et la panique liée au Brexit n’arrange pas les choses. Du coup, la majorité des grands hubs européens ont du mal à collaborer avec la capitale britannique. Paris aussi cherche de plus en plus à devenir le principal centre fintech d’Europe, mais elle doit encore régler beaucoup de problèmes pour prétendre à ce statut.

Je ne veux pas être accusé de piquer des jeunes pousses à d’autres hubs européens.

Nasir Zubairi, CEO de la Lhoft

En tout cas, la Lhoft n’est en compétition avec personne. Attirer des fintech n’est pas notre mission première. Nous veillons avant tout à mettre en relation les fournisseurs de solutions fintech avec les acteurs de l’écosystème luxembourgeois. Nous cherchons à répondre à un besoin très concret. Si la fintech en question vient ensuite s’installer au Luxembourg, nous sommes contents, mais ce n’est pas un objectif. C’est d’ailleurs pour cela que nous signons des partenariats avec d’autres hubs en Europe et dans le monde.

Je ne souhaite pas attirer des start-up de Paris ou de Bruxelles à tout prix. Et je ne veux pas être accusé de piquer des jeunes pousses à d’autres hubs européens. À l’inverse, je serais furieux s’ils cherchaient à le faire.

Mais si ces start-up viennent des États-Unis, d’Asie ou d’ailleurs, c’est un peu différent. Dans ce cas, il est clair que nous chercherons à les faire venir au Luxembourg et que nous mettrons en valeur nos arguments de meilleure porte d’entrée dans l’Union européenne.»