Luxembourg Art Week

La foire construit et n’échappe pas à la critique

05 Novembre 2017 Par France Clarinval
Luxembourg Art Week est une occasion unique de profiter d’une foire d’art de niveau international en toute convivialité
Le monde était au rendez-vous pour la 3e édition de la Luxembourg Art Week. (Photo: Eric Chenal)

À quelques heures de la clôture de la foire d’art de Luxembourg, Paperjam.lu s’est promené dans les allées pour récolter les impressions des participants qui dressent un bilan enthousiaste mais critique.

La 3e édition de la Luxembourg Art Week aura, pour beaucoup, tenu ses promesses. «Nous avons eu presque autant de visiteurs que l’année dernière, malgré les vacances et malgré une durée plus courte de deux jours, soit 11.500 personnes (contre 12.000 l’année dernière), dont 5.000 ce dimanche», détaille Alex Reding, à la tête de l’organisation de la foire. «Il y avait beaucoup de personnes intéressées et intéressantes», juge Mimmo Scognamiglio, venu de Milan pour la deuxième année consécutive. «La foire est en train de trouver son public et ses marques, c’est mieux que l’année passée, même si je n’ai rien vendu.»

C’est aussi ce que constate Maëlle Ebelle, directrice de la galerie Ceysson-Bénétière du Wandhaff: «c’est une excellente année. Les collectionneurs sont au rendez-vous et l’organisation est très bonne.» Une organisation saluée par tous pour la bonne ambiance, l’intérêt des rencontres et la qualité du dîner.

Une bonne impression confirmée par Audrey Bossuyt (galerie Zidoun-Bossuyt): «les nouvelles galeries présentes sont de qualité. Les ventes sont bonnes et nous avons été entendus sur l’adaptation de la durée. Il y a maintenant des gens qui sont acquis à l’idée qu’ils peuvent faire des achats à la foire de Luxembourg.»

Des collectionneurs en vacances

Pourtant, beaucoup regrettent la période des vacances et «le public important, qui n’arrive que ce dimanche», comme le note Raphaël Cruyt de la Alice Gallery de Bruxelles. Cette première participation lui laisse un goût de trop peu: «j’ai noué quelques bons contacts, mais on manque d’interaction avec les visiteurs. Je n’ai que peu eu l’occasion de défendre mes artistes à des gens qui se montraient intéressés. Il y a peu de connaisseurs, peu de gens qui posent des questions.» Il estime cependant que Luxembourg est «une zone d’influence évidente pour une galerie de Bruxelles» et que l’ampleur de cette foire correspond à sa politique d’exposition.

«Ça se passe bien, mais il y a peu de gens avertis et beaucoup de promeneurs», regrette Maïa Muller, qui vient pour la première fois de Paris. «Plusieurs de mes artistes ont été montrés au centre d’art de Dudelange ou au Casino, je trouvais donc ça bien de venir. Mais les ventes se font attendre.»

«Ça bouge plus lentement», confirme Hervé Lancelin qui a réalisé «peu de ventes», mais qui en a profité pour «faire [son] marché chez les confrères, pour [sa] collection personnelle.» «Le monde est surtout venu le week-end. Il faudra travailler jusqu’à la dernière minute pour assurer les ventes», ajoute Marita Ruiter de la galerie Clairefontaine. «Plusieurs collectionneurs importants n’ont pas pu venir à cause des vacances, j’ai donc moins vendu que l’année passée, qui avait été exceptionnelle. Mais l’intérêt et l’ouverture sont là», tempère Michael Kaufmann de la galerie Ernst Hilger de Vienne.

Deux foires en une

Du côté des participants au Take Off – jeunes galeries et collectifs d’artistes – installés tout autour de l’espace, le sourire est au rendez-vous. «Nous sommes plusieurs à avoir vendu des œuvres», observe l’artiste Jerry Frantz qui expose avec le collectif 21 Artstreet. «On est beaucoup mieux que sous la tente l’année dernière», constate Didier Damiani de l’initiative Art Work Circle: «la communication a été bonne et nous profitons indéniablement des visiteurs de Positions, qui sont attirés par certains noms.» 

C’est précisément le reproche qu’adresse Constantin Chariot de la Patinoire Royale à Bruxelles, présent pour la première fois dans la section Positions. «La disposition des stands Positions et Take Off côte à côte nuit à notre image. C’est comme de faire jouer des joueurs de foot de divisions différentes dans le même match, ou de tenter de vendre un diamant dans une boutique Swarovski.» Ainsi, il a du mal à expliquer le prix de certaines pièces historiques à des visiteurs qui pensent avoir vu «la même chose» quelques mètres plus loin. «J’avais pourtant fait une sélection réfléchie, avec des artistes luxembourgeois et portugais, des pièces historiques plus institutionnelles qui auraient dû trouver preneur.» Il tempère cependant: «c’est comme au poker, je paye pour voir. Je reviendrai s’il y a des ajustements.»

Marita Ruiter estime aussi que «le public ne comprend pas le mélange de galeries de tels niveaux différents. Cela manque de lisibilité et la qualité est trop inégale.»

Cette collision ne gêne pas Audrey Bossuyt qui a justement «choisi de présenter des pièces classiques de grands noms pour se démarquer des jeunes galeries: Baselitz, Cragg, Pei-Ming…» C’est aussi l’option de la galerie Lelong qui présente un solo show de McArthur Binion, tout juste après avoir été montré à la Biennale de Venise et à New York. «Il y a un très bon accueil, une bonne compréhension du travail. Nous avons vendu quatre pièces, dont trois à de nouveaux contacts», se réjouit Nathalie Berghege-Compoint.

La foire de Luxembourg est encore jeune et chaque édition voit naître différentes améliorations. Les commentaires – même critiques – des galeries permettront à Alex Reding, le principal organisateur, de faire encore mieux l’année prochaine.