Bourse de Luxembourg

La finance éthique, un enjeu pour la Place

06 Février 2019 Par Jean-Michel Lalieu
Flavia Micilotta
Flavia Micilotta – La nouvelle directrice du LGX veut populariser la finance responsable. (Photo: Matic Zorman)

La Bourse de Luxembourg confie les rênes du Luxembourg Green Exchange à Flavia Micilotta, experte européenne en finance responsable.

Elle est Italienne, a étudié à Londres et à Pise, a travaillé à Paris et plus de 13 ans en Belgique. À 40 ans, Flavia Micilotta vient de quitter Bruxelles et la direction générale d’Eurosif, l’European Sustainable Investment Forum, qui mène un puissant lobbying au sein de l’Union européenne en faveur de la finance éthique. Au 1er janvier, elle a rejoint la Bourse de Luxembourg pour assurer la direction du Luxembourg Green Exchange (LGX). Un poste nouvellement créé, qui marque la volonté de l’institution financière de densifier encore l’activité de sa bourse verte. «Notre rôle ne fait que commencer et nous devons l’intensifier. Une personne comme Flavia, impliquée depuis les premières heures dans la finance responsable, motivée, orientée business et excellente gestionnaire de projet, sera un atout important», explique Julie Becker, membre du comité exécutif de la Bourse et à la base de la création du LGX.

Le Luxembourg Stock ­Ex­chan­ge a toujours eu un rôle de pionnier dans la finance verte. C’est déjà en 2007 qu’il a émis la première obligation verte, pour le compte de la Banque européenne d’investissement. Depuis, les green bonds se sont multipliés. D’où l’idée de créer une bourse qui leur soit entièrement dédiée, mais surtout qui donne la garantie à l’investisseur que ce qui est annoncé comme un investissement vert l’est réellement. «C’était l’idée à la base de la création de cette plate-forme», confirme Julie Becker. L’outil a donc été créé en septembre 2016, en tant que première mondiale. À l’époque, 114 obligations vertes étaient déjà hébergées par la bourse grand-ducale pour un montant de 54 milliards.

Le LGX est vraiment un exemple de ce que la finance responsable peut faire aujourd’hui.

Flavia Micilotta, directrice Luxembourg Green Exchange

«Depuis, nous avons encore connu une progression de 180% en montants émis», confirme la responsable de la Bourse. Au 31 décembre 2018, le LGX affichait 277 entités pour une valeur totale de 112,1 milliards d’euros. Un an plus tôt, il en comptait 159 pour une valeur de 74,6 milliards. Mais très vite, le spectre d’activités avait été élargi aux investissements sociaux et durables en mai 2017 et aux fonds d’investissement RSI – investissements socialement responsables – l’an dernier. «Le LGX est vraiment un exemple de ce que la finance responsable peut faire aujourd’hui et il a joué un rôle incroyable dans l’accélération du mouvement en Europe et au niveau international», analyse Flavia Micilotta.

Comprendre la finance éthique

La nouvelle directrice ne veut pas se contenter de ces succès. Après avoir travaillé près de deux décennies sur le thème de la finance responsable – dans le milieu bancaire (KBC), au sein des Big Four (EY et Deloitte) ou, depuis 2015, chez Eurosif –, son objectif est d’en faire un enjeu central dans le monde de la finance. En misant notamment sur l’effet de la conférence de Paris sur le climat, en 2015, qui, selon elle, «a joué un rôle considérable en faveur de la finance durable». Spécialisée dans l’analyse de la qualité des fonds responsables, elle accentuera la mission de transparence vis-à-vis des investisseurs que s’est donnée la Bourse de Luxembourg avec la création du LGX. Depuis le début, chaque émetteur doit en effet fournir un rapport préalable certifié de son projet, afin de prouver que les investissements envisagés correspondent bien à l’objectif de durabilité envisagé. «C’est un des aspects qui m’ont attirée, convient Flavia Micilotta. Avec le LGX, nous pouvons jouer un rôle très important dans l’orientation des investisseurs.»

Les investisseurs veulent donner du sens à leurs actions.

Flavia Micilotta, directrice Luxembourg Green Exchange

Comme premier objectif, Flavia Micilotta et Julie Becker, à qui elle rapportera en direct, ont pointé l’éducation à la fi­nan­ce responsable de l’ensemble de la communauté financière. Elles entendent d’ailleurs prendre très rapidement des initiatives en ce sens. «Cela pourrait très bien prendre la forme de mo­dules pédagogiques, via la vidéo ou d’autres supports, de collaborations avec l’Université, voire de formations certifiantes à la finance éthique. Mais c’est en tout cas une priorité d’en faire comprendre les enjeux et d’en expliquer le potentiel», con­vien­nent les deux nouvelles collègues, qui se sont rencontrées, dès 2017, au sein du groupe d’experts de haut niveau de la Com­mission européenne pour une finance responsable.

Mais la bourse luxembourgeoise veut aussi intégrer de nouveaux produits et outils dans son activité. En termes de produits, elle voudrait s’étendre à de nouvelles catégories de produits financiers; des indices, mais aussi la titrisation de produits financiers responsables tels que les nouveaux prêts verts. En ce qui concerne les outils, Julie Becker estime que l’institution doit s’orienter de plus en plus vers de nouveaux outils digitaux. «Aujourd’hui, les investisseurs veulent donner du sens à leurs actions. Notre rôle est de répondre à leurs besoins, et la manière d’y répondre passe par une plus grande digitalisation pour permettre notamment aux émetteurs de rendre des comptes aux investisseurs.»