Compétitivité

La compétition internationale va s’intensifier

Malgré un niveau de richesse inégalé en Europe, le Luxembourg connaît lui aussi des problèmes pour assurer sa croissance pour le futur. La compétition est de plus en plus ouverte entre les États pour attirer les talents et les investissements et, à ce jeu, il n’est pas sûr que le Grand-Duché en sorte gagnant.

Le choix de Knauf Insulation d’installer sa nouvelle unité de production de laine de roche en Moselle française plutôt que dans le sud du Luxembourg doit faire réfléchir plus loin que les slogans de campagne électorale. Effectivement, il y a eu des discours opposés à un investissement dont le pays n’aurait rien eu à gagner. Mais les dirigeants de Knauf ont certainement poussé un peu plus loin leurs études pour analyser les avantages et inconvénients des deux localisations avant de se lancer dans un projet de cette taille. Or, la nouvelle étude IMD le montre, le Grand-Duché reste fragile sur certains points importants aux yeux des entrepreneurs, même si son état de santé économique global reste bon, voire même très bon.

En un an, entre les classements 2017 et 2018, le Luxembourg a perdu trois places au classement mondial de la compétitivité développé, depuis 1989, par le bureau de recherche suisse IMD. Certains diront que ce n’est pas grave. De fait, en glanant une onzième place, le Grand-Duché reste parmi les économies les plus performantes sur les 63 pays étudiés dans le cadre de l’IMD World Competitiveness Yearbook.

Ce classement est en partie réalisé sur base des indicateurs statistiques, qui ne trompent pas, mais aussi en tenant compte de l’opinion des décideurs économiques et des dirigeants d’entreprise. Ce qui laisse place à la perception et, sans doute, à une plus ample fluctuation. Divisée en quatre piliers – les performances économiques, l’efficacité des pouvoirs publics, l’environnement des affaires et la qualité des infrastructures – l’enquête tient compte au final de 260 critères.

Onzième cette année, huitième un an plus tôt, le Luxembourg revient à sa position de 2016 et, en fait, à une position qui a fréquemment été la sienne au cours des dernières années. Il n’y a donc pas péril en la demeure, mais sans doute faudra-t-il tirer des enseignements de certaines appréciations qui tirent la sonnette d’alarme quant à la compétitivité et la capacité d’attraction du pays.

Ceci dit, le recul du Luxembourg doit être aussi remis en perspective dans une phase de retrait généralisée des économies européennes face au reste du monde. Même si, jusqu’à présent, elles sont encore largement présentes dans le top 10. Et on peut encore pointer que, par rapport à ses voisins directs, le Grand-Duché reste largement gagnant, sauf vis-à-vis des Pays-Bas qui ont gagné 10 places en cinq ans et pointent désormais à la quatrième place. Mais, même l’Allemagne, encore sixième il y a cinq ans, s’est depuis laissée distancer.

Personne, dans l’ensemble, ne semble remettre en question la performance économique du pays. Sur ce premier pilier, le pays se situe en quatrième position, perdant quand même une place par rapport à 2017. Mais les sous-piliers du «commerce international» (4place) et «investissements internationaux» (2place) continuent à le tirer vers le haut. Par contre, et c’est là que ça coince, le sous-pilier «économie nationale» dévisse de la 11à la 23position.

Ce qui est reproché au modèle luxembourgeois, c’est que sa croissance est avant tout quantitative, tirée par l’emploi. On attend désormais du pays qu’il mette en place les éléments d’une croissance qualitative, faisant de plus en plus appel à l’innovation. Mais pour cela, il faut pouvoir faire appel à des nouveaux talents et là aussi notre pays perd des places par rapport aux économies concurrentes.

Puis, il y a la variable «prix». L’enquête d’IMD observe une augmentation de 2,06% des prix à la consommation en 2017 contre seulement 0,11% en 2016. Mais ce n’est pas le point le plus crucial. Année après année, le rapport, dans son chapitre sur le Luxembourg, pointe la cherté des loyers. Il pointe à la 52e place pour les loyers d’appartement et à la 44e pour les loyers de bureau. Trop haut pour un pays qui doit attirer des talents et des investisseurs. L’impression est par ailleurs confirmée par l’étude annuelle de la banque suisse UBS qui classe les villes plus chères du monde. En tenant compte du coût des loyers, Luxembourg-ville se classe onzième des métropoles au coût de la vie le plus élevé et recule au quinzième rang si l’on ne tient pas compte des loyers.

D’autres facteurs de risque sont encore mentionnés dans l’IMD World Competitiveness Yearbook, dont le système de pensions – fragile à long terme – et la fiscalité des entreprises. Malgré une réforme en cours, le Luxembourg reste très «cher» fiscalement dans un environnement international où la compétition s’accroît pour attirer des investissements étrangers en proposant des taux d’imposition les plus réduits possible. À ce niveau, le classement IMD place le Luxembourg à la 44e place. La baisse progressive de l’impôt des sociétés ne semble d’ailleurs pas arranger les choses, le pays continue à perdre des places année après année. Il était en 38e position en 2014, avant le lancement de la réforme. C’est sans doute que les autres pays font encore des efforts plus conséquents.

Enfin, le pays garde son tendon d’Achille dans les infrastructures. D’importants progrès avaient pourtant été enregistrés dans les «infrastructures de base», notamment au niveau du transport aérien et de la logistique routière. Mais la perception des entrepreneurs se dégrade notamment par le sentiment d’une situation qui se complique fortement sur les axes routiers.

Les infrastructures technologiques restent aussi largement à améliorer selon l’étude qui, ici aussi, pointe le regret des entrepreneurs face aux difficultés de recruter du personnel compétent dans le domaine du digital et des ingénieurs qualifiés. Dans ce domaine aussi, la compétition est de plus en plus féroce avec les autres pays qui ont bien compris les enjeux de la transformation technologique en cours.