Chronique financière

La Chine entérine la route de la soie du 21e siècle

09 Novembre 2017 Par Fredrik Skoglund (BIL)
Frederik Skoglund, (BIL)
Avec une enveloppe de 1.400 milliards de dollars américains au moins consacrée aux infrastructures, la BRI serait 12 fois plus importante en termes absolus que le montant du plan Marshall. (Source: Bloomberg/BIL)

Lors du 19e Congrès national du parti communiste chinois, qui s’est tenu du 18 au 24 octobre, l’ambitieuse «Belt and Road Initiative» (BRI) du président Xi Jinping a été inscrite dans la Constitution du parti. Cette démarche souligne l’importance du projet et traduit l’engagement sans faille consacré à la réalisation de cette vision.

Dévoilée pour la première fois en 2013, l’initiative porte sur une série d’accords commerciaux bilatéraux et de projets d’infrastructures interconnectés qui visent à relier la Chine à 68 pays d’Asie centrale, du Moyen-Orient, d’Europe et d’Afrique. Ensemble, les pays impliqués représentent environ un tiers de l’économie mondiale. Cette initiative est née des inquiétudes concernant le ralentissement de la croissance chinoise et sa surproduction. Les partisans de la BRI estiment que le projet contribuera à combler le déficit d’infrastructures mondial, à favoriser la croissance dans les pays en développement et à renforcer les échanges commerciaux, tout en générant un retour pour les investisseurs.

One Belt, One Road (Photo: Bloomberg, BIL)

La Lloyd’s List, revue spécialisée sur les transports maritimes, note qu’avec une enveloppe de 1.400 milliards de dollars américains au moins consacrée aux infrastructures, la BRI serait 12 fois plus importante en termes absolus que le montant du plan Marshall. Cette année déjà, une étape importante a été franchie lorsqu’un train de marchandises a relié la Chine à Londres en 18 jours.

Le gouvernement chinois a renforcé son contrôle sur les acquisitions étrangères des entreprises du pays, tout en favorisant celles qui s’inscrivent dans le cadre de la BRI. Les investissements des sociétés chinoises dans les pays couverts par l’initiative se sont multipliés, à l’image du rachat de Global Logistic Properties à Singapour par un consortium de «private equity» chinois pour 11,6 milliards de dollars américains. Une étude de PricewaterhouseCoopers (PwC) indique que cette initiative offre de nombreuses opportunités de partenariat pour les entreprises et les investisseurs internationaux avec des entreprises chinoises. Deloitte a récemment investi 200 millions de dollars supplémentaires dans ses activités en Chine, dont 40 millions ont été utilisés directement pour aider des entreprises chinoises à participer à la BRI.

Une demande en hausse

Les opportunités perçues sont telles que différents fonds cotés (ETF) ont fait leur apparition, offrant une exposition aux sociétés impliquées dans le projet BRI. Certains jugent cependant que ce projet est trop ambitieux, compte tenu des différences entre les régimes réglementaires des pays impliqués. En octobre, Bloomberg a indiqué que 60% des partenaires de la BRI étaient considérés comme des investissements spéculatifs, ou n’étaient pas notés, à l’exemple de la Syrie. Les investisseurs et les entreprises devront donc faire preuve de prudence en choisissant les programmes auxquels ils souhaitent participer.

Dans l’ensemble, la Chine est le moteur de la croissance mondiale. D’importantes dépenses publiques et une réduction de sa surcapacité devraient soutenir l’indice des prix à la production chinois. Les efforts consacrés au projet devraient doper les marchés de matières premières comme le ciment et l’acier. BHP Billiton, première compagnie minière au monde, estime que le projet pourrait créer une demande suffisante pour faire tourner les aciéries chinoises au niveau actuel pendant 10 ans. Une telle demande pour les matières premières pourrait faire grimper l’inflation et entraîner une hausse progressive des rendements à long terme.