Présidence de l’Eurogroupe

La candidature de Gramegna ne plaît pas à Paris

14 Novembre 2017 Par Jean-Michel Hennebert
Pierre Gramegna et Jean-Claude Juncker
Outre l’absence de soutien français, la candidature de Pierre Gramegna se heurte au fait que le Luxembourg occupe déjà un poste important, avec Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission. (Photo: Commission européenne/archives)

Présenté comme l’un des favoris pour succéder à Jeroen Dijsselbloem à la présidence de l’Eurogroupe, le ministre des Finances luxembourgeois ne ferait pas l’unanimité. La France lui reproche d’incarner les dérives de l’évasion fiscale.

Si Bloomberg et le Financial Times évoquent ouvertement la possibilité de voir Pierre Gramegna (DP) prendre la tête de l’Eurogroupe, la France serait loin de partager cet avis. «L’urgence aujourd’hui, c’est de mettre en place des outils sérieux de lutte contre l’évasion fiscale! Comment un ministre des Finances en place du Luxembourg pourrait y contribuer?», s’interroge une source diplomatique française, citée par le site Euractiv.

Pour Paris, donner au Luxembourg la présidence de l’Eurogroupe, qui regroupe les 19 ministres de la zone euro, irait à contre-courant de la nouvelle impulsion souhaitée pour l’UE. Le Grand-Duché ferait donc partie de «l’ancien monde», puisqu’opposé fréquemment aux réformes proposées en matière fiscale. «Juncker joue le jeu, mais ses compatriotes non», assure une source de la Commission européenne, toujours citée par le site d’actualité européenne, en référence au retard pris par le Grand-Duché pour la transposition de la quatrième directive anti-blanchiment. Cette dernière, prise dans le cadre de la lutte antiterroriste, devait officiellement faire son entrée dans le droit luxembourgeois au 26 juin 2017 au plus tard. Déposé à la Chambre le 26 avril dernier, le texte poursuit actuellement son parcours législatif.

La France, dont le candidat Bruno Le Maire s’est retiré de la course, devrait donc apporter son soutien à Peter Kazimir, ministre des Finances slovaque, même si l’ancien vice-président du pays ne possède pas un poids politique suffisant. Ce qui ne serait pas le cas de Pierre Gramegna, ministre des Finances d’un pays noté triple A de manière ininterrompue par les principales agences de notation et potentiellement soutenu par l’Allemagne. Les autres candidats évoqués ne sont autres que le Portugais Mario Centeno et l’Italien Pier Carlo Padoan. Le nom du successeur officiel de Jeroen Dijsselbloem à la tête de l’Eurogroupe sera dévoilé le 4 décembre prochain, pour un mandat de deux ans et demi.