Banques

La bataille du digital

06 Avril 2018 Par Audrey Somnard
Pour gagner du temps, les clients de banques privilégient les outils digitaux afin d’effectuer leurs opérations à tout moment. (Photo: Licence C.C.)

Si des banques 100% digitales se développent en Europe, les banques traditionnelles répliquent sur ce même terrain. Le point sur la situation au Grand-Duché.

Finis les détours par l’agence bancaire pour effectuer des opérations courantes comme les virements. Les clients de banques privilégient désormais les outils digitaux pour gagner du temps et effectuer leurs opérations à toute heure. Les banques traditionnelles l’ont bien compris et se digitalisent d’elles-mêmes: «Les agences physiques ferment car elles sont moins fréquen­tées, on peut désormais tout faire en ligne, le web banking des ban­ques traditionnelles est très efficace», estime Marc Hem­merling, general counsel digital banking, fintech & payments à l'ABBL. Si aucune «néobanque» n’est pour le moment installée au Luxem­bourg, l’ABBL estime que des projets de banques digitales avec une licence nationale sont à l’étude: «Nous avons de nouvelles banques 100 % digitales qui vont voir le jour, des projets concrets sont en cours.» Ainsi, la banque digitale Hush, basée au Luxembourg, attend les vérifications d’usage et le feu vert de la CSSF pour lancer une offre en bitcoin, ce qui serait une première pour le pays. Le gendarme de la place financière n’apprécie néanmoins pas du tout que le cas Hush soit évoqué avant que la licence ne soit délivrée.

Une limite de taille

Si elles se développent en Europe, avec un succès relatif auprès des clients plutôt jeunes, comme c’est le cas avec N23, Monzo, Bunq ou encore Revolut, Marc Hemmerling voit une li­mite de taille: «Comment se rému­nèrent-elles? Ces banques 100 % digitales, a priori sans frais pour leurs clients, ont un business model sans agence, ce qui limite les coûts de fonctionnement, mais elles restent des entreprises privées qui doivent couvrir leurs frais. Si leur modèle se limite à la vente de leurs données, elles ne vont bientôt plus pouvoir le faire grâce à la directive européenne sur la protection des données. Même si l’on tente de faire croire le contraire, rien n’est gratuit.» Pascal Martino, digital leader chez Deloitte Luxembourg, souligne la taille restreinte du marché national comme principale barrière pour maintenir le rythme numérique. «La transformation numérique représente un inves­tissement considérable. Au cours des dernières années, la plupart des banques au Luxem­bourg se sont attelées en priorité à se conformer aux nouvelles réglementations, et par conséquent, l’amélioration de leur offre numérique prend du temps.»

Approche omnicanale

La Bil a opéré quant à elle un virage digital depuis deux ans environ, des marchés prioritaires ont été définis. Elle est d’ailleurs devenue la première banque au Luxembourg à proposer des services 100 % mobiles. «Le but est de faciliter l’accès pour les clients, tout en maintenant une relation clientèle, explique Olivier Debehogne, head of retail and digital banking. L’approche est omnicanale: dans quelques semaines, il sera possible d’ouvrir un compte à la Bil à partir de son smartphone. Nous avons énormément investi dans le digital, mais aussi dans le relationnel avec nos chargés de relations. Au Luxembourg, les acteurs traditionnels ont un peu coupé l’herbe sous le pied des banques directes. Partir de rien est de­­venu très compliqué.» Pour ce dernier, la menace vient principalement des Gafa: «Ils vont se positionner sur certains secteurs, comme c’est déjà le cas avec l’Apple Pay.»