À la Chambre

Juncker à Bettel: «Où est le renouveau?»

11 Décembre 2013 Par Paperjam.lu
Les accolades de la veille ont cédé la place aux réponses de chaque parti.  (Photo: Christophe Olinger)

L’ancien Premier ministre a donné sa première intervention politique en tant que chef de groupe dans l’opposition. Il regrette que le programme du gouvernement ressemble à celui de l’ancien exécutif.

Oubliées les accolades lors de la passation de pouvoir à l’Hôtel de Bourgogne jeudi dernier ou la salutation cordiale d’hier mardi en ouverture de séance. Xavier Bettel, Premier ministre et Jean-Claude Juncker, chef de file de l’opposition CSV, sont entrés dans leurs habits politiques respectifs à la Chambre des députés.

Et après l’allocution du Premier hier, le second a, durant un peu plus d’une heure et 45 minutes, livré ce mercredi sa vision et celle de son parti à l’égard de la feuille de route validée par le DP, le LSAP et Déi Gréng pour les cinq prochaines années.

Toute ressemblance….

«Où est le renouveau?» La question posée par Jean-Claude Juncker résume en quelques mots l’opinion de celui qui a dirigé le pays pendant 18 ans. Il voit en effet dans le programme gouvernemental une continuité de l’action entamée précédemment voire une copie de la politique du précédent exécutif.

«Je ne peux pas parler de renouveau. On peut d’ailleurs remarquer la continuité prônée tant dans les finances publiques que dans l’économie», a expliqué l'ex-Premier, tout en mettant en garde contre certaines nouvelles idées comme l’introduction d’intérêts notionnels ou encore l’adhésion à la taxe sur les transactions financières si celle-ci s’applique au niveau mondial.

Égrainant une série de réformes (dont celles de la Constitution et de la Justice), Jean-Claude Juncker en a profité pour indiquer que les idées défendues par la majorité avaient été, sinon déjà mises en place, proposées par les chrétiens sociaux dans leur programme.

Renvoyés dos à dos

Et Jean-Claude Juncker de renvoyer dos à dos les nouveaux partenaires en soulignant les compromis que chaque camp a accepté de faire pour monter au gouvernement, de la suppression de l’impôt sur la fortune (idée socialiste) au maintien de l’index que les libéraux voulaient abolir.

S’attardant sur la proposition de référendum prévu pour 2015 concernant l’abaissement du droit de vote dès 16 ans, le droit de vote des résidents étrangers, la limitation des mandats ministériells, le financement des cultes et – après un premier vote parlementaire – la nouvelle Constitution, Jean-Claude Juncker s’est voulu prévenant. Il ne faudrait pas, selon lui, organiser des consultations populaires là où des questions peuvent être tranchées par la Chambre. L’ancien Premier voit aussi un risque de clivage au sein de la société en agissant de la sorte.

Des défis qui doivent rassembler

Très politique, Jean-Claude Juncker a rappelé en fin d’intervention que son parti restait «le grand vainqueur des élections», malgré sa perte de voix. Tout en taclant le fait que le gouvernement compte plus de ministres que le précédent.

«Le CSV doit se demander pourquoi personne ne voulait gouverner avec lui», a lancé Eugène Berger, nouveau chef de groupe du DP lors de sa prise de paroles suivant celle de Jean-Claude Juncker.

Des élus qui doivent ajuster leur costume de gouvernant, des anciens ministres qui doivent trouver leur place dans une opposition se déclarant «constructive», la séance de ce mercredi avait des airs de prolongation de la campagne électorale, entre les attentes des uns et les rancœurs refoulées depuis les négociations post 20 octobre chez les autres.

Or les défis restent entiers pour le Luxembourg. Et dans ce cas, comme le font remarquer les observateurs et acteurs économiques, il n’est plus question d’un camp ou de l’autre mais bien de l’avenir d’un pays.