#Femaleleadership

«Je voulais faire tomber les barrières»

19 Juillet 2018 Par Audrey Somnard
Marie-Adélaïde Leclercq-Olhagaray a co-fondé Wide pour promouvoir la place des femmes dans le secteur des nouvelles technologies.
Marie-Adélaïde Leclercq-Olhagaray a cofondé Wide pour promouvoir la place des femmes dans le secteur des nouvelles technologies. (Photo: Maison Moderne)

À travers la série #FemaleLeadership, des femmes du monde économique évoquent leur parcours et leur position-clé dans chacun de leur secteur d’activité. Aujourd’hui, Marie-Adélaïde Leclercq-Olhagaray, cofondatrice et chairwoman de Women in Digital Empowerment (Wide).

Cette passionnée de littérature classique du 19e siècle a dû s’adapter pour rentrer dans le monde de la tech. Elle s’est formée seule et a vu une grande opportunité pour les femmes de s’y faire aussi une place.

Madame Leclercq-Olhagaray, quel était votre rapport au monde des start-up avant de créer Girls in Tech (devenue entre-temps Wide)?

«Je n’y connaissais rien du tout! J’ai une formation classique en littérature et géographie, j’étais à l’origine consultante dans le monde de l’audiovisuel à Paris. J’adorais la relation avec les clients, comprendre leurs besoins, répondre à des demandes non formulées, etc.

Mais parallèlement, j’ai lancé avec trois amies un blog littéraire intitulé ‘Lectrices & the city’. Je suis une grande passionnée de littérature, je dévore et je dévore des livres pendant mon temps libre. Ce blog a très bien marché, car nous étions très différentes, ce qui permettait de couvrir un vaste pan de la littérature.

Finalement, c’est grâce à ce blog que je me suis familiarisée avec de nouvelles pratiques, je suis devenue community manager en faisant grandir notre communauté de blogueurs. L’aventure a duré trois ans, puis chacune ayant des vies très chargées, le blog s’est terminé.

Côté professionnel, les choses ont bougé également?

«J’ai rejoint la start-up Edit-Place à ses tout débuts, au départ en tant que salariée, puis j’ai pris des parts. J’ai saisi cette opportunité, car j’ai eu un coup de foudre professionnel pour les associés. Je suis devenue commerciale, un nouveau challenge pour moi, mais ça a très bien marché, car je concevais des produits en fonction des besoins des clients.

J’avais tellement peur de me faire rembarrer au téléphone par des inconnus que j’ai énormément développé mon réseau, ça a été ma technique pour contourner cet obstacle.

J’ai dû me former seule, car je n’avais pas le même vocabulaire que les équipes techniques.

Marie-Adélaïde Leclercq-Olhagaray, cofondatrice et chairwoman de Wide

Vous avez découvert un nouveau monde?

«Edit-Place est concentré sur le contenu, mais j’ai dû me former seule sur les techniques de SEO (référencement naturel), car je n’avais pas le même vocabulaire que les équipes techniques, il fallait qu’on parle le même langage. Par ce biais je me suis beaucoup informée, notamment en m’intéressant à ‘Girls in Tech’ à Paris. Je me suis donc associée à Marina Andrieu il y a cinq ans pour décliner Girls in Tech ici.

Chez Edit-Place, j’ai vite remarqué qu’aux soirées IT, il n’y avait que des hommes. Mais nous avons désormais besoin de digital dans quasi tous les métiers désormais, il faut démystifier ces notions.

Quand je suis arrivée au Luxembourg il y a cinq ans, je me suis sentie à ma place. J’ai continué à faire des allers-retours à Paris, à faire du télétravail pendant quelques mois, mais à la naissance de mon troisième enfant, je me suis dit que ce n’était plus gérable.

Quelle était la recette de Girls in Tech, devenue entre-temps Women in Digital Empowerment (Wide)?

«Marina Andrieu avait noté, côté RH, qu’il y avait une demande pour plus de femmes dans le milieu IT et de la tech en général. La troisième, Annabelle Buffart, était la seule développeuse de l’équipe. Elle a été découragée par ses professeurs de poursuivre une carrière de développeuse et voulait au contraire encourager les jeunes filles à s’y intéresser.

Nous voulions donner des exemples de ‘role model’ lors de conférences, donner plus de visibilité aux femmes dans le monde de la tech. Nous avons par exemple organisé la conférence ‘Women in Fintech’ pour montrer que les femmes sont là. Du coup, ces oratrices sont réinvitées pour d’autres événements, car elles sont reconnues.

Je voulais allumer la flamme, faire ouvrir les yeux sur le manque de représentation des femmes et faire tomber les barrières.

Au début, nous étions seules à croire en ce projet, puis la prise de conscience a décollé, nous avons été rejointes et reconnues. Aujourd’hui, il y a 20% d’hommes dans nos événements de networking, c’est important qu’ils soient là aussi.

La bienveillance est un moteur pour moi, c’est une valeur qui me porte au quotidien.

Marie-Adélaïde Leclercq-Olhagaray, cofondatrice et chairwoman de Wide

Est-ce que vous avez appliqué ces méthodes dans votre parcours professionnel?

«Après Edit-Place, je suis devenue communication manager pour le cabinet d’avocats Arendt. Au fur à mesure que j’avais des équipes à gérer, le management est devenu un plaisir, j’ai finalement grandi avec mon équipe.

Je travaille étroitement avec la DRH, je participe au réseau interne ‘Diversity Network’, car je suis consciente des problèmes et je mets les moyens pour y arriver.

Avec toutes ces activités, comment avez-vous trouvé votre équilibre avec votre vie privée?

«Pendant des années, j’ai cherché à endosser les rôles que doivent endosser les femmes, mais tous à la fois. Il y a trois ans, j’ai réalisé une chose fondamentale: tous ces rôles doivent être en rotation. Quand je travaille, je suis à 100% sur ce que je fais, même chose quand je m’occupe de mes enfants, et ainsi de suite. Depuis, je le vis beaucoup mieux, et je me suis ôté beaucoup de culpabilité. La bienveillance est un moteur pour moi, c’est une valeur qui me porte au quotidien.

J’ai besoin de m’épanouir dans mon travail, donc je me suis organisée: nounou, jeune fille au pair ou gouvernante, je préfère être zen en journée et avoir la tête libre. Et puis, si c’est bon pour soi, c’est bon pour les enfants. J’ai trois fils qui grandissent avec l’idée qu’une maman qui travaille beaucoup, c’est parfaitement normal.

Mais il n’y a pas de modèle à calquer, ce qui me convient ne conviendra peut-être pas à d’autres. Ce qui est également fondamental, c’est d’avoir un partenaire qui soutient ses choix, ce qui a été mon cas. Il faut se faire confiance, et surtout s’écouter.»

Le CV de Marie-Adélaïde Leclercq-Olhagaray en trois dates-clés:

2011 – participe au lancement de la start-up Edit-Place

2014 – fonde l’asbl Wide (Women in Digital Empowerment – anciennement Girls in Tech Luxembourg), qu’elle continue de présider

2015 – rejoint Arendt, où elle occupe désormais la fonction de communication manager


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