Guillaume de Posch (RTL Group)

«Je crois en la spécialisation des métiers»

aujourd'hui Interview par Thierry Raizer
Guillaume de Posch (RTL Group)
«Nous sommes dans un phénomène de continuation, voire d’amplification de la stratégie du groupe qui était et reste la bonne: celle de la ‘total video’», affirme Guillaume de Posch. (Photo: Edouard Olszewski)

Le co-CEO de RTL Group, qui vient de publier ses résultats trimestriels, revient sur la manière dont le groupe s’adapte aux grandes tendances du marché, sans trop s’éloigner de son cœur de métier.

M. De Posch, RTL Group a publié ce jeudi des résultats en hausse pour le 3e trimestre. Comment se porte globalement le groupe à quelques semaines de la fin de l’année?

«Il tourne sur six cylindres! Les choses se profilent très bien, avec une prévision de la croissance du chiffre d’affaires et de l’Ebitda 2017. Nos résultats trimestriels nous ont montré que notre core business dans les marchés clés que sont l’Allemagne et la France affichent de belles performances, tant en termes d’audience que de recettes publicitaires, alors que ces marchés publicitaires ne sont pas en croissance.

Au niveau du contenu, via notre filiale FremantleMedia, nous regagnons en Ebidta par le fruit du travail de l’équipe, ici aussi autour du core business, à savoir la production d’émissions phares. Nous avons, par exemple, renouvelé ‘American Idol’ pour 2018.

Quant au digital, après avoir mis en place notre stratégie il y a cinq ans, nous atteignons déjà 12,9% de nos recettes au cours des neuf premiers mois de cette année. Nous sommes en phase avec les objectifs fixés grâce à une croissance organique et des acquisitions, principalement aux États-Unis, qui constituent un marché cible. Nous avons finalisé l’acquisition complète de SpotX. SpotX et Smartclip fonctionneront en une seule entreprise intégrée de technologie publicitaire en vidéo programmatique d’ici la fin 2018.

Comment voulez-vous répondre à la pléthore d’offre de contenus et de canaux potentiels pour les annonceurs en digital?

«Nous misons tout d’abord sur la verticalisation, à savoir des offres en ligne clairement définies, comme c’est le cas par exemple avec StyleHaul qui est centrée sur l’univers de la mode et de la beauté. Les annonceurs sont à la recherche de contenus ciblés et de marques établies sécurisées dans l’univers en ligne. La télévision ‘classique’ constitue aussi une réponse puisqu’elle se place clairement sur le segment premium et nous permet de contrôler entièrement l’écosystème éditorial.

Le facteur de gratuité pour le consommateur joue en notre faveur.

Guillaume de Posch, RTL Group

Êtes-vous surpris de la résilience de la télévision qui se retranscrit dans vos résultats?

«Pas vraiment et pour quatre raisons. C’est le seul médium qui est capable de proposer aux annonceurs d’atteindre par exemple 5 à 10 millions de téléspectateurs à un instant T alors que l’univers de l’internet est extraordinairement atomisé. Le caractère premium de la télévision s’explique aussi par sa ‘curation’ d’influences extérieures non voulues, comme des contenus offensants ou à caractère illicite, que l’on voit parfois  sur des sites en ligne. Troisièmement, la télévision reste un média de proximité, avec des contenus produits localement. Enfin, le facteur de gratuité pour le consommateur joue en notre faveur, car le gratuit sera toujours plus attrayant que le payant pour celui-ci.

Quid de l’évolution de la radio qui représente 4% de votre chiffre d’affaires?

«Les radios continuent à avoir leur poids et le média radio reste puissant, car c’est un média de proximité. J’ajoute que ce média offre l’avantage d’une maîtrise des coûts d’exploitation.

Pensez-vous investir dans le DAB?

«Je crois au streaming et au podcast, pas au DAB. Selon moi, c’est une technologie qui a été dépassée par le net, tout simplement.

Nous n’étions pas en retard en Belgique, mais plutôt dans une gestion prudente des moyens.

Guillaume de Posch, RTL Group

Comment va évoluer la situation en Belgique où un plan de transformation a été mis en place, avec une réduction d’une centaine d’effectifs?

«La Belgique connait une situation très difficile avec d’une part un marché publicitaire en repli, et d’autre part l’arrivée récente de TF1 sur ce marché. Ces deux éléments nous ont obligés à réagir avec un plan de transformation, qui est actuellement en négociation avec les représentants des salariés. L’arrivée de TF1 a été un facteur déstabilisant, quand vous savez que le marché publicitaire TV en Belgique francophone représente quelque 170 millions d’euros. Avec une base de 15% d’audience pour TF1, on peut imaginer l’impact sur les recettes publicitaires de nos chaînes.

Comment expliquez-vous que la composante belge du groupe ait été en retard sur sa transformation digitale, l’un des facteurs qui ont aussi été mis en avant pour expliquer ce plan de transformation?

«En opérant sur un marché relativement restreint, le management de RTL Belgium n’a pas voulu, à juste titre, développer ses propres outils, mais attendait que le groupe les lui apporte. Par exemple, RTL Belgium va donc être doté de la même technologie que celle développée par le Groupe M6 pour lancer son offre non-linéaire de VOD. Nous n’étions pas en retard en Belgique, mais plutôt dans une gestion prudente des moyens.

D’autres transformations de ce type sont-elles à prévoir dans le groupe?

«Nous avons toujours des plans d’évolution à des degrés divers, par exemple en France avec le regroupement de RTL radio et du Groupe M6 qui vise à renforcer notre offre publicitaire, à moderniser l’outil de production et à gagner en efficience opérationnelle.

Quel est l’agenda du rapprochement des équipes françaises?

«Les choses se déroulent conformément au plan, le ‘closing’ du deal s’est fait le 2 octobre dernier. La phase de déménagement des locaux historiques de la rue Bayard vers un site flambant neuf à Neuilly pour RTL se poursuit. Les deux antennes garderont leurs spécificités, tout en intégrant les fonctions de support selon un schéma que nous connaissons déjà bien par ailleurs, à savoir en Belgique et au Luxembourg.

Lorsqu’on excelle dans un domaine, il faut rester focalisé sur des objectifs simples.

Guillaume de Posch, RTL Group

Quelles sont les perspectives du groupe pour 2018?

«Nous sommes dans un phénomène de continuation, voire d’amplification de la stratégie du groupe qui était et reste la bonne: celle de la  ‘total video’. Notre métier de base est de produire, d’agréger, de diffuser et de monétiser de la vidéo sur tous supports. Nous exerçons notre métier de base dans un univers marqué de plus en plus par internet. Je crois véritablement en la spécialisation des métiers. Lorsqu’on excelle dans un domaine, il faut rester focalisé sur des objectifs simples, ne pas chercher à se diversifier trop loin du core business, car chaque métier a sa propre spécificité. 2018 restera probablement compliquée sur le plan macroéconomique, mais nous comptons bien réussir nos paris.

En restant vigilants vis-à-vis de concurrents, comme Amazon ou Netflix…

«Ce sont de nouveaux concurrents qui traversent les frontières. Il n’y a plus de Schengen dans internet. Ce phénomène nous incite à accélérer notre globalisation, tout en gardant une approche locale, avec un focus très clair sur l’Europe et les États-Unis.

L’intelligence artificielle est-elle à votre agenda?

«C’est un sujet qui nous intéressera sur le long terme. Nous devons d’abord maîtriser la gestion des données de nos téléspectateurs, qu’il est possible d’exploiter en toute conformité avec le cadre réglementaire qui devient complexe, notamment dans la perspective de la mise en place des directives GDPR et ePrivacy. Ces deux régulations codifient de manière stricte l’utilisation de données. C’est tout à fait légitime, mais le texte est à mettre en équilibre avec les modèles économiques des acteurs du marché.»