Argent comptant

«J’ai un côté luthérien»

08 Mai 2018 Par Jean-Michel Lalieu
Tonika Hirdman
Tonika Hirdman prend la pose au Mudam, soutenu par différentes entités de la Fondation de Luxembourg. (Photo: Edouard Olszewski)

Tous les mois, dans Paperjam, une personnalité influente du Grand-Duché se livre à notre interview «Argent comptant». Au tour ce mois-ci de Tonika Hirdman, directrice générale de la Fondation de Luxembourg.

Donner, c’est donner

Votre devise en matière d’argent?

«’Ce n’est pas celui qui en a le plus qui est riche, mais celui qui en donne le plus.' Il s’agit d’une citation du psychologue allemand Erich Fromm. J’aime cette phrase parce que je constate que, de plus en plus, l’argent est utilisé comme un moyen de mesurer le succès personnel. C’est très regrettable. Si la liste des 500 plus grandes fortunes de Forbes était remplacée par celle des plus grands donateurs, le monde serait très différent.

Et vous, pour quelles causes pourriez-vous vous montrer la plus généreuse?

«Celles qui travaillent pour les enfants vulnérables, notamment ceux qui sont victimes de conflits. Ce sont des êtres innocents et qui représentent le futur.

Vous pratiquez vous-même le bénévolat?

«Je donne de l’argent pour certaines causes, mais j’ai aussi dédié ma vie professionnelle à faciliter la philanthropie en canalisant des fonds pour des causes qui en ont besoin. Je considère donc que plus je donne de mon temps dans mon travail, plus j’aurai un impact.

Gaspillage

Un exemple de dépense « stupide », selon vous?

«Il y en a beaucoup, mais je regrette avant tout le gaspillage alimentaire. Toutes ces dépenses qui finissent à la poubelle alors qu’il y a tant de gens dans le besoin. Je suis moi-même coupable, on achète tous trop et on laisse passer les dates de validité.

Et une qui énerve, mais à laquelle on n’échappe pas?

«Il y a quelque chose qui m’énerve vraiment, c’est ce matériel électronique qui cesse de fonctionner après deux ans et qu’il faut constamment remplacer. Je n’aime pas l’idée que
l’on se soit habitué à jeter les choses plutôt qu’à les réparer. Or, c’est de plus en plus le cas.

Luthérienne

Des choses pour lesquelles vous ne regardez pas à la dépense?

«Il n’y en a pas vraiment. J’ai un côté luthérien, je réfléchis donc sérieusement avant de passer à l’achat.

Avez-vous déjà connu des problèmes financiers?

«Non, pas vraiment, mes parents étaient tous les deux fonctionnaires. Nous n’avons donc jamais été très riches, mais nous n’avons jamais connu de problèmes financiers non plus. En plus, je suis plutôt économe, je ne vis jamais au-dessus de mes moyens.

Est-ce que vous budgétez vos dépenses mensuelles?

«Jusqu’à un certain point, oui. Avec mon mari, nous partageons la gestion de nos dépenses privées. Nous planifions les dépenses pour pouvoir mettre de l’argent de côté afin de réaliser des voyages. Toujours ce côté luthérien… [rires]. Les gens d’Europe du Nord sont bien organisés, structurés.

Craquer… ou pas

Le cadeau que vous vous êtes offert avec votre premier salaire?

«Étudiante, je travaillais le week-end dans un supermarché à Stockholm. J’ai donc pu m’offrir un nouveau vélo. Aujourd’hui encore, je reste passionnée de vélo, mais toujours en tant que moyen de transport.

Pour quel luxe sacrifiez-vous occasionnellement de l’argent?

«Pour voyager. Pas plus tard que ce dimanche, je pars à Cuba, pour une traversée du pays (l’interview a été réalisée à la fin mars, ndlr). J’ai souvent voyagé, c’est un peu dans mes gènes. J’aime voir des choses différentes.

Votre dernier achat plaisir?

«J’ai récemment craqué pour une aquarelle dans une galerie au centre de Luxembourg. C’était vraiment un achat spontané et qui me donne beaucoup de plaisir. Je ne suis pas du tout collectionneuse d’art, mais celle-là a vraiment attiré mon attention.

Plus actions que fonds

Investissez-vous à titre personnel?

«Un peu, oui, pour assurer de l’épargne. Et quand je le fais, j’investis plutôt dans des actions que dans les fonds, que je trouve assez coûteux. Le dernier investissement que j’ai fait était assez particulier, j’ai acheté des actions d’une plantation de noix de pécan en Argentine. C’est un projet mené par un ami. Je crois beaucoup en ce projet, la noix de pécan est un aliment très nutritif, il peut donc apporter de la valeur dans différentes directions. Chaque fois que j’investis, je regarde d’ailleurs l’impact de la société dans laquelle je le fais.

Vous suivez régulièrement vos investissements?

«Oui, mais pas autant qu’il ne faudrait. Ceci dit, je suis au conseil d’administration du fonds de pension public suédois, où l’on discute beaucoup d’investissements, surtout des investissements durables, ce n’est donc pas quelque chose qui m’est étranger.»