Cédric Bellwald, président du Jeune Barreau

«Il faut maintenir les tests de langue»

21 Octobre 2017 Par Camille Frati
Cédric Bellwald, président du Jeune Barreau
Le président du Jeune Barreau, Cédric Bellwald, soutient comme le bâtonnier François Prum que l’avocat doit porter la robe et seulement la robe devant un tribunal. (Photo: Sébastien Goossens)

Entré au Barreau en 2009, Cédric Bellwald (Moyse & Bleser) endosse cet automne la présidence de la conférence du Jeune Barreau, succédant à Henry de Ron. Avec l’envie de faire avancer les dossiers qui tiennent à cœur aux 1.500 avocats ayant moins de 11 ans d’expérience — soit la majorité des avocats du Barreau qui en compte 2.400.

Monsieur Bellwald, vous entamez un mandat d’une année, ce qui est court. Quelles sont vos priorités?

«L’année est courte en effet, mais la tradition et nos statuts veulent que le comité soit composé du président, du président sortant et un vice-président, ce qui permet de garantir une certaine continuité dans le traitement des différents points qui intéressent le Jeune Barreau.

Je vais reprendre le travail qui a été engagé ces dernières années: la rémunération des jeunes avocats, la réforme de l’assistance judiciaire, la formation de nos membres et l’accès à la jurisprudence qui malheureusement pour l’instant n’est toujours pas facile pour les plus jeunes. Nous essayons depuis des années déjà de permettre un accès plus simple et gratuit pour les plus jeunes de notre profession.

J’ai aussi la chance de pouvoir organiser la prochaine rentrée judiciaire du Barreau de Luxembourg qui aura lieu en 2018. C’est un événement majeur pour notre association, qui permet aussi de rencontrer tous les intervenants du monde judiciaire, d’échanger aussi beaucoup avec nos confrères étrangers. Il me tient à cœur que cet événement soit réussi, qu’on ait le plus de participants possible. Ce sont les principaux chantiers.

Le Jeune Barreau a aussi des missions traditionnelles comme l’accueil et l’accompagnement des jeunes avocats. De plus en plus de jeunes aspirent à la profession – nous avons eu cette année 300 avocats assermentés. Ce n’est pas toujours facile de trouver un stage, aussi nous pouvons donner des conseils, répondre aux questions des personnes intéressées. Nous nous présentons d’ailleurs aux étudiants inscrits au Cours complémentaire en droit luxembourgeois (CCDL) pour leur dire qu’on peut les assister. Ils sont aussi invités à tous les événements que nous organisons, sportifs et culturels, pour créer un lien dès le départ.

Le Jeune Barreau est-il jumelé avec des Barreaux étrangers?

«Il n’y a pas de jumelage en soi, tout simplement des relations amicales avec certains Barreaux étrangers qui partagent les mêmes traditions que le nôtre, principalement ceux situés en Belgique, en France, mais également en Allemagne. Nous entretenons de très bonnes relations avec le Barreau de Montréal et du Québec. Nous avons été amenés auparavant à nous déplacer à Hong-Kong. Ces voyages nous permettent de créer des relations qui sont toujours intéressantes pour la profession et qu’il faut maintenir. C’est primordial.

L’avocat doit pouvoir exercer son métier dans des conditions dignes.

Cédric Bellwald

Où en est le sondage que le Jeune Barreau comptait lancer à l’automne 2016 sur la rémunération des jeunes avocats?  

«Nous allons lancer effectivement ce sondage en 2018. Il est anonyme et comporte 70 questions qui nous permettront d’identifier où sont les problèmes et de voir ce qu’on pourrait proposer comme solution avec le Barreau. Nous ne sommes que des porte-parole, nous ne pourrons jamais intervenir directement. C’est au Barreau qu’il appartient finalement d’intervenir là où il y a des problèmes. Mais ça nous permettra au moins d’identifier les points qui posent problème tout en gardant vraiment l’anonymat.

Je pense que globalement, les jeunes avocats sont quand même correctement rémunérés. Une portion minime est mal payée et ce n’est pas acceptable. L’avocat doit pouvoir exercer son métier dans des conditions dignes. Le sondage donnera également une cartographe intéressante de la profession.

Il faut les maintenir les tests de langues à moins de changer complètement le système et de prévoir différentes catégories d’avocats.

Cédric Bellwald

Le Barreau a jeté l’an dernier un pavé dans la mare concernant les exigences linguistiques opposées aux aspirants avocats, en estimant que l’exigence de la maîtrise des trois langues devenait une barrière pour des juristes qui aspiraient à devenir avocats d’affaires et n’auraient pas à plaider en luxembourgeois. Le Jeune Barreau partage-t-il cette position?

«Un avocat qui veut s’inscrire ou faire un stage judiciaire au Luxembourg doit maîtriser nos langues administratives pour pouvoir défendre les intérêts de ses clients. Les exigences ont largement été accrues ces dernières années et cela a pu poser problème aux jeunes voulant accéder à la formation. Parfois ils réussissent le CCDL, mais échouent au test de langue. Depuis près de dix ans, nous tournons autour de la question.

D’un côté, c’est vrai que pour exercer leurs activités, les trois langues ne leur servent à rien, mais en tant que membre du Barreau, ils peuvent être amenés à traiter d’autres dossiers et cela peut poser problème. Je suis pour les tests de langue. Il faut les maintenir — beaucoup de gens ne vont pas aimer entendre ça — à moins de changer complètement le système et de prévoir différentes catégories d’avocats: avocat plaideur, avocat spécialisé en conseil. Mais au vu de l’état actuel des règles et de la législation, il faut maintenir les tests. Je ne dis pas qu’il faut maîtriser la langue, mais comprendre un acte en allemand par exemple.

Comment se déroule votre collaboration avec le Barreau?

«Nos relations sont très bonnes, nous collaborons activement sur un grand nombre de sujets. C’est bien pour le Barreau de connaître la position des plus jeunes.

Quelles formations proposez-vous cette année?

«Nous essayons de nous organiser pour qu’il n’y ait pas de redondance avec celles proposées par le Barreau. Me Penning donnera en novembre une formation en droit pénal qui pourra intéresser les jeunes avocats qui n’ont jamais touché un dossier et qui seront amenés à assurer des permanences.

Nous prévoyons aussi des formations plus particulières: comment créer son cabinet (avec l’IUIL), comment développer ses activités, droit administratif… Cela permet de donner des bases sans que cela ne devienne un cours magistral. Ces formations très pratiques permettent de récolter des points en termes de formation continue.

La robe est en quelque sorte notre uniforme, qui fait que nous sommes identiques et tous égaux devant la justice.

Cédric Bellwald, président de la conférence du Jeune Barreau

Quelle est la position du Jeune Barreau concernant la jeune juriste portant le foulard qui a renoncé à prêter serment de peur d’essuyer un refus de la Cour de cassation?

«Le comité n’a pas communiqué sur les faits lorsqu’ils ont eu lieu parce que nous ne voulions pas entretenir le débat. Le bâtonnier, François Prum, a très bien résumé la situation dans ses prises de position. Je comprends que ce soit un événement bouleversant et traumatisant pour la personne concernée et qu’elle soit dans l’incompréhension par rapport à ce qui s’est passé.

Mais sur le principe, je pense effectivement que tout signe ostentatoire d’une religion ou d’une appartenance n’a rien à faire devant un tribunal. C’est clair, que ce soit écrit ou non dans le texte.

Nous nous sommes tout de même posé la question: aurait-on dû lui dire avant? Comment aurait-on pu le faire? Pour tout le monde, il est normal qu’on ne se présente pas avec le moindre signe religieux. La tête nue avec la robe est l’habit professionnel. La robe est en quelque sorte notre uniforme, celui qui fait que nous sommes identiques et tous égaux devant la justice.

C’est ainsi dans la plupart des pays: en France et en Belgique, vous ne pouvez pas plaider en ayant un voile ou un autre signe religieux. Les tribunaux n’accepteraient pas que l’on plaide ainsi devant eux. La justice doit rester indépendance et nous aussi en tant qu’avocats. Nos principes ont toujours existé. Chacun ses traditions et il faut les respecter.»