Brexit

«Il faut contrôler les produits qui entrent en Europe»

12 Février 2019 Par Nicolas Léonard
Michel Barnier et Xavier Bettel
Michel Barnier et Xavier Bettel l’ont répété: l’accord de Brexit est le meilleur possible. (Photo: Jan Hanrion / Maison Moderne)

Le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne sera une réalité le 29 mars prochain. Pour que celui-ci se fasse en bon ordre, Michel Barnier a confirmé que la déclaration de politique qui l’encadre pourrait être retravaillée.

Le temps passe inexorablement et le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne ne cesse de se rapprocher. Il sera une réalité le 29 mars prochain. Une date voulue «par les Britanniques eux-mêmes», a rappelé Michel Barnier, négociateur en chef de l’UE, de passage au Luxembourg lundi.

À ce stade, l’accord de Brexit passé entre le gouvernement de Theresa May et les 27 autres pays est au point mort. Et la perspective d’un départ sans accord, un «no deal», est de plus en plus probable. «Il est de notre devoir de nous préparer à tous les scénarios possibles», a encore convenu Michel Barnier.

Le meilleur accord possible

Quelques heures avant de rencontrer Stephen Barclay, secrétaire d’État britannique à la sortie de l’UE, il a confirmé «qu’il n’y avait actuellement pas de demandes de prolongation de l’article 50», afin que soit repoussée la date du Brexit.

Theresa May a d’ailleurs indiqué souhaiter respecter la date du 29 mars. «De plus, si cette demande avait lieu, il faudrait un accord unanime des 27 chefs de gouvernement à son sujet», a fait valoir Michel Barnier.

Qui a aussi répété que l’accord trouvé en novembre avec le gouvernement britannique était «le meilleur possible», car fruit de compromis. Une manière de (re)dire qu’il n’est pas renégociable. Par contre, «la déclaration de politique générale qui l’encadre peut sans doute être retravaillée. On peut peut-être mieux expliquer les choses, les mettre mieux en perspective... Même en ce qui concerne le ‘backstop’.» Bref, toucher à la forme sans dénaturer le fond.

Le ‘backstop’, c’est une simple assurance. Comme pour votre appartement ou votre maison.

Michel Barnier, négociateur en chef de l’Union européenne

Michel Barnier, négociateur en chef de l’UE et Xavier Bettel, Premier ministre.Xavier Bettel, Premier ministre et Michel Barnier, négociateur en chef de l’UEMichel Barnier, négociateur en chef de l’UE et Fernand Etgen, président de la Chambre des députés.Yuriko Backes, chef de la représentation de la Commission européenne au Luxembourg, Michel Barnier, négociateur en chef de l’UE et Stéphanie Riso, conseillère principale sur le dossier Brexit.

Le ‘backstop’, c’est ce fameux filet de sécurité qui doit éviter l’instauration d’une frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Concrètement, il servirait à maintenir alignée l’Irlande du Nord sur les normes européennes (sanitaires, réglementaires, fiscales, etc.), pour éviter de remettre en place les contrôles des biens avec la République d’Irlande.

Et maintiendrait une union douanière entre l’UE et le Royaume-Uni. Cela le temps de trouver un accord sur la «relation future» entre l’Union européenne et Londres, au plus tard à la fin décembre 2020.

«C’est une simple assurance, comme vous en avez une pour votre maison ou votre appartement», a encore indiqué Michel Barnier. «Sans cela, tout produit qui entre en Irlande du Nord entre aussi au Luxembourg, en France, en Allemagne... Ce n’est pas possible. Même avec un ‘deal’, il faut un contrôle sur les produits qui entrent en Europe, notamment dans le cadre de la lutte contre la contrefaçon.»

Michel Barnier trouve la situation d’autant plus incroyable que le ‘backstop’ a été voulu par les Britanniques. Et que «plusieurs fois dans mon bureau, Jeremy Corbyn (leader de l’opposition travailliste au Parlement de Londres, ndlr) m’a indiqué vouloir une union douanière. Sa lettre en ce sens à Theresa May n’a donc pas été surprise.»

Tout le monde semble en tout cas conscient que le retour d’une frontière «dure» en Irlande mettrait sans doute à mal la paix sur l’île, obtenue grâce à l’accord du Vendredi saint. 

«Il faut que quelque chose bouge»

Mais maintenant, «il faut de la clarté de la part de Londres, il faut que quelque chose bouge». Mais si le Parlement anglais «se veut plus ambitieux, notamment en ce qui concerne la déclaration de politique de 26 pages qui cadre le Brexit, nous sommes là pour les entendre».

Pour sa part, le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel a indiqué que «tous les scénarios avaient été préparés via une cellule spéciale, notamment afin de garantir notre marché intérieur». Pour lui, en cas de «deal» ou de «no deal», «il n’y aura pas de gagnants au Brexit». Mais alors que «l’on peut plus parler de royaume désuni que de Royaume-Uni, il faut redire que le Brexit est de leur fait. Essayer de faire croire aussi qu’un ‘no deal’ sera de la faute des Européens est une erreur historique. La responsabilité est venue de Londres et se trouve toujours à Londres.»

C’est donc à regret qu’il verra le Royaume-Uni s’en aller, d’autant que «[nous sommes] conscients de ce que ce pays [nous] a apporté. Je veux aussi que les Britanniques qui vivent ici et qui ont participé aux succès de ce pays n’aient pas à se poser de questions sur leur avenir.»