Luxembourg Science Center

«Ici, il est interdit de ne pas toucher!»

05 Octobre 2017 Interview par Frédéric Antzorn
Guillaume Trap
Guillaume Trap: «Le Science Center n’est un musée ni pour les enfants, ni pour les adultes, mais pour tout le monde».  (Photo: DR)

Inaugré hier soir en présence du Premier ministre Xavier Bettel, le Luxembourg Science Center, au cœur de Differdange, ouvre ses portes ce jeudi au grand public. Tour du propriétaire avec son directeur scientifique, Guillaume Trap.

Monsieur Trap, après avoir débuté ses activités au printemps, le Luxembourg Science Center accueille officiellement ses premiers visiteurs aujourd’hui. Pouvez-vous tout d’abord nous rappeler la genèse de ce projet?

«Nos activités ont débuté en réalité il y a 10 ans. En 2007, un gros moteur à explosion de la sidérurgie – la Groussgasmaschinn – a été classé monument historique dans l’usine sidérurgique de Differdange. Le président de ce nouveau Science Center, Nicolas Didier, a fondé une association pour préserver et valoriser ce patrimoine industriel qu’est le plus gros moteur à explosion du monde, avec ses 3.000 litres par cylindre.

Cela a perduré jusqu’en 2013 quand un projet de créer un musée de l’énergie industrielle s’est transformé en un projet plus moderne, moins muséal, un projet de science center, de musée sans collection, interactif et vivant. Ce qui n’est plus un musée en fait!

Pour aller vite, l’idée a été de commencer par une première phase dans laquelle on oubliait ce gros moteur à explosion, en faisant autre chose, en montrant la science et la technique en général.

C’est en 2013 également que je suis arrivé dans ce projet. Physicien et astrophysicien, je travaillais au Palais de la découverte à Paris, le plus ancien science center du monde. Originaire de la Grande Région, j’ai entendu parler du projet et j’ai proposé mes services pour y être associé.

Quels sont les objectifs, ou les missions, qui ont été assignés à ce centre?

Aujourd’hui, ce science center a pour vocation de diffuser toutes les sciences et technologies, en particulier les sciences «dures», par l’intermédiaire d’expériences interactives, spectaculaires et ludiques. Dans un musée où il sera interdit de ne pas toucher. Un antimusée, en quelque sorte.

En dehors de cette mission que je qualifierais de grand public, nous en avons une autre, un peu plus politique peut-être, qui est de forger des vocations scientifiques et techniques dans le pays, selon la volonté de notre principal sponsor qui est le ministère de l’Éducation nationale. Et ce auprès des jeunes mais aussi des moins jeunes, puisqu’une vocation peut parfois naître à 25 ans. On veut être le plus large possible. Le Science Center n’est un musée ni pour les enfants, ni pour les adultes, mais pour tout le monde.

Tout ce qu’on présente, on le présente de manière adaptative. Il y a des expériences avec des textes, mais il y a aussi des schémas. Et donc, si vous ne savez pas lire, vous pouvez quand même vous amuser. Et si vous savez lire, et que vous êtes intéressé, il y a plusieurs niveaux de difficulté et vous pouvez aller vraiment très très loin. Ce qui fait que les experts s’amuseront et apprendront autant que les novices.

Comment s’est organisé le financement de ce Science Center? Avec qui a-t-il été mené?

«Il y a deux parties dans notre projet. La partie investissement, et la partie fonctionnement.

Côté investissement, on en est à 15 millions d’euros, répartis à 50/50 entre le gouvernement et des fondations publiques, des fondations privées, des fonds européens, des donations et des entreprises.

La participation du gouvernement – à travers le ministère de l’Éducation nationale – a surtout consisté jusqu’ici à la rénovation du bâtiment dans lequel nous sommes, ainsi qu’à la construction des éléments d’exposition et de médiation.

Côté fonctionnement, le Luxembourg Science Center dispose d’un budget de 3 millions d’euros financé via des recettes anticipées et des frais pris en charge par le ministère.

À qui s’adresse plus particulièrement le LSC, et que va-t-on pouvoir concrètement y découvrir?

«Comme je vous l’ai dit, nous visons un public large, même si notre public privilégié sera les jeunes, sachant que nous sommes tous de grands enfants! Et que le public qui visite et qui plébiscite les science centers dans le monde est en général composé de familles et de touristes.

Pour ce que nous proposons, il y a d’abord une grande zone d’exploration de 1.000 mètres carrés, constituée de stations expérimentales, autrement dit des expériences qu’on peut faire soi-même en toute autonomie, à l’aide d’écrans tactiles multilingues.

À cela s’ajoute une série d’objets spectaculaires et emblématiques – un grand générateur électrique, un électro-aimant géant ou une machine de traction pour n’en citer que quelques-uns – qui seront activés et démontrés par des médiateurs scientifiques.

Selon notre stratégie commerciale, nous proposons aussi, pour un petit supplément, un accès à des shows dans des laboratoires thématiques particuliers où il est question de la science des fluides et notamment de la cryogénie, des matériaux, de la cuisine ou encore des mathématiques, avec un accent mis sur les dimensions de l’espace.

Actuellement en construction, six autres laboratoires consacrés à l’optique, à l’acoustique, à l’informatique, à la chimie, à la biologie et aux sciences spatiales, devraient bientôt venir compléter cette offre. Trois devraient ouvrir courant 2018 et les trois autres, j’espère, fin 2018 ou début 2019.

Cela représente, avec ce qu’on a déjà à l’heure actuelle, une offre assez importante. Vous pouvez y passer une journée entière si vous souhaitez suivre tout le programme!

Ensuite, l’idée est que ces laboratoires de shows évoluent et nous permettent de renouveler l’offre très régulièrement et de faire revenir le public. L’exposition permanente, la zone d’exploration, va vivre aussi au gré de nouvelles installations qui vont venir et repartir.

De qui est constituée votre équipe? Qui sont ceux qui vont animer et faire vivre ces expositions et ces shows?

Nous avons 12 médiateurs scientifiques – en plus de trois professeurs détachés – qui sont des gens de très haut niveau puisque titulaires d’un doctorat ou d’un master avec chacun une spécialité scientifique bien particulière.

Vous évoquiez tout à l’heure une première phase de développement du Luxembourg Science Center. Quelle sera la deuxième?

«À l’horizon 2022, et dans le cadre du projet de ville européenne de la Culture dans le sud du pays, on aimerait pouvoir offrir aux visiteurs du monde entier au moins un ou deux des bâtiments rénovés sur lesquels on a porté notre dévolu. Ce sont des bâtiments industriels qu’ArcelorMittal Differdange est prêt à mettre à disposition du LSC et pour lesquels nous attendons encore un «go» du gouvernement.

Là, on parle d’une surface plutôt de l’ordre de 20.000 mètres carrés, alors qu’aujourd’hui nous en sommes à 3.000 mètres carrés. C’est un saut substantiel, et l’idée serait d’intégrer toutes les expériences et tous les shows qu’on a déjà développés dans ces bâtiments, en y intégrant la Groussgasmaschinn, qui est une expérience en elle-même.

En plus d’autres choses encore comme des auditoriums, un centre de conférence, des laboratoires plus diversifiés pour des tranches d’âge différentes et la possibilité de mettre davantage les visiteurs en situation de faire.

Actuellement, nous avons ou sommes sur le point d’avoir une centaine de stations expérimentales. Dans la seconde phase, il est prévu qu’il y en ait 500, de sorte que nous ressemblerons à ce moment-là à ce qu’est un science center traditionnel dans d’autres pays, comme la Cité des sciences ou le Palais de la découverte à Paris, le Technorama de Winterthour en Suisse, ou l’Exploratorium de San Francisco pour ne citer que quelques exemples très forts.

Quels sont vos objectifs en termes de fréquentation?

«Nous n’avons pas fait d’étude de marché pour la première phase, mais uniquement pour la seconde, qui indique que nous pourrions accueillir jusqu’à 300.000 visiteurs par an. D’ici là, en étant ouverts 7 jours sur 7, y compris les vacances et une majorité de jours fériés, nous serions déjà très contents si on pouvait accueillir entre 50.000 et 100.000 visiteurs chaque année.»