Fonds d’investissement

Hong Kong calling

19 Novembre 2010 Par Pierre Sorlut
«Un énorme potentiel en capacité d’investissement» Ching Yng Choï (Alfi) (Photo: Julien Becker)

L’Alfi se dote d’une représentation permanente à Hong Kong, incarnée par Ching Yng Choï. L’intéressée favorisera les échanges entre les professionnels des fonds européens et asiatiques.

A n’en pas douter, ce 11 novembre constituait une date clé pour l’industrie luxembourgeoise des fonds. A Bruxelles, les députés européens votaient le texte de la directive AIFM (Alternative Investment Fund Managers) attendu depuis des mois. De l’autre côté du globe, Luc Frieden, ministre des Finances, et les professionnels des fonds luxembourgeois vendaient les produits made in European Union lors d’une conférence organisée en marge de l’ouverture du bureau de représentation permanente de l’Association luxembourgeoise des fonds d’investissement (Alfi) à Hong Kong.

Dernière étape d’un roadshow, conduit par l’Alfi et passé par Tokyo (Japon) puis Taipei (Taiwan), cet événement symbolisait ponctuellement les attentes placées sur le long terme dans le marché asiatique ô combien prometteur en termes d’actifs. A tel point qu’il justifie la présence d’une représentante permanente, Ching Yng Choï, dans l’ancienne enclave britannique en Chine.

L’intéressée le confirme: «Il y a un énorme potentiel en Asie.» Pour ce qui concerne le marché chinois par exemple, l’investissement se démocratise. Culturellement et infrastructurellement, les banques paraissaient moins sûres. «Proportionnel­lement au revenu mensuel, les Chinois avaient plus tendance à garder de l’argent en liquide, mais les choses changent de ce point de vue et un énorme potentiel se dégage sur la capacité à investir.» L’Alfi se place donc pour capter le produit de ce changement de mœurs financières.

Et les fonds bénéficiant de la régulation européenne Ucits figurent en bonne place dans la vitrine luxembourgeoise. Selon Ching Yng Choï, «la marque Ucits est celle que nous avons principalement envie de vendre. Très répandue, elle y est déjà tout à fait acceptée et bénéficie même d’une certaine réputation». La possibilité de davantage contrôler les risques portés, les gages de sécurité conférés par la régulation, ainsi que la diversification des risques sous-jacents font de ce produit un véhicule d’investissement prisé en Asie.

Si le commerce transfrontalier des fonds Ucits doit sa naissance à la directive y afférente (85/611/CEE) et à la volonté d’unifier le marché européen des fonds, sa distribution se décline aujourd’hui à l’international en tirant parti d’une renommée qui n’a jamais cessé de croître jusqu’à la crise. En conséquence de quoi l’Union européenne est devenue le centre international des mutual funds, le Luxembourg à sa tête. Pour commenter cette tendance, la responsable du bureau de l’Alfi à Hong Kong s’appuie sur un rapport commandé par ladite association à la société Lipper, spécialisée dans la recherche sur les fonds d’investissement. «Ils prédisent une belle croissance de ces fonds en Asie. Sur les ventes totales de produits Ucits, 15-20% proviennent de la région.» En effet, en 2007, juste avant la crise, les investisseurs asiatiques étaient devenus les principaux acheteurs de fonds Ucits. L’Alfi souhaiterait pérenniser cette tendance.

Vos papiers s’il vous plaît

Mais la distribution mondiale de fonds luxembourgeois ne passe pas uniquement par les produits dits mainstream. L’Alfi compte également faire valoir les fonds alternatifs qui bénéficieront, comme les fonds Ucits, et dès la transposition dans le droit luxembourgeois de l’AIFMD, d’un passeport européen (sous certaines conditions). Charles Muller, directeur général adjoint de l’Alfi, partage sa conviction que les fonds hedge, immobiliers ou private equity «vont considérablement intéresser les investisseurs chinois». L’association luxembourgeoise du secteur compte résolument faire la promotion du Grand-Duché, car «chaque fonds étranger en Europe devra avoir un point d’attache dans un Etat membre». Le Luxembourg, deuxième centre mondial de fonds d’investissement avec plus de 2.000 milliards d’euros d’actifs sous gestion, va donc faire figure de candidat légitime.

L’objectif consiste donc à attirer les gestionnaires de fonds asiatiques à Luxembourg. Charles Muller partage une anecdote qu’il espère annonciatrice d’une tendance à venir, tous types de fonds confondus. «Une société coréenne m’a interpellé sur le fait que les fonds européens étaient distribués à Hong Kong, alors que les fonds coréens n’y étaient pas autorisés. Nous leur avons donc dit d’établir leurs fonds à Luxembourg et, grâce au passeport européen, de les exporter en Asie, en Amérique latine ou au Moyen-Orient où les fonds Ucits sont reconnus; et ils l’ont fait.» La même règle est attendue pour les fonds alternatifs qui, parions-le, bénéficieront d’un empressement du législateur luxembourgeois à transposer la directive, comme c’est le cas pour la directive Ucits IV.

L’ambassadrice de l’Alfi en Asie énumère les missions qui lui sont assignées dans le but d’entretenir les relations avec les interlocuteurs sur place. «Se rendre disponible, rencontrer les autorités locales, les asset managers, les associations sœurs, et faire le lien. Nous répondrons aux questions des acteurs asiatiques sur le Luxembourg et ferons de même avec les contreparties luxembourgeoises qui s’interrogent sur la région.» Car les préoccupations sont partagées. Les Asiatiques attendent une certaine réciprocité, «pas seulement que les fonds luxembourgeois soient vendus chez eux, mais aussi que leurs fonds puissent être vendus chez nous».

Echange de bons procédés

Et l’échange ne s’arrêterait pas là. L’Alfi a signé le 11 novembre avec son homologue locale, la Hong Kong Investment Fund Association, un protocole d’entente sur l’organisation conjointe de conférences afin de partager des savoir-faire. Car il s’agit bien de faciliter les interactions entre deux mondes financiers éminemment différents. Par exemple, le court terme reste privilégié sur les marchés asiatiques et les fonds sont gardés moins longtemps. Ching Yng Choï le souligne, «c’est de la pure spéculation». L’industrie des fonds luxembourgeoise souhaiterait donc leur faire prendre en considération les éléments de long terme, comme la retraite ou l’accumulation de valeur.

De plus, selon Charles Muller, ces échanges permettent de mesurer «comment ils nous voient». Familiarisée avec la région d’où elle est originaire, Ching Yng Choï a, elle, déjà une idée: «Ils nous perçoivent de façon tout à fait positive, mais quand on arrive avec nos présentations, ils sont davantage intéressés de savoir comment va se passer très concrètement la collaboration.» L’ouverture du bureau de représentation et les panels de discussions organisés en parallèle, auxquels participent une cinquantaine de membres de l’association dont une bonne partie de prestataires de services, solutionnent ce problème.

D’autant que l’événement reçoit un accueil chaleureux sur place. D’abord les Chinois apprécient tout particulièrement lorsqu’un représentant de l’autorité, ici le ministre luxembourgeois des Finances, se déplace. Son homologue, qui l’a accueilli, se félicite lui que l’Alfi ait choisi Hong Kong pour s’implanter en Asie. «Toutes ces places financières, Singapour, Shanghai ou Hong Kong, essaient de se constituer en hub asiatique», nous dit M. Muller.

Mais alors pourquoi donc avoir choisi Hong Kong? Tout simplement parce que «la région est historiquement et culturellement proche de l’Europe et qu’elle bénéficie d’une position géographique centrale en Asie», réplique Mme Choï. Enfin, lorsque le directeur général adjoint est interrogé sur les délais de création d’un tel bureau alors que les ventes de fonds en Asie s’enchaînent depuis sept ou huit ans, il l’explique simplement par les problèmes budgétaires liés à la crise. «Comme les contributions de nos membres sont liées aux avoirs sous gestion et que ces derniers ont chuté de 25%, nous avons perdu plus ou moins l’équivalent du financement de notre asbl.» A l’Alfi, à chaque question sa réponse. Pourquoi n’en serait-il pas de même avec ses interlocuteurs asiatiques en affaires?

 

Ching Yng Choï - Le profil idéal

De père hongkongais et de mère taïwanaise, Ching Yang Choï est née et à fait ses études (de gestion) en Belgique. Elle parle donc couramment le français, l’anglais et le mandarin, et maîtrise «à peu près» le cantonais et le taïwanais. Travaillant dans la finance d’entreprise chez General Electrics, elle passe ensuite à la finance «pure» chez MDO à Luxembourg, où elle exerce en tant que risk manager dans les fonds. Au contact régulier de l’Alfi, elle tombe par hasard sur l’annonce de la création d’un poste de directeur de bureau de représentation en Asie…